{"id":4086,"date":"2013-04-28T15:06:37","date_gmt":"2013-04-28T14:06:37","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=4086"},"modified":"2013-04-28T22:21:31","modified_gmt":"2013-04-28T21:21:31","slug":"lapiculture-selon-samuel-beckett-martin-page","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=4086","title":{"rendered":"L&rsquo;apiculture selon Samuel Beckett &#8212; Martin Page"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<div class=\"livre\">\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;apiculture selon Samuel Beckett<\/em><\/h3>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Martin Page, <br \/>\u00c9ditions de l&rsquo;Olivier, 2013<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/L-apiculture-selon-Samuel-Beckett-.jpg\" rel=\"lightbox[4086]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4098\" alt=\"L'apiculture selon Samuel Beckett\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/L-apiculture-selon-Samuel-Beckett--245x350.jpg\" width=\"245\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/L-apiculture-selon-Samuel-Beckett--245x350.jpg 245w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/L-apiculture-selon-Samuel-Beckett--150x213.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/L-apiculture-selon-Samuel-Beckett-.jpg 351w\" sizes=\"auto, (max-width: 245px) 100vw, 245px\" \/><\/a><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est au cours des Escales du Livre \u00e0 Bordeaux, en fl\u00e2nant du regard sur les \u00e9tals bond\u00e9s de livre, que ce titre, <em>L&rsquo;apiculture selon Samuel Beckett,<\/em> m&rsquo;est apparu. Des abeilles, Samuel Beckett. La conjonction des deux a bourdonn\u00e9 entre mes oreilles en m\u00ealant des d\u00e9sirs d&rsquo;ordinaire oppos\u00e9s : le miel, l&rsquo;apiculture, le monde minuscule et organis\u00e9 des insectes d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le th\u00e9\u00e2tre, la litt\u00e9rature, le monde majuscule et organis\u00e9 des auteurs d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9. La sobre 4e de couverture et l&rsquo;\u00e9tiquette appos\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la pile de livres indiquant qu&rsquo;une rencontre entre Martin Page et Marie Nimier aurait lieu quelques heures plus tard finirent d&rsquo;aiguillonner mon d\u00e9sir de lecteur d&rsquo;en conna\u00eetre davantage sur ce livre. Par bonheur, j&rsquo;\u00e9tais venu tr\u00e8s t\u00f4t pour profiter pleinement du Salon. Il me restait quelques heures avant la rencontre : le temps d&rsquo;avancer ma lecture en mangeant distraitement un sandwich&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9sum\u00e9 est simple : de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;un glissement de terrain permet de r\u00e9v\u00e9ler au monde des fondations arch\u00e9ologiques enfouies, un incendie, \u00e0 la suite duquel les archives de Samuel Beckett sont d\u00e9plac\u00e9es, r\u00e9v\u00e8le aux lecteurs que nous sommes, une archive oubli\u00e9e, un journal in\u00e9dit tenu par un \u00e9tudiant d&rsquo;anthropologie. L&rsquo;introduction, sign\u00e9e d&rsquo;un professeur de l&rsquo;Universit\u00e9 de Reading, tient \u00e0 d\u00e9samorcer l&rsquo;effet que pourrait provoquer un tel journal en mettant en garde le lecteur : malgr\u00e9 quelques mentions de faits av\u00e9r\u00e9s, ce texte est le fruit d&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>esprit fac\u00e9tieux (ou d\u00e9rang\u00e9)<\/em>\u00a0\u00bb et doit \u00eatre lu comme \u00ab\u00a0<em>une \u0153uvre de