{"id":896,"date":"2009-10-20T14:54:45","date_gmt":"2009-10-20T13:54:45","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=896"},"modified":"2013-03-03T23:50:37","modified_gmt":"2013-03-03T22:50:37","slug":"les-ombres-errantes-pascal-quignard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=896","title":{"rendered":"Les ombres errantes &#8212; Pascal Quignard"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<h3>Les ombres errantes, <br \/>Dernier Royaume I<strong><\/strong><\/h3>\n<h4>Pascal Quignard<br \/>\u00c9ditions Grasset<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-897 alignnone\" title=\"Les ombres errantes, Pascal Quignard\" alt=\"Les ombres errantes, Pascal Quignard\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/10\/ombreserrantes-239x350.jpg\" width=\"239\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/10\/ombreserrantes-239x350.jpg 239w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/10\/ombreserrantes-150x219.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/10\/ombreserrantes-200x292.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/10\/ombreserrantes.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 239px) 100vw, 239px\" \/><\/div>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne sait pas bien quand le propre et le sale se sont s\u00e9par\u00e9s dans les soci\u00e9t\u00e9s et les consciences des hommes. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sacr\u00e9 n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi omnipotent que dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes. On ne s&rsquo;est jamais \u00e0 ce point s\u00e9par\u00e9 des cadavres, sang des mois, crachats, morves, urine, f\u00e8ces, cro\u00fbtes, poussi\u00e8re, boue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes tous des pr\u00eatres maniaques dans nos cuisines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes des tyrans fous dans nos salles de bains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est difficile de dissocier les notions d&rsquo;hygi\u00e8ne, de morale, de sacrifice, de pens\u00e9e, de racisme, de guerre. Nous \u00e9pions l&rsquo;autre, le non-classifi\u00e9 social ou sensoriel, le parasite, la souris, la salive, le marginal, les habitants des interstices (les araign\u00e9es et les mulots ou les scorpions je sont jamais ni dedans ni dehors), les universitaires autodidactes, les mammif\u00e8res poissons, les juifs chr\u00e9tiens, les m\u00e8res c\u00e9libataires, l&rsquo;eau non potable, les habitants des fronti\u00e8res qui s&rsquo;agisse des territoire des pays ou des corps, le sperme, les \u00e9pingles, les rognures d&rsquo;ongle, la sueur, la glaire, les revenants, les phobies, les fantasmes (qui piratent le mur qui devrait s\u00e9parer la veille du sommeil). L&rsquo;art est une production parasitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0 Celui qui fait surgir ce qui jusqu&rsquo;\u00e0 lui n&rsquo;est pas appartient au r\u00e8gne de l&rsquo;inappropri\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0 Il n&rsquo;est pas \u00e0 sa place. C&rsquo;est la d\u00e9finition m\u00eame de la salet\u00e9 : Quelque chose n&rsquo;est pas \u00e0 sa place. Un soulier est propre sur le plancher. Il est sale pour peu qu&rsquo;on le pose sur la nappe, parmi les fleurs, l&rsquo;argenterie et les verres align\u00e9s.<\/p>\n<p><cite>(pp. 105, 106)<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est malais\u00e9, je trouve, de parler des \u0153uvres de Pascal Quignard. D\u00e9j\u00e0 parce qu&rsquo;elles sont le plus souvent inclassables, \u00ab\u00a0<em>pas \u00e0 leur place<\/em>\u00a0\u00bb dirait l&rsquo;auteur (et ceci est d&rsquo;autant plus vrai pour les volumes qui composent ce myst\u00e9rieux <em>Dernier Royaume<\/em>). \u00c9crivain de l&rsquo;interstice, du non-socialement-conventionn\u00e9, l&rsquo;\u00e9criture de P. Quignard \u00e9chappe aux d\u00e9finitions litt\u00e9raires et au formalisme universitaire durement acquises au cours des si\u00e8cles : ni roman, ni po\u00e9sie, ni essai, ni auto-fiction, ni \u00e9crit totalement autobiographique, philosophique