{"id":602,"date":"2009-03-29T15:59:15","date_gmt":"2009-03-29T14:59:15","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=602"},"modified":"2013-02-24T11:45:51","modified_gmt":"2013-02-24T10:45:51","slug":"la-diablada-georges-flipo-1ere-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=602","title":{"rendered":"La Diablada, Georges Flipo &#8211; 1\u00e8re partie"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<h3>La Diablada<\/h3>\n<h4><span style=\"font-style: normal;\">Georges Flipo<br \/>\u00c9ditions Anne Carri\u00e8re<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/diablada.jpg\" rel=\"lightbox[602]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"La Diablada, Georges Flipo, \u00e9ditions Anne Carri\u00e8re\" alt=\"La Diablada, Georges Flipo, \u00e9ditions Anne Carri\u00e8re\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/diablada-233x350.jpg\" width=\"233\" height=\"350\" \/><\/a><\/div>\n<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Avertissement<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce billet n&rsquo;a pas pour vocation de faire d\u00e9couvrir <span style=\"font-style: normal;\">La Diablada,<\/span> <a href=\"http:\/\/georges-flipo-auteur.over-blog.com\/categorie-10374302.html\">une multitude de billets<\/a> existe d\u00e9j\u00e0 dans ce but. Ce billet restitue une r\u00e9flexion personnelle construite \u00e0 la lecture de ces nouvelles, aussi, il se peut, inopin\u00e9ment que je d\u00e9voile l&rsquo;intrigue de certaines d&rsquo;entre elles. Cette lecture, \u00e9videmment, comme toutes les lectures, n&rsquo;engage que son lecteur&#8230;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai d\u00e9couvert <em>La Diablada<\/em><span style=\"font-style: normal;\"> et son auteur Georges Flipo il y a quelques temps sur le blog de <a href=\"http:\/\/sylvie-lectures.blogspot.com\/2008\/09\/la-diablada-georges-flipo.html\">Sylvie<\/a><\/span>. Comme bon nombre de blogueurs de la bulle \u00ab\u00a0litt\u00e9raire\u00a0\u00bb je visite son blog, v\u00e9ritable curiosit\u00e9 venant de la part d&rsquo;un auteur. Car Georges Flipo fait partie de ces \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s\u00a0\u00bb pl\u00e9biscit\u00e9es par la blogosph\u00e8re, de ces auteurs que l&rsquo;on a l&rsquo;impression de c\u00f4toyer au quotidien, comme si, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, on savait pouvoir le rencontrer au march\u00e9 ou dans le bistrot du coin. L\u00e0, il nous parle de lui (mais aussi des autres), de ses livres, de ses tribulations d&rsquo;\u00e9crivain du 21e si\u00e8cle, il joue avec une certaine verve \u00e0 l&rsquo;Auteur tout en saupoudrant ses propos d&rsquo;une bonne dose d&rsquo;auto-d\u00e9rision et d&rsquo;humour, il lit et r\u00e9pond aux commentaires, pas toujours de mani\u00e8re complaisante d&rsquo;ailleurs, mais toujours avec sinc\u00e9rit\u00e9, humour et humeur. Ceci donne une impression de familiarit\u00e9, de proximit\u00e9. On se dit que ce Flipo-l\u00e0, on le conna\u00eet un peu !<\/p>\n<p>En commen\u00e7ant <em>La<\/em> <em>Diablada<\/em>, je me suis donc dit que j&rsquo;allais porter une attention toute particuli\u00e8re \u00e0 cette lecture. Parce que, petit un,\u00a0 je \u00ab\u00a0connais\u00a0\u00bb l&rsquo;auteur (je lui ai promis de le lire et d&rsquo;en dire ce que j&rsquo;en pense) et que cette \u00ab\u00a0proximit\u00e9\u00a0\u00bb avec lui, m\u00eame lointaine, me pousse \u00e0 \u00eatre davantage attentif, critique et honn\u00eate pour ne pas simplement flatter l&rsquo;auteur dans le sens du poil (en a t-il vraiment besoin ?) mais bien d&rsquo;en faire une lecture sinc\u00e8re, comme si je lisais n&rsquo;importe quel auteur en fait (enfin presque!).