{"id":4689,"date":"2015-08-30T23:21:40","date_gmt":"2015-08-30T21:21:40","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=4689"},"modified":"2015-08-30T23:21:40","modified_gmt":"2015-08-30T21:21:40","slug":"la-poesie-nexiste-pas-le-peintre-vu-par-eugenio-montale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=4689","title":{"rendered":"La po\u00e9sie n&rsquo;existe pas &#8212; Le peintre vu par Eugenio Montale"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<h3><em>La po\u00e9sie n&rsquo;existe pas<\/em><\/h3>\n<h4>Eugenio Montale<br \/>\ntraduit de l&rsquo;italien par Patrice Dyerval Angelini<\/h4>\n<h4><a href=\"http:\/\/www.gallimard.fr\/Catalogue\/GALLIMARD\/Arcades\/La-Poesie-n-existe-pas\" target=\"_blank\">Arcades Gallimard<\/a><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/lapoesienexiste-pas.jpg\" rel=\"lightbox[4689]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4690\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/lapoesienexiste-pas.jpg\" alt=\"La po\u00e9sie n'existe pas, Eugenio Montale, Arcades Gallimard\" width=\"195\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/lapoesienexiste-pas.jpg 195w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/lapoesienexiste-pas-150x223.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"intro\"><span style=\"color: #808080;\">Les pages dans un courant d&rsquo;air s&rsquo;attacheront cette ann\u00e9e \u00e0 recenser ce regard per\u00e7ant, parfois jaloux et envieux, souvent admiratif et affectueux, que porte l&rsquo;\u00e9crivain \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des peintres, ces autres descripteurs d&rsquo;autres r\u00e9alit\u00e9s&#8230; <\/span><\/div>\n<div class=\"intro\"><span style=\"color: #808080;\">Ce petit livre, <em>La po\u00e9sie n&rsquo;existe pas<\/em>, au titre \u00e9trangement paradoxal pour ce po\u00e8te nobelis\u00e9 en 75 (mais il faut lire le premier conte pour en savourer le titre),\u00a0 rassemble neuf textes, publi\u00e9s entre 1946 et 1951,\u00a0 dont sept satires caustiques, <em>par lesquelles,<\/em> nous dit le traducteur<em>, l&rsquo;auteur se montre avant tout un esprit libre car esprit clair : <\/em>[&#8230;] <em>on reconnaitra sans peine des situations, des probl\u00e8mes, des caract\u00e8res et des travers toujours actuels, trait\u00e9s par le biais des caricatures o\u00f9 se d\u00e9ploie la finesse malicieuse..<\/em>. Eugenio Montale se moque, non sans une certaine tendresse, des peintres de son temps qui sont aussi les peintres de toujours. Sa moquerie des peintres est aussi, par un jeu ironique, moquerie du m\u00e9ta-discours tenu \u00e0 propos des peintres. Ainsi peintres et critiques (le texte\u00a0<em>L&rsquo;intellectuel<\/em> en dresse \u00e9galement un portrait peu flatteur), modernes et conservateurs sont renvoy\u00e9s dos \u00e0 dos dans un costume de pompier \u00e0 leur mesure. Je laisse \u00e0 chacun d&rsquo;en juger avec cette conclusion abrupte et p\u00e9remptoire : \u00ab <em>Le peintre est victime d&rsquo;une erreur : il est n\u00e9 trop tard, ou trop t\u00f4t. Heureux ceux qui ont peint \u00ab\u00a0les cro\u00fbtes du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle\u00a0\u00bb ! Ils mourront eux aussi, mais pendant quelques si\u00e8cles ils auront r\u00e9ussi \u00e0 surnager. <\/em>\u00bb<\/span><\/div>\n<h2>Deux extraits :<\/h2>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le peintre voudrait peindre une belle prairie vert \u00e9meraude, une vache broutant des coquelicots, deux meules de paille sur le fond, et en haut du ciel bleu voil\u00e9 de boucles de nuages. Il le voudrait mais ne peut le faire. Il a souvent essay\u00e9 mais une voix int\u00e9rieure lui a dit : halte-l\u00e0, arr\u00eate-toi. \u00a0\u00bb <em>Non possumus !\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le peintre a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 de ce que le but de son art n&rsquo;est pas de peindre la r\u00e9alit\u00e9 mais les temp\u00eates de son cr\u00e2ne, sa vision du monde, sa <em>Weltanschauung<\/em>. Or son cr\u00e2ne ne renferme rien de semblable. Alors qu&rsquo;il est n\u00e9 pour ne pas penser, on lui a fait croire qu&rsquo;il doit au contraire donner forme et couleur \u00e0 l&rsquo;Id\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En pratique, l&rsquo;Id\u00e9e n&rsquo;est nullement une id\u00e9e mais consiste \u00e0 suivre une certaine formule qu&rsquo;on estime neuve, moderne ou \u00ab\u00a0progressive\u00a0\u00bb par rapport aux autres. Qui a dit cela ? Pas le peintre. Le peintre n&rsquo;a rien dit. Cependant il a d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 tout jugement sur son art \u00e0 une clique de gens suppos\u00e9s comp\u00e9tents dont il doit accepter les le\u00e7ons et le jugement. Le peintre peint par d\u00e9l\u00e9gation, peint la pens\u00e9e des autres. \u00bb (p. 43-44)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le peintre a trois voies : stylisation mod\u00e9r\u00e9e du r\u00e9el, r\u00e9alisme figuratif ou photographique, et peinture abstraite. Il juge opportun de les explorer toutes les trois, en divisant son activit\u00e9 en \u00e9tapes ou \u00ab\u00a0p\u00e9riodes\u00a0\u00bb. Il esp\u00e8re ainsi que l&rsquo;une au moins de ses trois p\u00e9riodes lui procurera la faveur de ceux qui fabriquent l&rsquo;opinion publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le peintre d\u00e9couvre avec stupeur que son coiffeur, son tailleur, son concierge peignent mieux que lui. Ce sont des \u00ab\u00a0peintres du dimanche\u00a0\u00bb, les seuls qui poss\u00e8dent une technique authentique, \u00e0 une \u00e9poque qui a d\u00e9truit la technique acad\u00e9mique transmissible. Il tente de les imiter mais n&rsquo;aboutit qu&rsquo;\u00e0 un pompi\u00e9risme du dimanche. C&rsquo;est comme si une corneille s&rsquo;effor\u00e7ait d&rsquo;imiter le rossignol. \u00bb (p. 46-47)<\/p>\n<\/blockquote>\n<div id=\"attachment_4703\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex.jpg\" rel=\"lightbox[4689]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4703\" class=\"size-large wp-image-4703\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex-1024x730.jpg\" alt=\"&quot;Une S\u00e9ance du jury de peinture&quot; par Henri Gervex, 1885\" width=\"1024\" height=\"730\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex-1024x730.jpg 1024w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex-350x250.jpg 350w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex-150x107.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex-200x143.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex-400x285.jpg 400w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex-800x571.jpg 800w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex-1200x856.jpg 1200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4703\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0Une S\u00e9ance du jury de peinture\u00a0\u00bb par Henri Gervex, 1885<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eugenio Montale se moque, non sans une certaine tendresse, des peintres de son temps qui sont aussi les peintres de toujours.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4703,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[146,98,372,200,18,346],"tags":[],"class_list":["post-4689","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-arts-plastiques","category-conte","category-gallimard","category-montale","category-page-dans-un-courant-dair","category-recit"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/1280px-Gervex.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4689","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4689"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4689\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4704,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4689\/revisions\/4704"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4703"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4689"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}