{"id":74,"date":"2008-10-12T18:54:51","date_gmt":"2008-10-12T16:54:51","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=74"},"modified":"2013-03-04T00:40:50","modified_gmt":"2013-03-03T23:40:50","slug":"le-baron-perche-italo-calvino","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=74","title":{"rendered":"Le baron perch\u00e9 &#8212; Italo Calvino"},"content":{"rendered":"<p><div class=\"livre\"><em> <\/em><\/p>\n<h3>Le baron perch\u00e9<\/h3>\n<h4>Italo Calvino, <br \/>Points Roman Seuil, 1960<br \/> traduit par Juliette Bertrand<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/502498.jpg\" rel=\"lightbox[74]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le baron perch\u00e9\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/502498.jpg\" width=\"177\" height=\"300\" \/><\/a><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le baron perch\u00e9<\/em> est un de ces nombreux livres dont j&rsquo;ai toujours repouss\u00e9, depuis l&rsquo;adolescence, la lecture \u00e0 plus tard. Finalement, apr\u00e8s la lecture de <a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2008\/09\/28\/fils-unique-stephane-audeguy\/\"><em>Fils Unique<\/em> de St\u00e9phane Audeguy<\/a>, je me suis dit : tiens pourquoi pas <em>Le baron perch\u00e9<\/em> !\u00a0 c&rsquo;est peut-\u00eatre le moment de lire ce roman ? Et c&rsquo;est vrai qu&rsquo;il y a entre les deux romans, \u00e9crits \u00e0 49 ans d&rsquo;intervalle, un fil conducteur t\u00e9nu : il partagent en effet pas mal de points communs en prenant un angle et un ton compl\u00e8tement diff\u00e9rents : la fraternit\u00e9, la marginalit\u00e9 de ses protagonistes, l&rsquo;id\u00e9al de libert\u00e9, la croyance dans le progr\u00e8s, un certain regard ironique sur leur soci\u00e9t\u00e9 contemporaine&#8230; et j&rsquo;ai trouv\u00e9 tr\u00e8s plaisant, \u00e0 les lire rapproch\u00e9s, de tisser des liens entre ces deux ouvrages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le baron perch\u00e9<\/em> est donc un conte philosophique et fantaisiste qui fait partie, avec <em>Le Vicomte pourfendu<\/em> et\u00a0 <em>Le chevalier inexistant<\/em> d&rsquo;une trilogie surnomm\u00e9e <em>Nos anc\u00eatres<\/em>. Philosophique, car en arri\u00e8re plan de cette lecture on voit le profil de Candide ou l&rsquo;ombre de Zadig (peut-\u00eatre aussi celui de don Quichotte ou de Cyrano de Bergerac pour la rencontre entre fantasque et philosophique), portant un regard critique et ironique sur la soci\u00e9t\u00e9 qui les entoure. Fantaisiste voire fantasque, parce que le postulat de d\u00e9part du roman ne se pr\u00e9occupe pas d&rsquo;une quelconque vraisemblance : c&rsquo;est en quelque sorte \u00e0 un jeu enfantin que nous invite le narrateur\u00a0 : \u00ab\u00a0On dirait qu&rsquo;un petit gar\u00e7on monterait \u00e0 un arbre et qu&rsquo;il d\u00e9ciderait de ne plus en descendre&#8230;\u00a0\u00bb; un jeu auquel le lecteur doit adh\u00e9rer sans remettre en question le postulat initial sous peine de \u00ab\u00a0rater\u00a0\u00bb l&rsquo;essentiel du roman.<\/p>\n<div id=\"attachment_80\" style=\"width: 238px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/picasso_baronperche.jpg\" rel=\"lightbox[74]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-80\" class=\"size-medium wp-image-80\" title=\"Illustration par Pablo Picasso\" alt=\"Pochette imagin\u00e9e par Pablo Picasso\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/picasso_baronperche-228x350.jpg\" width=\"228\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/picasso_baronperche-228x350.jpg 228w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/picasso_baronperche-150x229.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/picasso_baronperche-200x306.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/picasso_baronperche.jpg 392w\" sizes=\"auto, (max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-80\" class=\"wp-caption-text\">Illustration par Pablo Picasso<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cosimo Piovasco di Rond\u00f2 (dit C\u00f4me Laverse du Rondeau en fran\u00e7ais je trouve dommage de traduire en sonorit\u00e9s fran\u00e7aises un patronyme italien, au risque de lui faire perdre sa nationalit\u00e9) est l&rsquo;a\u00een\u00e9 d&rsquo;une famille noble de la Ligurie (r\u00e9gion italienne voisine de la Provence fran\u00e7aise) et son avenir, comme celui de tous les aristocrates de son \u00e9poque, para\u00eet tout trac\u00e9. Cependant, Cosimo, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 12 ans, pr\u00e9texte d&rsquo;un diff\u00e9rend