<\/p>\n<p>Petit deux, ce livre est un recueil de nouvelles, le premier opus qu&rsquo;il a publi\u00e9 (je lirai son premier roman en second et son dernier roman en dernier, question de logique). A part quelques auteurs comme Borg\u00e8s, A. E. Poe, J. Barnes, et quelques autres, je me rends compte que j&rsquo;ai assez peu pratiqu\u00e9 ce genre que j&rsquo;affectionne pourtant. Aussi, pour cette lecture, j&rsquo;\u00e9tais curieux de savoir comment on construit un recueil de nouvelles (ce qui revient \u00e9galement \u00e0 d\u00e9couvrir la lecture de l&rsquo;\u00e9diteur qui oriente des choix, fait des coupes sombres, etc.), comment on peut &#8211; ou ne peut pas &#8211; donner une unit\u00e9, trouver un fil conducteur entre des univers, des personnages, des trames dramatiques diff\u00e9rents. J&rsquo;ai donc tent\u00e9 d&rsquo;en avoir une vision assez proche et lointaine. Et je trouvais cet exercice doublement int\u00e9ressant d&rsquo;autant que, selon l&rsquo;aveu de l&rsquo;auteur :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\">La faiblesse de la Diablada est aussi sa force\u00a0: une certaine diversit\u00e9 d\u2019univers. Des nouvelles dans le pass\u00e9, ou dans l\u2019enfance, d\u2019autres en Am\u00e9rique du Sud. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cette diversit\u00e9 pla\u00eet (apparemment) aux lecteurs, mais c\u2019est quand m\u00eame une faiblesse\u00a0: elle complique la t\u00e2che des m\u00e9dias et surtout des libraires (comment parler de nouvelles qui ont peu en commun\u00a0? ).<\/p>\n<p><cite>(Source : <a href=\"http:\/\/www.georges-flipo-auteur.com\/pages\/5._la_diablada.html#ANCHOR_Text4\">blog de Georges Flipo<\/a>)<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chouette ! j&rsquo;allais pouvoir chercher librement des poils sur les \u0153ufs en sachant que mon point de vue ne serait ni journalistique, ni commercial mais simplement celui d&rsquo;un lecteur, stylo \u00e0 la main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai donc lu <em>La Diablada<\/em>. Avec un int\u00e9r\u00eat croissant, je dois le dire. Le style de G. Flipo, pour ce premier opus, est plut\u00f4t \u00e9conome et efficace : il n&rsquo;est jamais le m\u00eame d&rsquo;une nouvelle \u00e0 l&rsquo;autre et tend \u00e0 coller au mieux au narrateur et au mode de narration qui prend en charge le r\u00e9cit, et \u00e7a c&rsquo;est un bonheur. Lire douze nouvelles sur le m\u00eame ton, celui du pr\u00e9sum\u00e9 auteur, n&rsquo;aurait \u00e9videmment aucun int\u00e9r\u00eat : autant \u00e9crire douze id\u00e9es de sc\u00e9nario et s&rsquo;en tenir \u00e0 \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait une de mes craintes d&rsquo;ailleurs. On a beau lutter contre ses pr\u00e9jug\u00e9s, connaissant sa carri\u00e8re de publicitaire, je redoutais que ses nouvelles puissent ressembler \u00e0 des spots publicitaires : <em>une image, une id\u00e9e, un slogan<\/em><span style=\"font-style: normal;\">. Mais ce que j&rsquo;avais pu lire, par-ci , par-l\u00e0 au fil des billets \u00e9tait v\u00e9rifi\u00e9 : il n&rsquo;en est rien, G. Flipo est un auteur, un conteur. Il ne nous vend rien d&rsquo;autre que l&rsquo;illusion de vivre une histoire \u00e9crite et non l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une histoire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: normal;\">Il est vrai que s<\/span>es univers dans <em>La Diablada<\/em> sont vari\u00e9s, \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes, dans des lieux partag\u00e9s entre la France et l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud (pour laquelle il a une r\u00e9elle affection). Les chutes sont parfois attendues (parce qu&rsquo;un indice