{"id":456,"date":"2009-03-10T17:11:54","date_gmt":"2009-03-10T16:11:54","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=456"},"modified":"2014-07-11T11:51:44","modified_gmt":"2014-07-11T10:51:44","slug":"redecouvrir-la-poesie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=456","title":{"rendered":"(Re)d\u00e9couvrir la po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/le-pauvre-poete-carl-spitzweg.jpg\" rel=\"lightbox[456]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1672\" title=\"Le pauvre po\u00e8te - Carl Spitzweg\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2009\/03\/le-pauvre-poete-carl-spitzweg-300x242.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"242\" \/><\/a>La po\u00e9sie, comme finalement bon nombre de choses essentielles \u00e0 la vie, peut nous quitter compl\u00e8tement, nous d\u00e9shabiter. L&rsquo;abri devenu d\u00e9sert. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;est arriv\u00e9 pendant longtemps. La modernit\u00e9 voudrait passer sur nos vies comme un peigne, en les rendant plus lisses, plus droits, plus rang\u00e9s, plus conformes \u00e0 certaines images d&rsquo;autorit\u00e9, \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le seul repli possible semble \u00eatre le divertissement (Pascal, Debord). On appelle \u00e7a vulgairement les contingences mat\u00e9rielles, le r\u00e9alisme \u00e9conomique&#8230; Pragmatisme st\u00e9rile, oui ! Combler sa br\u00e8che de vide en pensant que cela suffira \u00e0 nous remplir c&rsquo;est s&rsquo;offrir une grande illusion&#8230; celui de finir par croire que nous avons&#8230; alors que nous sommes. Fondamentalement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La po\u00e9sie, j&rsquo;y reviens toujours. Comme quand on se r\u00e9veille brutalement la nuit, pris d&rsquo;une soudaine angoisse, ou d&rsquo;un vertige profond. J&rsquo;ouvre les yeux, je lis, je fais r\u00e9sonner en moi le po\u00e8me, la voix du po\u00e8te dont je ne suis que la caisse de r\u00e9sonance. Le po\u00e8te lance l&rsquo;archet et le souffle m&rsquo;atteint en plein visage.<\/p>\n<blockquote style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Car Je est un autre. Si le cuivre s&rsquo;\u00e9veille clairon, il n&rsquo;y a rien de sa faute. Cela m&rsquo;est \u00e9vident: j&rsquo;assiste \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion de ma pens\u00e9e : je la regarde, je l&rsquo;\u00e9coute : je lance un coup d&rsquo;archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d&rsquo;un bond sur la sc\u00e8ne.<\/em><\/p>\n<p><cite>A. Rimbaud (<em>Seconde Lettre du Voyant<\/em>)<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs rencontres ont \u00e9t\u00e9 par la suite d\u00e9terminantes dans mon go\u00fbt pour la po\u00e9sie. La premi\u00e8re, c&rsquo;est la lecture des <em>Lettres \u00e0 un jeune po\u00e8te<\/em> de R. M. Rilke. Rencontre importante pour beaucoup d&rsquo;amoureux des lettres. Car les mots de Rilke ne sont pas un cours magistral sur l&rsquo;art de bien faire de la po\u00e9sie (m\u00eame si parfois le ton se fait didactique), ils ne sont pas les motifs d&rsquo;un \u00e9veil, d&rsquo;une initiation \u00e0 la po\u00e9sie ou de l&rsquo;art en g\u00e9n\u00e9ral, ils ne sont pas non plus que l&rsquo;aiguillon d&rsquo;une vocation litt\u00e9raire. Les mots de Rilke touchent car ils arrivent \u00e0 mettre en lien, de la fa\u00e7on la plus simple qu&rsquo;il soit, la vie et les mots. Concept romantique, repris plus tard par les surr\u00e9alistes : la po\u00e9sie avant que d&rsquo;\u00eatre extraite et fix\u00e9e sur une page fait partie int\u00e9grante de la vie. Elle sommeille en nous, telle une f\u00e9e ou une nymphe, elle est partout, elle touche tout. Le travail du po\u00e8te est donc