{"id":554,"date":"2009-03-26T00:26:02","date_gmt":"2009-03-25T22:26:02","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=554"},"modified":"2013-02-24T11:13:15","modified_gmt":"2013-02-24T10:13:15","slug":"la-musica-deuxieme-marguerite-duras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=554","title":{"rendered":"La Musica deuxi\u00e8me &#8212; Marguerite Duras"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<h2>La Musica Deuxi\u00e8me<\/h2>\n<h4>Marguerite Duras<br \/> par Fanny Ardant et Sami Frey, <br \/>Antoinette Fouque <br \/>pr\u00e9sente la biblioth\u00e8que des voix<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2009\/03\/26\/la-musica-deuxieme-marguerite-duras\/lamusicaii\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-581\" alt=\"La Musica Deuxi\u00e8me, Marguerite Duras lue par Fanny Ardant et Sami Frey\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/lamusicaii-300x305.jpg\" width=\"254\" height=\"257\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.babelio.com\/\"><br \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-419\" title=\"Op\u00e9ration masse critique de Babelio.com\" alt=\"Op\u00e9ration masse critique de Babelio.com\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/babelio.gif\" width=\"210\" height=\"66\" \/><\/a><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai avec l\u2019\u0153uvre de Marguerite Duras un lien particulier, depuis tr\u00e8s longtemps. Grand lecteur d&rsquo;abord, j&rsquo;ai \u00e0 mon actif plusieurs travaux universitaires \u00e0 son sujet, sans avoir pour autant fini mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise sur cette parole qui m&rsquo;\u00e9chappa au moment o\u00f9 je crus l&rsquo;appr\u00e9hender. <a href=\"http:\/\/www.babelio.com\/\">Babelio <\/a>m&rsquo;a propos\u00e9 d&rsquo;<strong>\u00e9couter<\/strong> cette lecture et c&rsquo;est avec grand plaisir que je m&rsquo;y suis pr\u00eat\u00e9, histoire de m&rsquo;immerger dans cette voix, cette \u00e9criture qui me fascine.<em><br \/> <\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont des gens qui divorcent, qui ont habit\u00e9 \u00c9vreux au d\u00e9but de leur mariage, qui s\u2019y retrouvent le jour o\u00f9 leur divorce est prononc\u00e9. Tous les deux dans cet h\u00f4tel de France pendant une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9, sans un baiser, je les ferais parler des heures et des heures. Pour rien d\u2019autre que pour parler. Dans la premi\u00e8re partie de la nuit, leur ton est celui de la com\u00e9die, de la dispute. Dans la deuxi\u00e8me partie de la nuit, non, ils sont revenus \u00e0 cet \u00e9tat int\u00e9gral de l\u2019amour d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, voix bris\u00e9es du deuxi\u00e8me acte, d\u00e9faites par la fatigue, ils sont toujours dans cette jeunesse du premier amour, effray\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><cite>Marguerite Duras<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont deux voix qui se rencontrent. Deux paroles qui r\u00e9sonnent, dans l&rsquo;intimit\u00e9 d&rsquo;un bar d&rsquo;h\u00f4tel. Ils viennent de divorcer. La parole s&rsquo;engage presque sur un ton d&rsquo;indiff\u00e9rence, neutre comme on pourrait le faire avec un \u00e9tranger&#8230; Puis les voix se nouent peu \u00e0 peu, les souvenirs remontent \u00e0 la surface, les reproches, les v\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;on ne veut pas entendre, les espoirs qu&rsquo;on esp\u00e8re peut-\u00eatre encore&#8230; La parole s&#8217;embrase : la trahison, la blessure ouverte, b\u00e9ante&#8230; On rejoue les sc\u00e8nes de mani\u00e8re distante, pas du tout dans l&rsquo;analyse, mais dans une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 n\u00e9cessaire pour faire ressentir l&rsquo;intraduisible&#8230; Duras nous y a habitu\u00e9 : depuis <em>le Square<\/em> \u00e0 l&rsquo;<em>Amant<\/em>, en passant par <em>Hiroshima mon amour<\/em>, il y a toujours ce dialogue r\u00e9current, cet entretien infini, ces deux voix qui d\u00e9chirent le silence ; en surgissent des sentiments paradoxaux : l&rsquo;amour, le d\u00e9sir, la douleur, m\u00eal\u00e9s \u00e0 la voix quotidienne, celle qui parle de meubles, de choses insignifiantes&#8230; il en r\u00e9sulte un mouvement contradictoire