{"id":701,"date":"2009-04-14T20:24:05","date_gmt":"2009-04-14T18:24:05","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=701"},"modified":"2015-06-30T09:58:40","modified_gmt":"2015-06-30T07:58:40","slug":"la-solitude-des-nombres-premiers-paolo-giordano","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=701","title":{"rendered":"La solitude des nombres premiers &#8212; Paolo Giordano"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<p>La solitude des nombres premiers<\/p>\n<p>Paolo Giordano<br \/>\n\u00c9ditions du Seuil<br \/>\n<a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/lasolititude.jpg\" rel=\"lightbox[701]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-702 alignnone\" title=\"La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/lasolititude.jpg\" alt=\"La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano\" width=\"270\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/lasolititude.jpg 270w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/lasolititude-236x350.jpg 236w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/lasolititude-150x222.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/lasolititude-200x296.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 270px) 100vw, 270px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Chez les filles\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/36690753_p.jpg\" alt=\"Chez les filles\" width=\"161\" height=\"64\" \/><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Merci \u00e0 Alice de Chez les Filles et aux \u00c9ditions du Seuil de m&rsquo;avoir permis de lire ce beau roman suite \u00e0 la d\u00e9couverte du billet de <a href=\"http:\/\/sylvie-lectures.blogspot.com\/2009\/03\/la-solitude-des-nombres-premiers-paolo.html\">Sylvie<\/a>.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-m\u00eames. Ils occupent leur place dans la s\u00e9rie infinie des nombres naturels, \u00e9cras\u00e9s comme les autres entre deux semblables, mais \u00e0 un pas de distance. Ce sont des nombres soup\u00e7onneux et solitaires, raison pour laquelle Mattia les trouvait merveilleux. Il lui arrivait de se dire qu&rsquo;ils figuraient dans cette s\u00e9quence par erreur, qu&rsquo;ils y avaient \u00e9t\u00e9 pi\u00e9g\u00e9s telles des perles enfil\u00e9es. Mais il songeait aussi que ces nombres auraient peut-\u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00eatre comme les autres, juste des nombres quelconques, et qu&rsquo;ils en \u00e9taient pas capables. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A un cours de premi\u00e8re ann\u00e9e, Mattia avait appris que certains nombres premiers ont quelque chose de particulier. Les math\u00e9maticiens les appellent premiers jumeaux: ce sont des couples de nombres premiers voisins, ou plut\u00f4t presque voisins, car il y a toujours entre eux un nombre pair qui les emp\u00eache de se toucher vraiment.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Je ne suis pas un num\u00e9ro<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que sont 2 760 889 966 649 et 2 760 889 966 651, sinon deux nombres premiers perdus dans l&rsquo;infinie immensit\u00e9 arithm\u00e9tique de la vie. Ces deux nombres jumeaux, ce sont ceux de Mattia et d&rsquo;Alice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>I&rsquo;m not a number, I am a free man<\/em>\u00a0\u00bb crie le num\u00e9ro 6 dans <em>The Prisoner<\/em>. Ce cri est celui de la r\u00e9volte qui refuse la factorisation de l&rsquo;\u00eatre, la r\u00e9duction ontologique \u00e0 un simple identifiant qui nie toute sa singularit\u00e9 ou plut\u00f4t qui classe froidement cette fraction dans une cha\u00eene infinie et anonyme d&rsquo;autres identifiants, broyant par l\u00e0 le concept m\u00eame du mot <em>in-dividu<\/em>. A l&rsquo;inverse, Mattia, aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre un num\u00e9ro libre parmi d&rsquo;autres, <em>\u00ab\u00a0\u00eatre comme les autres, juste des nombres quelconques\u00a0\u00bb <\/em>mais la vie en a d\u00e9cid\u00e9 autrement car, pour certains, le destin joue avec des d\u00e9s et \u00e9crase leur individualit\u00e9 de ses nombres implacables.