{"id":719,"date":"2009-04-17T13:12:42","date_gmt":"2009-04-17T12:12:42","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=719"},"modified":"2013-03-04T00:04:11","modified_gmt":"2013-03-03T23:04:11","slug":"foret-racine-labyrinthe-italo-calvino","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=719","title":{"rendered":"For\u00eat Racine Labyrinthe &#8212; Italo Calvino"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<h3>For\u00eat Racine Labyrinthe<\/h3>\n<h4>Italo Calvino<br \/> Edition Seghers, Collection Volubile, 1991<br \/> Traduction de Paul Fournel et Jacques Roubaud <br \/>&amp; Illustrations de Bruno Mallart<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3541\" alt=\"For\u00eat Racine Labyrinthe, Italo Calvino\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/Foret-racine-labyrinthe_2-265x350.jpg\" width=\"265\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/Foret-racine-labyrinthe_2-265x350.jpg 265w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/Foret-racine-labyrinthe_2-150x198.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/Foret-racine-labyrinthe_2-200x264.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/Foret-racine-labyrinthe_2.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 265px) 100vw, 265px\" \/><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a une for\u00eat, il y a une ville. Une for\u00eat si \u00e9paisse, si touffue, si labyrinthique qu&rsquo;on n&rsquo;en voit pas le bout du bout. Il y a une ville qui s&rsquo;est ass\u00e9ch\u00e9e de toute v\u00e9g\u00e9tation : \u00ab <em>toutes les plantes, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la cit\u00e9, avaient fan\u00e9, perdu leurs feuilles, puis \u00e9taient mortes <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a un roi fatigu\u00e9 qui rentre de guerre et qui ne retrouve plus le chemin dans cette for\u00eat o\u00f9 les racines maintenant semblent s&rsquo;\u00e9lancer vers le ciel et les branches s&rsquo;enfoncer dans le sol.\u00a0 Il y a une Reine mar\u00e2tre et un Premier ministre qui veulent profiter de l&rsquo;absence du roi pour s&#8217;emparer du pouvoir. Avec leurs hommes de main ils veulent encercler ville pour lui tendre un guet-apens mais ils se perdent \u00e0 leur tour dans la for\u00eat. Il y a une Princesse qui se languit de ne pas voir son p\u00e8re rentrer et qui, happ\u00e9e par un vieux m\u00fbrier dans l&rsquo;enceinte de la ville, se retrouve comme par enchantement au c\u0153ur de \u00ab <em>la for\u00eat libre qui l&rsquo;attirait tant<\/em> \u00bb. Il y a aussi un jeune homme, comme toujours, qui s&rsquo;inqui\u00e8te de la disparition de la belle jeune fille au balcon et qui, grimpant \u00e0 la cime d&rsquo;un arbre, se retrouve lui aussi en pleine for\u00eat. Et il y a surtout un oiseau extraordinaire qui a \u00ab<em> les plumes changeantes du faisan, les grandes ailes puissantes d&rsquo;un corbeau, le long bec d&rsquo;un pic, et l&rsquo;aigrette de plumes blanches et noires d&rsquo;une huppe.<\/em> \u00bb\u00a0 C&rsquo;est cet oiseau-l\u00e0 qui appara\u00eet \u00e0 chaque fois pour \u00e9garer ou guider les personnages&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici le d\u00e9cor : une for\u00eat sans dessus dessous en lutte contre une cit\u00e9 forteresse qui la refuse. Voil\u00e0 les personnages : quatre protagonistes avec quatre motivations diff\u00e9rentes qui se perdent dans la for\u00eat, mais chuuut ! Je ne vous raconte pas la fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Italo Calvino nous propose ici ((ce conte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 <em>post mortem<\/em>)) un conte pour enfant qui devient grand et pour grand qui redevient enfant. On peut y trouver plein de th\u00e8mes diff\u00e9rents derri\u00e8re ces oppositions syst\u00e9matiques d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments symboliques : nature\/culture, vie sauvage\/civilisation, langage\/litt\u00e9rature, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici un point de vue linguistique de Paul Braffort et une d\u00e9finition de la litt\u00e9rature de Calvino qui peuvent apporter un autre \u00e9clairage :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans For\u00eat-racine-labyrinthe la for\u00eat toute enti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une fantastique permutation des racines et des branches. L&rsquo;auteur f\u00e9ru de linguistique qu&rsquo;\u00e9tait Calvino n&rsquo;ignorait pas que les arbres syntaxiques (Claude Berge les appelait \u00ab\u00a0arborescences\u00a0\u00bb) se repr\u00e9sentent graphiquement \u00e0 l&rsquo;envers, comme dans le conte.