de violence, d&rsquo;indiff\u00e9rence, de d\u00e9sir furieux, d&rsquo;amour bris\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/duras.jpg\" rel=\"lightbox[554]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-583\" title=\"Marguerite Duras\" alt=\"Marguerite Duras\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/duras-300x298.jpg\" width=\"300\" height=\"298\" \/><\/a>Les voix s&rsquo;opposent, s&rsquo;enlacent, jouent du porte-\u00e0-faux, posent une question, r\u00e9pondent \u00e0 c\u00f4t\u00e9, reviennent \u00e0 la question pos\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, ne se rencontrent pas, s&rsquo;ignorent, puis se percutent violemment quand on ne s&rsquo;y attend plus.\u00a0 Il y a souvent chez Duras la tentation du dialogue qui pourrait tout renouer, y compris soi-m\u00eame avec soi-m\u00eame, mais il y a toujours un ratage, quelque-chose qui passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;occasion r\u00eav\u00e9e&#8230; les voix finissent \u00e9puis\u00e9es et repartent chacune de leur c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La musica deuxi\u00e8me, <\/em> r\u00e9\u00e9criture de <em>la Musica, <\/em>20 ans plus tard<em>,<\/em> apporte un deuxi\u00e8me acte qui va plus loin que la premi\u00e8re pi\u00e8ce puisqu&rsquo;elle veut les porter au bout de la nuit, au bout de l&rsquo;\u00e9puisement pour qu&rsquo;enfin la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate au grand jour :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en effet les m\u00eames gens et c\u2019est aussi Evreux et cet h\u00f4tel. C\u2019est aussi apr\u00e8s l\u2019audience. Mais cette fois-ci, ils ne se quittent pas au milieu de la nuit, ils parlent aussi dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de la nuit, celle tourn\u00e9e vers le jour. Ils sont beaucoup moins assur\u00e9s \u00e0 mesure que passe leur derni\u00e8re nuit. Ils se contrediront, ils se r\u00e9p\u00e8teront. Mais avec le jour, in\u00e9luctable, la fin de l\u2019histoire surviendra. C\u2019est avant ce lever du jour les derniers instants de leurs derni\u00e8res heures. Est-ce toujours terrible\u00a0? Toujours.<br \/> Vingt ans exactement s\u00e9parent La Musica I et La Musica II, et pendant \u00e0 peu pr\u00e8s ce m\u00eame temps j\u2019ai d\u00e9sir\u00e9 ce deuxi\u00e8me acte. Vingt ans que j\u2019entends les voix bris\u00e9es de ce deuxi\u00e8me acte, d\u00e9faites par la fatigue de la nuit blanche. Et qu\u2019ils se tiennent toujours dans cette jeunesse du premier amour, effray\u00e9s. Quelquefois, on finit par \u00e9crire quelque chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><cite>DURAS Marguerite, <em>La Musica Deuxi\u00e8me, <br \/> Textes pour la presse<\/em>, Gallimard, Paris, 1985, p. 97.<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<div class=\"bloc_flottant\" style=\"width:425px; float:right; \" >\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/w9fLfi9nZmI\" height=\"315\" width=\"420\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A \u00e9couter Sami Frey et Fanny Ardant dans cette \u00e9dition c&rsquo;est un pur bonheur : leurs voix s&rsquo;accordent parfaitement \u00e0 cette parole qui d\u00e9roule le texte. La voix de Samy Frey est toujours dans une sorte de frayeur, d&rsquo;interrogation, de d\u00e9sir et de d\u00e9fiance, tandis que celle de Fanny Ardant semble toujours sur la d\u00e9fensive, dans l&rsquo;usure, dans cette violence de la douleur qui serre les dents, sans se plaindre jamais. Des grains de voix de toute beaut\u00e9 qui servent le texte avec finesse, ni surjou\u00e9, ni simplement lu<em> <\/em>. Il en ressort cette musique, celle qui donne son nom au titre de la pi\u00e8ce, cette <em>Musica<\/em>, entre ritournelle tragique et chanson d&rsquo;amour qui ne veut rien dire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 J&rsquo;ai avec l\u2019\u0153uvre de Marguerite Duras un lien particulier, depuis tr\u00e8s longtemps. Grand lecteur d&rsquo;abord, j&rsquo;ai \u00e0 mon actif plusieurs travaux universitaires \u00e0 son sujet, sans avoir pour autant fini mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise sur cette parole qui m&rsquo;\u00e9chappa au moment o\u00f9 je crus l&rsquo;appr\u00e9hender. 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