<em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Individus, tel est pour moi le th\u00e8me central de <em>La solitude des nombres premiers<\/em>. Mattia et Alice (mais en arri\u00e8re plan d&rsquo;autres personnages participent de cette th\u00e9matique) sont ces personnes solitaires et \u00e9corch\u00e9es, qui, tels des nombres premiers, ne se divisent que par eux-m\u00eame ou par un. Il y est question des destin\u00e9s qu&rsquo;on ne choisit pas ou contre lesquelles on ne lutte pas, des outrages &#8211; ces divisions primordiales &#8211; qu&rsquo;on subit et qui nous arrache, qui une jambe, qui une s\u0153ur jumelle&#8230; Le cours de la vie, les choix que l&rsquo;on fait soi-m\u00eame ou \u00e0 notre place, le destin, etc., les fait passer d&rsquo;individus sans histoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de <em>dividus<\/em>, d&rsquo;<em>\u00eatres<\/em> alt\u00e9r\u00e9s dans les deux sens du terme : Alice perd sa jambe en apprenant le ski pour son p\u00e8re qui voulait faire d&rsquo;elle une championne, Mattia abandonne quelques instants sa s\u0153ur jumelle en allant \u00e0 un go\u00fbter d&rsquo;anniversaire et sa vie bascule quand elle est port\u00e9e disparue. Ces douloureuses divisions les blessent, les font devenir autres et modifient profond\u00e9ment le lit du ruisseau o\u00f9 coulait paisiblement leur histoire. Oui, mais qui, mais quoi ?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;in-dividus<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce trauma initial d\u00e9coule une nouvelle conception de son propre corps qui se doit de r\u00e9percuter, de faire r\u00e9sonner en \u00e9cho au-dehors, pour autrui, cette alt\u00e9ration\/alt\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre. Pour cela on doit faire perdre \u00e0 ce corps &#8211; qu&rsquo;on croirait monolithique voire monocellulaire &#8211; son unit\u00e9, on organise, on ordonne la division de son propre organisme devenu un lourd amas de cellules trop nombreuses. Alice choisit de son c\u00f4t\u00e9 la soustraction en refusant \u00e0 ses cellules la nourriture dont elles ont besoin : l&rsquo;anorexie radicale et naus\u00e9euse \u00e0 la limite de la survie. Cette soustraction vise \u00e9videmment \u00e0 se rendre<em> \u00ab\u00a0transparente<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e0 s&rsquo;effacer de sa propre vie&#8230; Mattia, lui, choisit la division : celle de ces cellules, il taille \u00e0 m\u00eame la peau, fait des op\u00e9rations &#8211; non math\u00e9matiques, mais le choix de cette discipline n&rsquo;est peut-\u00eatre pas fortuite &#8211; sur la paume, les poignets, les bras, il divise ses phalanges en proc\u00e9dant r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des auto-mutilations. Ce n&rsquo;est pas tant la douleur, tant la rage, tant la punition\u00a0 que Mattia rejoue \u00e0 chaque coups port\u00e9 dans sa chair que sa propre division, celle par laquelle il pourrait faire revenir sa s\u0153ur disparue, son \u00ab\u00a0<em>h\u00e9lice d&rsquo;ADN, dont la jumelle \u00e9tait absente<\/em>\u00ab\u00a0, p.185.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors ? Ces deux <em>dividus <\/em>\u00e9videmment s&rsquo;attirent et se r\u00e9vulsent alternativement comme deux aimants aux polarit\u00e9s changeantes&#8230; Ils cherchent l&rsquo;un dans l&rsquo;autre la compl\u00e9tude absolue, la com-pr\u00e9hension parfaite, la per-fusion vitale mais ils fuient \u00e9galement ce reflet morcel\u00e9 de leur \u00eatre que l&rsquo;image de l&rsquo;autre renvoie. Sylvie \u00e0 tr\u00e8s judicieusement fait un rapprochement avec le <a href=\"http:\/\/sylvie-lectures.blogspot.com\/2009\/03\/la-solitude-des-nombres-premiers-paolo.html\">mythe de l&rsquo;androgyne<\/a> de Platon, celui qui voudrait que nos \u00e2mes f\u00e9minin-masculin fussent \u00e0 l&rsquo;origine scind\u00e9es et \u00e9parpill\u00e9es et que notre qu\u00eate amoureuse tendrait \u00e0 vouloir reconstituer.