avec son p\u00e8re concernant un plat d&rsquo;escargots et d\u00e9cide de monter dans les arbres et de n&rsquo;en plus jamais redescendre. Ce qu&rsquo;il va tenir jusqu&rsquo;au bout. C&rsquo;est donc l&rsquo;histoire d&rsquo;une fugue qui va durer 53 ans. Une fugue jonch\u00e9e d&rsquo;aventures extraordinaires et improbables comme en r\u00eavent les enfants quand ils atteignent l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 le monde des adultes leur p\u00e8se et qu&rsquo;ils voudraient choisir \u00ab\u00a0autre chose\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est qu&rsquo;il s&rsquo;en passe des choses, l\u00e0-haut dans les arbres : on y d\u00e9couvre le monde sous un angle diff\u00e9rent et de ce fait on s&rsquo;affranchit de ses pr\u00e9jug\u00e9s, prenant les choses de la vie avec un recul que ne nous permet pas le plancher aux vaches. On y rencontre toute sorte de gens : des bandits, des pirates, des j\u00e9suites, de jolies filles, et m\u00eame Napol\u00e9on ; on y apprend la vie comme en vrai : l&rsquo;\u00e9mancipation, la lecture, la r\u00e9bellion, la cruaut\u00e9, l&rsquo;amour fou, la fraternit\u00e9 universelle ; on y est d\u00e9j\u00e0 haut perch\u00e9, mais cela ne suffit pas, il faut encore s&rsquo;\u00e9lever davantage : imaginer une soci\u00e9t\u00e9 utopiste d&rsquo;hommes et de femmes vivants dans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 parmi les branches, faire la r\u00e9volution, clamer son go\u00fbt de la libert\u00e9 mais aussi supporter le poids de son pesant fardeau&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne m&rsquo;\u00e9tendrai pas ici sur l&rsquo;aspect moral et philosophique de ce conte, ce point \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 largement comment\u00e9 par ailleurs (voir la bibliographie).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/elbaronrampante.jpg\" rel=\"lightbox[74]\">\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-79\" title=\"El baron rampante\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/elbaronrampante.jpg\" width=\"207\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/elbaronrampante.jpg 220w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/elbaronrampante-150x218.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/elbaronrampante-200x290.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 207px) 100vw, 207px\" \/><\/a><\/p>\n<h3>\u00a0<\/h3>\n<h3><em><strong>Le narrateur, ce t\u00e9moin, cet imposteur<\/strong> <\/em><\/h3>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un bruit de branches remu\u00e9es, et voil\u00e0 C\u00f4me essouffl\u00e9 qui montre sa t\u00eate au milieu des feuilles, en haut d&rsquo;un grand figuier. Elle [Violette], sa cravache \u00e0 la bouche, le d\u00e9visageait, le nez lev\u00e9, puis d\u00e9visageait les autres, du m\u00eame regard \u00e9crasant. C\u00f4me n&rsquo;y tint plus, hors d&rsquo;haleine, il l\u00e2cha :<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&#8211; Tu sais, depuis l&rsquo;autre fois, je ne suis plus descendu des arbres !<br \/> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les exploits que fonde une obstination toute int\u00e9rieure doivent rester secrets ; pour peu qu&rsquo;on les proclame ou qu&rsquo;on s&rsquo;en glorifie, ils semblent vains priv\u00e9s de sens, deviennent mesquins. A peine eut-il prononc\u00e9 ces paroles que mon fr\u00e8re aurait voulu ne les avoir jamais dites ; tout lui devint indiff\u00e9rent ; il eut r\u00e9ellement envie de descendre et d&rsquo;en finir.<\/em><\/p>\n<p><cite>p.57<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<div id=\"attachment_76\" style=\"width: 271px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/fac_simile.jpg\" rel=\"lightbox[74]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-76\" class=\"size-medium wp-image-76 \" title=\"Premi\u00e8re page manuscrite d'Il Baronne rampante\" alt=\"Premi\u00e8re page manuscrite d'Il Baronne rampante\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/fac_simile-261x350.jpg\" width=\"261\" height=\"350\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-76\" class=\"wp-caption-text\"><em>Premi\u00e8re page manuscrite d&rsquo;Il barone rampante<\/em><\/p><\/div>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ombreuse n&rsquo;existe plus. Quand je regarde le ciel vide, je me demande si elle a vraiment exist\u00e9. Ces d\u00e9coupes de branches et de feuilles, ces bifurcations ; ce ciel dont on ne voyait que des \u00e9claboussures ou des pans irr\u00e9guliers ; tout cela existait peut-\u00eatre