de se rendre sensible \u00e0 elle, par un travail sur et en soi. Lettres de voyant d&rsquo;un autre voyant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres lectures \u00e9galement ont nourri ce d\u00e9sir po\u00e9tique. Char, bien s\u00fbr, vous l&rsquo;aurez compris, mais \u00e9galement des po\u00e8tes comme Yves Bonnefoy, comme Edmond Jab\u00e8s. Des lectures dans lesquelles je me replonge r\u00e9guli\u00e8rement. Livres de chevet comme des phares alternant ombre et lumi\u00e8re, nuit et jour. Ce retour \u00e0 la po\u00e9sie peut \u00eatre m\u00fb par une imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9, par une simple curiosit\u00e9, une nostalgie du Verbe pour simplement retrouver le roulis du langage qui nous rassure ou au contraire nous d\u00e9range.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il y a une chose qui devrait trainer dans les maisons, dans les gares, sur les bancs publics, c&rsquo;est bien un recueil de po\u00e8mes&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Allez pour finir aujourd&rsquo;hui, un sonnet de Tristan Corbi\u00e8re sur le th\u00e8me de l&rsquo;autod\u00e9rision, parce qu&rsquo;un po\u00e8te \u00e7a sait aussi ne pas se prendre au s\u00e9rieux.<\/p>\n<blockquote style=\"text-align: justify;\">\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Sonnet (Avec la mani\u00e8re de s&rsquo;en servir)<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: left;\">R\u00e9glons notre papier et formons bien nos lettres :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Vers fil\u00e9s \u00e0 la main et d&rsquo;un pied uniforme,<br \/>\nEmbo\u00eetant bien le pas, par quatre en peloton ;<br \/>\nQu&rsquo;en marquant la c\u00e9sure, un des quatre s&rsquo;endorme&#8230;<br \/>\n\u00c7a peut dormir debout comme soldats de plomb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;<br \/>\nAux fils du t\u00e9l\u00e9graphe : &#8211; on en suit quatre, en long ;<br \/>\nA chaque pieu, la rime &#8211; exemple : chloroforme.<br \/>\n&#8211; Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211; T\u00e9l\u00e9gramme sacr\u00e9 &#8211; 20 mots. &#8211; Vite \u00e0 mon aide&#8230;<br \/>\n(Sonnet &#8211; c&rsquo;est un sonnet -) O Muse d&rsquo;Archim\u00e9de !<br \/>\n&#8211; La preuve d&rsquo;un sonnet est par l&rsquo;addition :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211; Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je proc\u00e8de,<br \/>\nEn posant 3 et 3 ! &#8211; Tenons P\u00e9gase raide :<br \/>\n\u00a0\u00bb O lyre ! O d\u00e9lire ! O&#8230; \u00a0\u00bb &#8211; Sonnet &#8211; Attention !<\/p>\n<p><cite>Tristan Corbi\u00e8re, <em>Les Amours jaunes<\/em><\/cite><\/p><\/blockquote>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hier je vous parlais de la sortie de l&rsquo;album de Lhasa, aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est celui d&rsquo;Ang\u00e9lique Ionatos (<em>Comme un jardin la nuit,<\/em> enregistrement live) qui passait cet apr\u00e8s midi dans <em>Nonobstant <\/em>sur France Inter. Un peu de po\u00e9sie sur les ondes, je trouve \u00e7a judicieux en ces temps.<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2008\/10\/30\/omorphi-ke-paraxeni-patrida-o-elytis\/\">Mon pr\u00e9c\u00e9dent billet sur Ang\u00e9lique Ionatos<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.angeliqueionatos.com\/\">Le site d&rsquo;Ang\u00e9lique Ionatos<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La po\u00e9sie, comme finalement bon nombre de choses essentielles \u00e0 la vie, peut nous quitter compl\u00e8tement, nous d\u00e9shabiter. L&rsquo;abri devenu d\u00e9sert. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;est arriv\u00e9 pendant longtemps. 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