fiction \u00e0 propos de faits r\u00e9els<\/em>\u00ab\u00a0. Le narrateur \u00e9crit dans ce journal pour \u00ab\u00a0<em>ne rien oublier de cette exp\u00e9rience<\/em>\u00a0\u00bb : \u00eatre durant quatre mois l&rsquo;assistant-archiviste-complice de Samuel Beckett. Ensemble ils vont d&rsquo;abord classer les archives de l&rsquo;auteur pour les envoyer \u00e0 diverses universit\u00e9s, puis le labeur \u00e9tant vite achev\u00e9 ils vont entreprendre de fabriquer et de fournir des archives de toutes pi\u00e8ces. S&rsquo;ensuit une \u00e9pop\u00e9e truculente en ville \u00e0 la recherche de sens qui pourraient enrichir l\u2019\u0153uvre. Qu&rsquo;il r\u00e9colte son miel ou qu&rsquo;il suive de loin la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;<em>En attendant Godot<\/em> dans une prison en Su\u00e8de, Beckett, par les yeux de son assistant, devient proprement humain, \u00e0 tendance originale et farfelue, \u00e0 contre-pied des clich\u00e9s aust\u00e8res en noir et blanc attribu\u00e9s par la presse officielle. Inattendu. Comme devrait l&rsquo;\u00eatre tout \u00e9crivain dans la t\u00eate du lecteur.<\/p>\n<div class=\"bloc_flottant\" style=\"width:200px; float:right; \" >\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J&rsquo;ai dit : &lsquo;Alors vous \u00eates du c\u00f4t\u00e9 de Proust contre Sainte-Beuve&rsquo;. <br \/>&lsquo;Je ne suis du c\u00f4t\u00e9 de personne, a-t-il r\u00e9pondu. Il ne faut pas choisir. Proust s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 contre Sainte-Beuve, il s&rsquo;est affirm\u00e9 ainsi, il s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9. C&rsquo;est de la mauvaise foi bien s\u00fbr. Mais il nous a appris un chose importante : il faut se m\u00e9fier des apparences&rsquo;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><cite><em>L&rsquo;apiculture selon Samuel Beckett,<\/em>, p. 22<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">\u0152uvre sous influence<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Martin Page cerne, avec une grande l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la question de l&rsquo;image de l&rsquo;auteur : qu&rsquo;elle soit construite par lui-m\u00eame ou \u00e0 ses d\u00e9pends, l\u2019ic\u00f4ne de l&rsquo;auteur influence-t-elle sur la perception de l\u2019\u0153uvre par le lecteur ?\u00a0\u00ab\u00a0<em>Il faut rendre vivant ceux qu&rsquo;on essaye de transformer en statue. Pour converser avec eux, pour s&rsquo;approprier leurs livres. Les rendre proches.<\/em>\u00a0\u00bb m&rsquo;\u00e9crit-il dans un court \u00e9change. La question est cruciale en \u00e9pist\u00e9mologie : les instruments que l&rsquo;observateur utilise pour mesurer le r\u00e9el n&rsquo;influencent-ils pas, de leur pr\u00e9sence seule, l&rsquo;objet qu&rsquo;il examine au point d&rsquo;en offrir une image d\u00e9form\u00e9e &#8211; et donc fauss\u00e9e dans ses r\u00e9sultats ? La question est largement d\u00e9battue en litt\u00e9rature depuis longtemps. Sans trouver de r\u00e9ponses r\u00e9ellement satisfaisantes ((Pour approfondir synth\u00e9tiquement cette question je conseille de lire par exemple <a href=\"http:\/\/www.fabula.org\/compagnon\/auteur.php\" target=\"_blank\"><em>Th\u00e9orie de la litt\u00e9rature : qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un auteur ?