seulement pour que mon fr\u00e8re y circul\u00e2t de son l\u00e9ger pas d&rsquo;\u00e9cureuil. C&rsquo;\u00e9tait une broderie faite sur du n\u00e9ant, comme ce filet d&rsquo;encre que je viens de laisser couler, page apr\u00e8s page, bourr\u00e9 de ratures, de renvois, de p\u00e2t\u00e9s nerveux, de taches, de lacunes, ce filet qui parfois \u00e9gr\u00e8ne de gros p\u00e9pins clairs, parfois se resserre en signes minuscules, en semis fins comme des points, tant\u00f4t revient sur lui-m\u00eame, tant\u00f4t bifurque, tant\u00f4t assemble des grumeaux de phrase sur lit de feuille ou de nuages, qui achoppe, qui recommence aussit\u00f4t \u00e0 s&rsquo;entortiller et court, court, se d\u00e9roule, pour envelopper une derni\u00e8re grappe insens\u00e9e de mots, d&rsquo;id\u00e9es de r\u00eaves \u2014 et c&rsquo;est fini.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>F\u00e9vrier 1957\u00a0<\/em><\/p>\n<p><cite> p.283<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9cit de ce roman est rapport\u00e9 par le fr\u00e8re cadet de Cosimo. C&rsquo;est donc tout l&rsquo;inverse de <em>Fils Unique<\/em> o\u00f9 le fr\u00e8re \u00ab\u00a0non-conforme\u00a0\u00bb tente de r\u00e9tablir, par un contre-r\u00e9cit, la v\u00e9rit\u00e9 sur sa propre existence et sur le mensonge odieux de son fr\u00e8re cadet. Ici le fr\u00e8re cadet &#8211; l&rsquo;enfant mod\u00e8le, celui qui reste dans les canons conformistes de l&rsquo;aristocratie, \u00ab cet homme pos\u00e9, sans grands \u00e9lans ni tourments, un p\u00e8re de famille, noble par sa naissance, lib\u00e9ral dans ses id\u00e9es, respectueux des lois \u00bb &#8211; raconte les tribulations de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 avec, tour \u00e0 tour, une profonde admiration, une jalousie qu&rsquo;il a parfois du mal \u00e0 contenir, une incompr\u00e9hension totale (jusqu&rsquo;\u00e0 le croire fou), etc.<\/p>\n<div id=\"attachment_81\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/baron-munchausen.jpg\" rel=\"lightbox[74]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-81\" class=\"size-medium wp-image-81\" title=\"Le baron de munchausen\" alt=\"Un autre baron, celui de M\u00fcnchausen, interpr\u00e9t\u00e9 par Georges Neville dans la c\u00e9l\u00e8bre adaptation de Terry Gilliam qui fut un d\u00e9sastre commercial\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/baron-munchausen-300x204.jpg\" width=\"300\" height=\"204\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-81\" class=\"wp-caption-text\">Un autre baron, celui de M\u00fcnchausen, interpr\u00e9t\u00e9 ici par Georges Neville dans la c\u00e9l\u00e8bre adaptation de Terry Gilliam qui fut un d\u00e9sastre commercial<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le narrateur ne cesse d&rsquo;ailleurs de s&rsquo;entourer de pr\u00e9cautions oratoires, comme s&rsquo;il \u00e9tait soumis \u00e0 une d\u00e9ontologie (anachronique) de journaliste : il justifie tout ce qu&rsquo;il sait de son fr\u00e8re perch\u00e9 (duquel il est finalement le grand t\u00e9moin absent de ses exploits) en pr\u00e9cisant que les r\u00e9cits qu&rsquo;il rapporte sont recompos\u00e9s \u00e0 partir d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments grappill\u00e9s soit de la bouche m\u00eame de Cosimo, soit de personnes rencontr\u00e9es, soit des rumeurs qui circulent au village voisin, avouant m\u00eame parfois qu&rsquo;il s&rsquo;imagine que \u00e7a s&rsquo;est pass\u00e9 comme il le raconte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai trouv\u00e9 cet \u00e9l\u00e9ment bien singulier : Calvino aurait pu faire raconter l&rsquo;histoire par Cosimo en personne, par le biais de quelque journal personnel retrouv\u00e9 ou autre tour de passe passe que les \u00e9crivains connaissent bien et qui aurait pu coller avec la personnalit\u00e9 de Cosimo. Il n&rsquo;en est rien. Car, comme le rappelle la premi\u00e8re citation, relater par soi-m\u00eame ses exploits n&rsquo;est pas glorieux et porteur de sens. On peut passer pour un vantard, voire un bonimenteur. Ces \u00ab\u00a0exploits\u00a0\u00bb doivent alors \u00eatre racont\u00e9s \u00e0 la 3e personne : la prise en charge par ce fr\u00e8re qui l&rsquo;observe au pied des arbres semble donc s&rsquo;expliquer naturellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cela va plus loin que cela car en fin de compte : de m\u00eame que le Baron ne peut jouir de sa libert\u00e9, de son projet fou, que par l&rsquo;entremise, par la d\u00e9pendance, le bon vouloir et la fortune de ce fr\u00e8re, de m\u00eame le r\u00e9cit de