ou philologique, et tout \u00e0 la fois, <em>Les ombres errantes <\/em>se situe dans cet intervalle ind\u00e9finissable qui s&rsquo;\u00e9tablit entre le r\u00e9cit (en l&rsquo;occurrence ici plusieurs r\u00e9cits, fables ou contes, juxtapos\u00e9s tels un patchwork) et la pens\u00e9e errante, vagabonde, qui cherche sans savoir, qui sait sans trouver. Cela aboutit concr\u00e8tement \u00e0 une trame discursive disjointe, comme \u00e9parpill\u00e9e, diss\u00e9min\u00e9e, qu&rsquo;il faudrait ressembler, relier, renouer, rejoindre, et qui donne \u00e0 entendre le timbre d&rsquo;une pens\u00e9e, une pens\u00e9e dont la qualit\u00e9 premi\u00e8re est d&rsquo;\u00eatre indocile \u00e0 l&rsquo;ordre, au classifi\u00e9, \u00e0 la logique, d&rsquo;\u00eatre r\u00e9gie par l&rsquo;obsession, la r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame, le souvenir, le d\u00e9sir et l&rsquo;errance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ressort de cette lecture facile et pourtant exigeante, l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre sur une barque (peut-\u00eatre que la <em>Barque silencieuse<\/em> qui appara\u00eet au volume VI de son <em>Dernier Royaume<\/em> influence ma perception), une p\u00e9niche descendant lentement un canal paisible et silencieux. Le passager-lecteur, assis derri\u00e8re le bastingage, per\u00e7oit bien des choses, il observe, avec une certaine indiff\u00e9rence ou une jubilation int\u00e9rieure, le moindre des d\u00e9tails, ici un bouquet d&rsquo;herbes folles, l\u00e0 un saule plongeant ses branches dans l&rsquo;eau sombre, l\u00e0 encore une souche juch\u00e9e sur la berge,\u00a0 il remarque que le d\u00e9cor\u00a0 change, n&rsquo;est plus tout \u00e0 fait le m\u00eame, que le soleil, lui-m\u00eame, s&rsquo;est un peu d\u00e9plac\u00e9, que les ombres ne pointent plus dans la m\u00eame direction&#8230; Il se rassure \u00e0 chaque fois qu&rsquo;il franchit une \u00e9cluse : c&rsquo;est une \u00e9tape, un cap qui lui prouve que le temps a pass\u00e9, que la barque avance malgr\u00e9 tout, que le voyage continue&#8230; Mais dans le m\u00eame temps il doute aussi, se demandant s&rsquo;il n&rsquo;a pas d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 cette \u00e9cluse, si le temps n&rsquo;a pas fait machine arri\u00e8re et si sa rade n&rsquo;a pas remont\u00e9 le courant \u00e0 son insu. Car ce voyage est si lent, si imperceptible, ou si globalement per\u00e7u et reconstitu\u00e9 par les liens t\u00e9nus et myst\u00e9rieux que lui sugg\u00e8re son cerveau qu&rsquo;il en perd toute sensation de mouvement spatial et temporel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 l&rsquo;effet que m&rsquo;a procur\u00e9 les <em>Ombres errantes<\/em>, qui vous l&rsquo;aurez devin\u00e9 n&rsquo;est pas racontable mais hautement lisible, lisible \u00e0 la lisi\u00e8re du livre. On entend encore, en fond tr\u00e8s lointain, les voix de Blanchot, de L\u00e9vinas, mais ces voix sont t\u00e9nues, celle de Quignard a pris son envol pour son <em>Dernier Royaume<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il ressort de cette lecture facile et pourtant exigeante, l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre sur une barque, une p\u00e9niche descendant lentement un canal paisible et silencieux.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":897,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26,367,14,108],"tags":[],"class_list":["post-896","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-auteurs","category-grasset","category-lecture","category-quignard"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/10\/ombreserrantes.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/896","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=896"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/896\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/897"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=896"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=896"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=896"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}