<\/em><\/a> d\u2019Antoine Compagnon)) : Proust contre Sainte-Beuve, Barthes contre Picard ou Lanson ; de l&rsquo;intention de l&rsquo;auteur comme moyen herm\u00e9neutique d&rsquo;appr\u00e9hender l\u2019\u0153uvre \u00e0 la disparition claire et simple de l&rsquo;auteur, les th\u00e9ories m\u00e9ta-critiques se succ\u00e8dent sans parvenir \u00e0 fixer la relation triangulaire qui unit l&rsquo;auteur et son texte, le texte et son lecteur. Si le mode de communication d&rsquo;un auteur se d\u00e9finit <em>in absentia<\/em> (il n&rsquo;\u00e9crit pas pour quelqu&rsquo;un en particulier mais de mani\u00e8re diff\u00e9r\u00e9e pour un hypoth\u00e9tique lecteur, qu&rsquo;il ne trouvera peut-\u00eatre m\u00eame pas), le lecteur, lui de son c\u00f4t\u00e9, identifie &#8211; plus ou moins fortement d&rsquo;ailleurs &#8211; un locuteur, un conteur, une voix qui lui parle \u00ab\u00a0en dedans de lui\u00a0\u00bb. Il l&rsquo;identifie tellement qu&rsquo;il lui arrive de confondre auteur et narrateur, tant et plus qu&rsquo;il finit parfois\u00a0&#8211; quand ce qu&rsquo;il lit lui rem\u00e9more une exp\u00e9rience v\u00e9cue, un souvenir lointain &#8211; par s&rsquo;identifier enti\u00e8rement \u00e0 cet auteur. Le lecteur &#8211; mais plus g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;amateur de fictions &#8211; est un \u00eatre fusionnel : avec l&rsquo;histoire dont il r\u00e9clame un haut pouvoir d&rsquo;immersion et une intrigue cens\u00e9e le \u00ab\u00a0cueillir\u00a0\u00bb, le surprendre, le faire vibrer, l&rsquo;\u00e9tonner, le faire r\u00e9fl\u00e9chir, avec les personnages pour lesquels il \u00e9prouve de l&rsquo;admiration, du d\u00e9go\u00fbt, de l&rsquo;indiff\u00e9rence, avec les d\u00e9cors qui doivent l&rsquo;entourer, l&rsquo;extirper de son quotidien ou au contraire lui \u00e9voquer des lieux aim\u00e9s qu&rsquo;il a connus, et parfois &#8211; cas d&rsquo;une extr\u00eame radicalit\u00e9 &#8211; avec l&rsquo;auteur dont il croit conna\u00eetre, par les secrets r\u00e9v\u00e9l\u00e9s de son \u00e9criture mais aussi parce que le lecteur, se sentant connect\u00e9, \u00e9prouve le besoin d&rsquo;en savoir davantage sur cet auteur qu&rsquo;il ch\u00e9rit&#8230; D\u00e9s lors, l&rsquo;aura de l&rsquo;auteur &#8211; son comportement, son histoire, mais aussi ce qu&rsquo;en disent ou \u00e9crivent les \u00ab\u00a0sp\u00e9cialistes\u00a0\u00bb de l&rsquo;auteur : les \u00e9diteurs, les universitaires, les journalistes, les h\u00e9ritiers (je pense \u00e0 Joyce, \u00e0 Nietzsche), les biographes &#8211; influence pour une grande part la voix per\u00e7ue \u00e0 travers le texte, son \u00ab\u00a0autorit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette influence je l&rsquo;ai v\u00e9cue, en tant que lecteur, avec Marguerite Duras. Sa voix, la mani\u00e8re qu&rsquo;elle avait de ponctuer ses phrases de silences, de r\u00e9pondre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des questions, mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 y r\u00e9pondant quand m\u00eame, ses provocations verbales et p\u00e9remptoires (\u00ab\u00a0<em>Sartre n&rsquo;a pas \u00e9crit<\/em>\u00ab\u00a0), sa stature, son visage, ses lunettes, sa fa\u00e7on de s&rsquo;habiller, tous ces d\u00e9tails que j&rsquo;engrangeais, que je classais inconsciemment, non pas n\u00e9cessairement pour \u00e9clairer l\u2019\u0153uvre de sens nouveaux mais pour l&rsquo;habiller, pour la d\u00e9corer, pour l&rsquo;incarner, la rendre famili\u00e8re. Pour me l&rsquo;approprier pleinement. Et je me revois, rue Saint Beno\u00eet, quelques mois avant sa mort, d\u00e9ambulant sur le trottoir, tachant de trouver dans l&rsquo;air que je respirais le parfum des histoires ayant eu pour d\u00e9cor cette petite rue, sur son trottoir je cherchais \u00e0 