ses aventures ne peut prendre corps que sous la plume de ce narrateur tapi \u00e0 l&rsquo;ombre de ces arbres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors que le dernier paragraphe plonge le lecteur dans une grande perplexit\u00e9 : et si tout cela n&rsquo;avait jamais exist\u00e9, si tout cela, Ombreuse, ces arbres, ce baron, si tout cela n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;invention, si la grandeur du royaume de Cosimo, cette for\u00eat d&rsquo;Yeuse, de ch\u00eanes et de marronniers, si tout cela n&rsquo;\u00e9tait en fait que que le reflet de l&rsquo;\u00e9paisse for\u00eat que formes les lignes, \u00ab\u00a0<em>la broderie<\/em>\u00a0\u00bb de ce roman&#8230; et si le narrateur n&rsquo;\u00e9tait tout simplement qu&rsquo;un cr\u00e9ateur d&rsquo;histoires&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Grimper aux arbres comme \u00e0 un livre<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre chose m&rsquo;a finalement beaucoup s\u00e9duit : Et si cet acte de grimper aux arbres n&rsquo;\u00e9tait pas une mani\u00e8re d\u00e9guis\u00e9e de d\u00e9crire l&rsquo;acte de l&rsquo;\u00e9crivain et par contamination, celui du lecteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Moi, lecteur je me sens comme Cosimo : je suis un jour mont\u00e9 dans un arbre qui s&rsquo;appelait un livre, qui \u00e9tait de m\u00eame mati\u00e8re &#8211; m\u00e9lange de bois, de s\u00e8ve et de temps &#8211; et pouss\u00e9 par un sentiment d&rsquo;ivresse, de libert\u00e9, de soif de conna\u00eetre, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus en redescendre. Ainsi depuis je saute de page en page, de livre en livre en esp\u00e9rant ne plus jamais en descendre&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, Le baron perch\u00e9 est une \u0153uvre dr\u00f4le, avec plein de petits tiroirs d&rsquo;o\u00f9 sortent des sourires, des clins d&rsquo;\u0153il, une \u0153uvre ludique qui quelque part nous ram\u00e8ne \u00e0 nos cabanes d&rsquo;enfance ou \u00e0 nos escapades dans les arbres&#8230; Au final je me dis que c&rsquo;est une \u0153uvre qu&rsquo;on a plus int\u00e9r\u00eat \u00e0 lire quand on est adulte, quand le temps est loin o\u00f9 l&rsquo;enfant que nous \u00e9tions chevauchait les arbres et qui, contrairement au baron, a fini par redescendre de sa branche&#8230;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h3>Pour aller plus loin<\/h3>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/www.matisse.lettres.free.fr\/rubriquecursives\/calvino\/barthes.htm\">Un article de R. Barthes<\/a> qu&rsquo;on trouve au milieu <a href=\"http:\/\/www.matisse.lettres.free.fr\/rubriquecursives\/calvino\/barthes.htm\">de pages h\u00e9berg\u00e9es par matisse.lettres.free.fr<br \/> <\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/librheri.wordpress.com\/2008\/05\/06\/le-baron-perche-de-italo-calvino\/\">L&rsquo;opinion de Librh\u00e9ri<\/a><\/li>\n<li>Celui de <a href=\"http:\/\/la-litterature-est.mabulle.com\/index.php\/2007\/11\/20\/80338-italo-calvino-le-baron-perche\">la litt\u00e9rature au coeur<\/a><\/li>\n<li>Un extrait en italien sur <a href=\"http:\/\/terresdefemmes.blogs.com\/mon_weblog\/2008\/06\/15-juin-1767ita.html\">le site de Terres de femmes<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Moi, lecteur je me sens comme Cosimo : je suis un jour mont\u00e9 dans un arbre qui s&rsquo;appelait un livre, qui \u00e9tait de m\u00eame mati\u00e8re &#8211; m\u00e9lange de bois, de s\u00e8ve et de temps &#8211; et pouss\u00e9 par un sentiment d&rsquo;ivresse, de libert\u00e9, de soif de conna\u00eetre, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus en redescendre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3437,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33,98,14,23,381],"tags":[97,34,483,303,35],"class_list":["post-74","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-calvino","category-conte","category-lecture","category-roman","category-seuil","tag-arbres","tag-enfance","tag-lecture","tag-liberte","tag-narrateur"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/baronperche.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/74","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=74"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/74\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3437"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=74"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=74"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=74"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}