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><cite>Paul Braffort, <em><a href=\"http:\/\/www.paulbraffort.net\/litterature\/critique\/calvino_labyrinthe.html\">Italo Calvino sur les sentiers du labyrinthe<\/a>,<\/em><br \/> article paru dans <em>le Magazine Litt\u00e9raire<\/em> n\u00b0398, mai 2002<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons dit que la litt\u00e9rature est, tout enti\u00e8re, dans le langage, qu&rsquo;elle n&rsquo;est que la permutation d&rsquo;un ensemble fini d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments et de fonctions. Mais la tension de la litt\u00e9rature ne viserait-elle pas sans cesse \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 ce nombre infini ? Ne chercherait-elle pas \u00e0 dire sans cesse quelque chose qu&rsquo;elle ne sait pas dire, quelque chose qu&rsquo;elle ne sait pas, quelque chose qu&rsquo;on ne peut pas savoir ? Telle chose ne peut pas \u00eatre sue tant que les mots et les concepts pour l&rsquo;exprimer et la penser n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s dans cette position, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9s dans cet ordre, dans ce sens. Le combat de la litt\u00e9rature est pr\u00e9cis\u00e9ment un effort pour d\u00e9passer les fronti\u00e8res du langage ; c&rsquo;est du bord extr\u00eame du dicible que la litt\u00e9rature se projette ; c&rsquo;est l&rsquo;attrait de ce qui est hors du vocabulaire qui meut la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><cite>Italo Calvino, <em>Cybern\u00e9tique et fantasme<\/em>, texte d&rsquo;une conf\u00e9rence prononc\u00e9e en 1967,<br \/> r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans La machine litt\u00e9rature (Seuil, 1993). Citation extraite de l&rsquo;article de Paul Braffort<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut donc y lire une tentative de r\u00e9concilier des labyrinthes <em>a priori<\/em> incompatibles, celui de la for\u00eat touffue, sens dessus dessous, du langage sauvage qui retourne \u00e0 ses racines, du babil dirait Barthes, du barbare dirait le grec et celui de la ville rectiligne et polic\u00e9e, du langage plus \u00e9labor\u00e9, plus civilis\u00e9 r\u00e9gi par la syntaxe, par la normalisation grammaticale. Entre ces deux deux labyrinthes qui s&rsquo;opposent, un oiseau chim\u00e9rique, un oiseau invent\u00e9 et recompos\u00e9 par permutation du langage, un oiseau po\u00e9tique (dans le sens de la cr\u00e9ation) fait le lien, perd ou guide celui qui le suit&#8230; Cet oiseau n&rsquo;est-ce pas ce qu&rsquo;on nomme tout simplement la litt\u00e9rature ?<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce matin-l\u00e0, la for\u00eat n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un enchev\u00eatrement de sentiers et de pens\u00e9es perplexes. Le roi Clodov\u00e9e se disait : \u00ab\u00a0\u00d4 ville inatteignable ! tu m&rsquo;as appris \u00e0 marcher dans tes rues rectilignes et lumineuses et me voil\u00e0 condamner \u00e0 cheminer dans des sentiers tortueux et embrouill\u00e9s et me voil\u00e0 perdus !\u00a0\u00bb Curwald [ndlr : le f\u00e9lon], lui, se disait : \u00ab\u00a0Plus le chemin est sinueux, plus il convient \u00e0 notre plan. Tout ce qu&rsquo;il faut, c&rsquo;est trouver l&rsquo;endroit o\u00f9, \u00e0 force de se courber et de se recourber, ce chemin rejoindra la route droite. L&rsquo;ennui, c&rsquo;est qu&rsquo;avec tous les n\u0153uds et tous les carrefours, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 trouver le bon.\u00a0\u00bb Verveine [ndlr : la princesse], elle, pensait : \u00a0\u00bb Fuir ! Fuir ! Mais pourquoi ? Plus j&rsquo;avance dans la for\u00eat, plus j&rsquo;ai la sensation d&rsquo;\u00eatre prisonni\u00e8re. J&rsquo;avais cru que la ville de pierre de taille et la for\u00eat-labyrinthe \u00e9taient ennemies et s\u00e9par\u00e9e, sans communication possible. <a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/foretracine.png\" rel=\"lightbox[719]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-733\" title=\"For\u00eat racine labyrinthe - (c) Illustration de Bruno Mallart\" alt=\"For\u00eat racine labyrinthe - (c) Illustration de Bruno Mallart\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/foretracine.png\" width=\"250\" height=\"210\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/foretracine.png 250w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/foretracine-150x126.png 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/foretracine-200x168.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>Maintenant j&rsquo;ai trouv\u00e9 le passage, j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;elle se ressemblent de plus en plus&#8230; Je voudrais que la s\u00e8ve de la for\u00eat p\u00e9n\u00e8tre la ville et ram\u00e8ne la vie entre les pierres. Je voudrais qu&rsquo;au milieu de la for\u00eat on puisse aller et venir, se rencontrer, \u00eatre ensemble, comme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une ville&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><cite>pp.38 &amp; 39<\/cite><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>Prolonger le voyage :<\/h3>\n<ul>\n<li>De tr\u00e8s belles illustrations accompagnent le texte, ce sont celles de Bruno Mallart, vous trouverez <a href=\"http:\/\/www.brunomallart.com\/\">son site ici<\/a><\/li>\n<li>Paul Braffort est un scientifique fran\u00e7ais, ing\u00e9nieur, \u00e9crivain, <span class=\"mw-redirect\">po\u00e8te<\/span>, parolier et compositeur de chansons. Paul Braffort est membre de l&rsquo;Oulipo et R\u00e9gent de Rh\u00e9matologie du Coll\u00e8ge de &lsquo;Pataphysique. <a href=\"http:\/\/www.paulbraffort.net\/\">Voici son site.<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2008\/10\/12\/%c2%ab-le-baron-perche-%c2%bb-italo-calvino\/\">Ma lecture du <em>Baron perch\u00e9<\/em><\/a> du m\u00eame auteur.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a un roi fatigu\u00e9 qui rentre de guerre et qui ne retrouve plus le chemin dans cette for\u00eat. Il y a une Reine mar\u00e2tre et un Premier ministre qui veulent profiter de l&rsquo;absence du roi. Il y a une Princesse qui se languit de ne pas voir son p\u00e8re rentrer.  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