trop fort met le lecteur trop t\u00f4t sur la voie), mais elles sont pour la plupart surprenantes, pertinentes. Elles donnent souvent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 sourire, et elle suscitent souvent l&rsquo;envie de relire la nouvelle au regard de ce nouvel \u00e9clairage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il pars\u00e8me, juste ce qu&rsquo;il faut, ses textes courts de d\u00e9tails qui sonnent plut\u00f4t justes : ici une page sur la nostalgie d\u00e9sargent\u00e9e des argentins sous des airs de tangos (<em>Journ\u00e9e libre<\/em><span style=\"font-style: normal;\">)<\/span>, l\u00e0 le bruit de la pellicule qui en cassant fait un bruit si particulier (<em>Le film cass\u00e9<\/em><span style=\"font-style: normal;\">)<\/span>, ici encore les strates parfum\u00e9es qui rec\u00e8lent le myst\u00e8re infini de la femme (<em>Le parfum des profondeurs<\/em><span style=\"font-style: normal;\">)<\/span>&#8230; Ce sont souvent ces d\u00e9tails qui font la diff\u00e9rence, surtout dans des textes aussi court o\u00f9 l&rsquo;\u00e9lan pour entra\u00eener le lecteur dans un univers est tr\u00e8s court. Dans cet exercice du triple saut, j&rsquo;ai trouv\u00e9 G. Flipo plut\u00f4t convaincant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les th\u00e8mes peuvent para\u00eetre tr\u00e8s disparates cependant il y a, je trouve, deux questions qui sous-tendent quasiment l&rsquo;ensemble du recueil : Pourquoi, \u00e0 qui et comment on raconte des histoires ? En quoi raconter une histoire pr\u00e9figure un pacte et une trahison entre le narrateur et son destinataire ? Aussi, tenant ce fil d&rsquo;Ariane par un bout, je vais tenter de le suivre pour voir o\u00f9 il me conduit.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-style: normal;\">L&rsquo;\u00e9conomie fabuleuse <br \/><\/span><\/strong><em><span style=\"font-weight: normal;\">&#8212; L&rsquo;Avarice, attribution incertaine ; Journ\u00e9e libre<\/span><\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut vouloir raconter une histoire pour vendre, ou acheter, dans une perspective commerciale, pour conclure un \u00e9change \u00e9conomique : l&rsquo;\u00e9crivain, comme l&rsquo;antiquaire, comme Jes<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00fa<\/span>s le fabriquant de poup\u00e9es, est toujours ce marchand d&rsquo;histoires, ce commercial conteur qui dit : \u00ab\u00a0<em>Entrez donc !\u00a0\u00bb<\/em>, vous cherchez quelque chose ? \u00e7a tombe bien, j&rsquo;ai quelque chose pour vous !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: normal;\">Dans ces deux nouvelles, des vendeurs, presque des bonimenteurs, des marchands de r\u00eave, ont recours au conte pour vendre quelque chose. Mais par un subtil jeu narratif, ce n&rsquo;est plus le produit vant\u00e9, avec talent par le vendeur\/narrateur, qui devient l&rsquo;objet de la vente mais bel et bien l&rsquo;histoire et la part de r\u00eave qui nimbent la marchandise. Cette derni\u00e8re devient alors objet de d\u00e9sir, de fantasmes, de projection mentale sur l&rsquo;\u00e9cran blanc et vide de nos vies. Le d\u00e9sir initial est d\u00e9vi\u00e9 : l&rsquo;objet s&rsquo;entoure d&rsquo;une \u00e9paisseur charnelle, telle cette poup\u00e9e que l&rsquo;on voudrait ch\u00e9rir comme son enfant et qui, en retour, par un effet de superstition, nous prot\u00e9gerait du mauvais sort ; comme ce tableau dans lequel on se projette, et qui nous va si bien qu&rsquo;on finit par lui ressembler. Est-ce que ce, finalement, ce marchand n&rsquo;est pas la m\u00e9taphore de l&rsquo;\u00e9crivain\/conteur ? Il y a bien de cette id\u00e9e, en effet, car \u00e0 moins de ne collectionner les livres que pour l&rsquo;objet qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent, le d\u00e9sir du livre se ramasse, se cristalise dans cette histoire et la mani\u00e8re dont elle est servie, dans ce contenant\/contenu fantasm\u00e9 qui l&rsquo;aur\u00e9ole, dans cette \u00e9conomie fabuleuse qui lie l&rsquo;\u00e9crivain \u00e0 son lecteur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: normal;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p.jpg\" rel=\"lightbox[602]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-619\" title=\"L'avarice, STOMER Mathias, Mus\u00e9e de Grenoble\" alt=\"L'avarice, STOMER Mathias, Mus\u00e9e de Grenoble\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p-150x150.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p-200x200.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p-57x57.jpg 57w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p-72x72.jpg 72w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p-114x114.jpg 114w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p-144x144.jpg 144w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/m099404_3j01415_p-120x120.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>Cet \u00e9change commercial peut aboutir \u00e0 une sorte de pacte : dans <\/span><em>L&rsquo;Avarice, attribution incertaine<\/em><span style=\"font-style: normal;\">, un couple, sans enfant, soucieux d&rsquo;avoir l&rsquo;air cultiv\u00e9 fait le plein, une fois par an, de sujets de conversations p\u00e9dantes en allant se plonger dans la vie culturelle de Paris. Cette qu\u00eate les conduit un jour devant une vitrine o\u00f9 est expos\u00e9 un tableau, <\/span><em>L&rsquo;Avarice<\/em><span style=\"font-style: normal;\">, qui attire myst\u00e9rieusement leur attention. Le marchand alors intervient : l&rsquo;histoire qu&rsquo;il raconte \u00e0 propos de ce tableau, selon laquelle l&rsquo;attribution &lsquo;g\u00e9n\u00e9tique&rsquo; du tableau est incertaine et pourrait d\u00e9cupler sa valeur, finit de convaincre le couple de se d\u00e9poss\u00e9der de toute leur fortune pour l&rsquo;acqu\u00e9rir. C&rsquo;est qu&rsquo;ils le convoitent maintenant follement, ce Graal de leur qu\u00eate \u00e9perdue. Non seulement ils le veulent mais ce d\u00e9sir est une telle projection d&rsquo;eux-m\u00eames et de leur qu\u00eate orgueilleuse qu&rsquo;ils finissent par vivre litt\u00e9ralement, picturalement, socialement ce tableau. Sans le savoir, ils passent un pacte avec le tableau et l&rsquo;histoire qui diabolise sa valeur (\u00ab <\/span><em>un tas d&rsquo;or qui vaut moins ou beaucoup plus <\/em><span style=\"font-style: normal;\">\u00bb, p.22). Ce pacte, c&rsquo;est toujours au fond celui qui unit le lecteur \u00e0 sa lecture : le \u00ab <\/span><em>pacte fabulant <\/em>((Antonio Rodriguez, <em>Le Pacte Lyrique \u2014 Configuration discursive et interaction affective<\/em>, Bruxelles, Mardaga, coll. \u00a0\u00bb Philosophie et Langage \u00ab\u00a0, 2003, 280 p.)) <span style=\"font-style: normal;\">\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><\/a>, celui q<\/span><span style=\"font-style: normal;\"><span style=\"font-weight: normal;\">ui institue \u00ab <\/span><\/span><strong><span style=\"font-style: normal;\"><span style=\"font-weight: normal;\">une mise en intrigue de l\u2019agir humain\u00a0\u00bb, celui par lequel, par un effet de substitution, d&rsquo;identification \u00e0 l&rsquo;un des personnages (ou un d\u00e9cor, une situation, une action, ce n&rsquo;est pas toujours par le personnage que ce pacte se noue) le lecteur se projette dans le c\u0153ur du r\u00e9cit, par lequel il se regarde agir dans l&rsquo;intrigue. Ainsi nous devenons nous-m\u00eame, lecteurs, cet avare dans sa pauvre pi\u00e8ce \u00e9troite, et notre regard est sans cesse riv\u00e9 sur l&rsquo;or hypoth\u00e9tique et diabolique de l&rsquo;histoire qui se d\u00e9roule sous nos yeux. Et au fond, adopter cette posture ne revient-il pas \u00e0 nourrir notre bonheur de lire ?