\u00a0 Seulement \u00e0 l&rsquo;image de ces nombres premiers jumeaux, la rencontre n&rsquo;a jamais vraiment lieu, elle est toujours emp\u00each\u00e9e par un nombre pair qui les s\u00e9pare, qui les isolent dans une proximit\u00e9 et une solitude incompressible. Alice tentera de trouver un rem\u00e8de \u00e0 sa solitude dans le mariage, mais son refus absolu de la grande division, celle de la maternit\u00e9 fera \u00e9chou\u00e9 cette issue possible. Mattia s&rsquo;enfermera dans une autre solitude,\u00a0 celle des math\u00e9matiques dans lesquelles il se dissout lentement malgr\u00e9 les tentatives de diversions de son bin\u00f4me scientifique, Alberto. Il tentera bien une exp\u00e9rience amoureuse, pour para\u00eetre \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb mais sans grand succ\u00e8s&#8230; Alice et Mattia se retrouveront encore une fois, essayant de raviver autour d&rsquo;eux des fant\u00f4mes, tout pourrait basculer&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le roman, je trouve, s&rsquo;interroge sur les chemins que prennent la vie, les renoncements tacites, les indiff\u00e9rences simul\u00e9es, celles qui vexent, les frustrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, la maladresse de l&rsquo;\u00eatre qui ne sait, dans le fond, comment se positionner dans le temps et l&rsquo;espace, sur toutes ces choses qui nous agitent comme les m\u00e9canismes d&rsquo;une machine que nous ne ma\u00eetrisons pas, et dont le temps, tel un puissant ressort, fait sans cesse avancer la marche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai trouv\u00e9 ce texte globalement bien \u00e9crit, d&rsquo;autant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un premier roman. J&rsquo;aurais aim\u00e9 une \u00e9criture moins froide et moins chirurgicale, un style plus travaill\u00e9, plus \u00ab\u00a0litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (mais j&rsquo;ai conscience aussi d&rsquo;avoir lu une traduction), quelque chose qui, dans la forme, concourt \u00e0 marquer plus singuli\u00e8rement de son empreinte cette dissolution de l&rsquo;\u00eatre, cette solitude premi\u00e8re de l&rsquo;individu. J&rsquo;ai, pour ma part, le sentiment que Giordano n&rsquo;a pas d\u00e9roul\u00e9 son fil math\u00e9matique jusqu&rsquo;au bout, qu&rsquo;il aurait pu davantage creuser cet angle, d\u00e9rouler cette approche philosophique des \u00eatres de mani\u00e8re encore plus pr\u00e9cise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut reprocher (comme je l&rsquo;ai lu par ailleurs) un penchant caricatural, ou tout du moins une mani\u00e8re maladroite de pr\u00e9senter cette jeunesse bancale, mais je pense que c&rsquo;est la radicalit\u00e9 de ces solitudes qui a entra\u00een\u00e9 l&rsquo;auteur \u00e0 pousser loin ses personnages dans des retranchements ultimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 ces quelques r\u00e9serves, <em>La solitude des nombres premiers<\/em> est un roman r\u00e9ussi qui aborde sombrement des th\u00e8mes et des probl\u00e8mes de notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine qui ont touch\u00e9 le public&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour finir sur une note plus optimiste, je vous propose d&rsquo;\u00e9couter (encore) Sia avec cette sublime chanson qui tente encore de nous faire croire que <em>Soon we&rsquo;ll be found. <\/em>J&rsquo;ai trouv\u00e9 quelques similitudes entre la jaquette du livre et le clip : mains, papillon, perte et retrouvailles de l&rsquo;autre&#8230;<\/p>\n<div><object width=\"480\" height=\"381\" classid=\"clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000\" codebase=\"http:\/\/download.macromedia.com\/pub\/shockwave\/cabs\/flash\/swflash.cab#version=6,0,40,0\"><param name=\"allowFullScreen\" value=\"true\" \/><param name=\"allowScriptAccess\" value=\"always\" \/><param name=\"src\" value=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/swf\/x7zdh9_sia-soon-well-be-found_music&amp;related=1\" \/><param name=\"allowfullscreen\" value=\"true\" \/><param name=\"allowscriptaccess\" value=\"always\" \/><\/object><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">A noter pour ceux qui comme moi aiment la voix de <em>Zero 7<\/em> : Sia passe dans <a href=\"http:\/\/www.mytaratata.com\">Taratata<\/a> sur France 4 vendredi 17 avril o\u00f9 elle interpr\u00e8tera cette chanson et quelques autres&#8230;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Merci \u00e0 Alice de Chez les Filles et aux \u00c9ditions du Seuil de m&rsquo;avoir permis de lire ce beau roman suite \u00e0 la d\u00e9couverte du billet de Sylvie. 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