<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0* <span class=\"espaceinsecable\" style=\"display:inline; margin-right:30px\" >\u00a0<\/span>* <span class=\"espaceinsecable\" style=\"display:inline; margin-right:30px\" >\u00a0<\/span>*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: normal;\">Ce pacte peut \u00eatre bris\u00e9. Cette \u00e9conomie fabuleuse peut finir par \u00eatre v\u00e9cue comme une trahison, un mensonge<\/span><em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-style: normal; text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas.jpg\" rel=\"lightbox[602]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-621\" title=\"Les M\u00e9nines, Velasquez\" alt=\"Les M\u00e9nines, Velasquez\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas-150x150.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas-200x200.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas-57x57.jpg 57w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas-72x72.jpg 72w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas-114x114.jpg 114w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas-144x144.jpg 144w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/meninas-120x120.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>C&rsquo;est ce qu&rsquo;il se passe dans <em>Journ\u00e9e libre<\/em>. Un couple de touristes en voyage \u00e0 Buenos Aires se prom\u00e8ne, oisif, dans la ville pendant leur <em>Journ\u00e9e <\/em>libre. Fuyant un couple rasoir, il entre dans la boutique d&rsquo;un marchand\/r\u00e9parateur de poup\u00e9es, Jes<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00fa<\/span>s. Celui-ci raconte sa propre histoire, comment il en est arriv\u00e9 \u00e0 r\u00e9parer des poup\u00e9es, comment il les materne&#8230; Puis il vient \u00e0 parler de la poup\u00e9e primordiale, celle qu&rsquo;il fit de ses mains, son enfant \u00e0 lui, sa fille ador\u00e9e, celle qui, par magie, prot\u00e8ge les voyageurs. Aur\u00e9ole de saintet\u00e9, superstition, d\u00e9sir du d\u00e9sir de l&rsquo;autre, d\u00e9sert filial, il n&rsquo;en faut pas plus pour que la femme d\u00e9sire ardemment cette poup\u00e9e, qui n&rsquo;est pas \u00e0 vendre. Manipulant \u00e0 son tour le discours de Jes<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00fa<\/span>s par le langage, usant de la faiblesse de son histoire (\u00ab\u00a0<em>Vous la tenez captive <\/em>\u00bb, p. 161) elle le convainc d&rsquo;accorder \u00e0 sa poup\u00e9e l&rsquo;\u00e9mancipation qu&rsquo;elle m\u00e9rite, parce qu&rsquo;un bon p\u00e8re, un jour, doit accepter de laisser partir sa fille. Il ne peut pas l&rsquo;\u00e9changer contre de l&rsquo;argent, ce ne serait pas moral. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, ils d\u00e9pensent une somme colossale en achetant autre chose : ainsi Jes<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00fa<\/span>s peut faire \u00ab\u00a0don\u00a0\u00bb \u00e0 sa meilleure cliente de la poup\u00e9e <em>fabuleuse <\/em>qui les prot\u00e8gera pour la suite de leur voyage. Le pacte semble scell\u00e9. Mais la r\u00e9alit\u00e9, celle qui nous fait prendre de la distance avec l&rsquo;histoire, parce que quelque chose en dehors tente toujours de replacer notre attention sur la r\u00e9alit\u00e9 crue, finit par ressurgir : ce n&rsquo;est pas tant la poup\u00e9e qu&rsquo;ils ont achet\u00e9e que \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;histoire qu&rsquo;il <\/em>[Jes<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00fa<\/span>s]<em> invente au moment de la vendre<\/em> \u00bb (p. 165). La trahison \u00e9clate, le pacte est rompu, le destin poursuit son chemin. Que s&rsquo;est-il pass\u00e9 ? Comment n&rsquo;a-t-on vu venir la supercherie ? Rappelons-nous la fable du <em>Corbeau et le renard<\/em> : <em>tout flatteur vit au d\u00e9pend de celui qui l&rsquo;\u00e9coute<\/em>. Flatter le flatteur, aussi, peut \u00eatre retors : on peut croire partir avec avec un fromage et s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;en fait ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un vulgaire bout de bois. La femme \u00e9coute, se laisse s\u00e9duire par l&rsquo;histoire de Jes<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00fa<\/span>s. Son combat s&rsquo;\u00e9chafaude uniquement sur ce pr\u00e9suppos\u00e9, ce conte. Sans remise en question, puisque c&rsquo;est le pacte. Sa strat\u00e9gie s&rsquo;appuie sur les arguments du conteur, elle entre dans le conte, en devient elle-m\u00eame acteur et narrateur, elle participe de son plein gr\u00e9 au jeu du \u00ab\u00a0Si on imaginait que&#8230;\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9conomie fabuleuse supplante la strat\u00e9gie commerciale. Mais voil\u00e0, on revient victorieux avec son troph\u00e9e et en rentrant on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;on n&rsquo;a gagn\u00e9 que du vent, de l&rsquo;ineffable. Parce qu&rsquo;une histoire, \u00e7a finit toujours par finir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: normal;\">L&rsquo;objet qu&rsquo;on croyait exclusivement en notre possession, parce li\u00e9 \u00e0 une histoire unique, ne l&rsquo;est pas : on peut se sentir flou\u00e9, roul\u00e9 par ce langage qui nous entra\u00eene \u00e0 croire que nous sommes seuls \u00e0 le poss\u00e9der. C&rsquo;est aussi ce que l&rsquo;on peut ressentir en trouvant chez autrui un livre qu&rsquo;on a aim\u00e9 : mince alors ce livre est \u00e0 moi, c&rsquo;est \u00e0 moi seul qu&rsquo;on a racont\u00e9 cette histoire ! On ressent alors profond\u00e9ment ce sentiment d&rsquo;expropriation, de d\u00e9possession, de trahison funeste, et puis on finit par se rassurer : de toute fa\u00e7on, moi je l&rsquo;ai re\u00e7ue de mani\u00e8re unique, cette histoire. Et l&rsquo;on raconte comment cette histoire, on l&rsquo;a ressentie de mani\u00e8re unique.<br \/> <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: normal;\">Mais c&rsquo;est ainsi, les histoires nous entra\u00eenent toujours, comme ce tango envo\u00fbtant et charmeur qui pourtant n&rsquo;a de cesse de nous dire la v\u00e9rit\u00e9.<br \/> <\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-style: normal;\"><em>\u00ab\u00a0Petite poup\u00e9e de chiffon, que j&rsquo;ai d\u00e9votement ador\u00e9e, et tu feignais de m&rsquo;aimer ! Mensonge, mensonge, pour toi pas de pardon !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p><cite><em>Mentira<\/em> (1930), paroles de Celedonio Esteban\u00a0 Flores, <br \/>musique de Francisco Prat\u00e1nico. <em>infra <\/em>p. 166<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-style: normal; text-align: center;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-style: normal;\">\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avertissement Ce billet n&rsquo;a pas pour vocation de faire d\u00e9couvrir La Diablada, une multitude de billets existe d\u00e9j\u00e0 dans ce but. Ce billet restitue une r\u00e9flexion personnelle construite \u00e0 la lecture de ces nouvelles, aussi, il se peut, inopin\u00e9ment que je d\u00e9voile l&rsquo;intrigue de certaines d&rsquo;entre elles. 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