marcher dans les pas du \u00ab\u00a0groupe de la rue Saint-Beno\u00eet\u00a0\u00bb (qui, pr\u00e9cise Blanchot, est une invention a posteriori, jamais les amis r\u00e9unis au num\u00e9ro 5 de la rue Saint-Beno\u00eet ne sont jamais appel\u00e9s en tant que tel ((cf. <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Groupe_de_la_rue_Saint-Beno%C3%AEt\" target=\"_blank\">Wikip\u00e9dia<\/a>, source : Bernard Alazet, Christiane Blot-Labarr\u00e8re et Andr\u00e9 Labarr\u00e8re (dir.), <i>Marguerite Duras<\/i>, Cahiers de L&rsquo;Herne, 2005, p. 37)) ), esp\u00e9rant enfin, derri\u00e8re les rideaux \u00e0 carreaux, apercevoir peut-\u00eatre l&rsquo;ombre de Duras. Peut-\u00eatre m\u00eame \u00e9changerions-nous un signe, un acte de reconnaissance entre lecteur et \u00e9crivain&#8230; On peut y voir une forme de f\u00e9tichisme, de fanatisme peut-\u00eatre (comme ces admirateurs hyst\u00e9riques de Jean-Sol Partre de <em>l\u2019\u00c9cume des Jours<\/em>, comme ces lecteurs de Proust qui font le p\u00e8lerinage \u00e0 Combray). De la fascination pour la voix en dedans de moi lisant ses livres, sans aucun doute. Qui conna\u00eet un tant soit peu la vie et le caract\u00e8re de Duras n&rsquo;est pas dupe de la mise en sc\u00e8ne (de la communication dirait-on maintenant, ce qui en dit long sur la mutation de ce mot depuis Claude Levi-Strauss et Roman Jakobson), plus ou moins inconsciente, vis-\u00e0-vis de son \u0153uvre : la construction d&rsquo;une mythologique personnelle d\u00e9teignant compl\u00e8tement et de mani\u00e8re crescendo, avec les ann\u00e9es, sur l\u2019\u0153uvre ; r\u00e9ciproquement des livres qui alimentent, qui contredisent, qui d\u00e9veloppent une mythologie de l&rsquo;auteur, devenue \u00e0 la fin de sa vie le personnage le plus fictionnel jamais sorti d&rsquo;un de ses livres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u0152uvre et auteur comme deux miroirs en vis-\u00e0-vis, d\u00e9veloppant \u00e0 l&rsquo;infini, un ensemble fragmentaire, constitutif et dialoguant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais je me pose une question. Qu&rsquo;en sera-t-il quand l&rsquo;ombre de Marguerite Duras sera moins dense aux yeux des futures g\u00e9n\u00e9rations, quand sa personnalit\u00e9 ne sera plus qu&rsquo;une image d\u2019\u00c9pinal vite r\u00e9sum\u00e9e dans un manuel scolaire ou sur Wikip\u00e9dia (\u00ab\u00a0<em>Il construisait une image d\u2019\u00c9pinal du &lsquo;Samuel Beckett \u00e9crivain&rsquo;. C&rsquo;\u00e9tait une mani\u00e8re de jouer avec le syst\u00e8me<\/em>.\u00a0\u00bb p.45), quand elle ne sera d\u00e9finitivement plus l\u00e0 pour soutenir ce rapport ambigu \u00e0 l\u2019\u0153uvre ? Le lecteur, sans doute, red\u00e9couvrira l\u2019\u0153uvre sous la seule puissance des projecteurs de son \u00e9criture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Martin Page donne un d\u00e9but de r\u00e9ponse\u00a0 :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>On devra oublier Beckett\u00a0 pour le red\u00e9couvrir et\u00a0 le lire comme il devrait \u00eatre lu, sans la pollution de la renomm\u00e9e et de la r\u00e9putation qui l&rsquo;entoure aujourd\u2019hui. Tout artiste est kidnapp\u00e9. C&rsquo;est lui rendre\u00a0 sa libert\u00e9 que de l&rsquo;oublier r\u00e9guli\u00e8rement, pour poser des yeux neufs sur son \u0153uvre.<\/em><\/p>\n<p><cite style=\"text-align: justify;\">p. 47<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Rendre\u00a0 sa libert\u00e9 \u00e0 l&rsquo;auteur<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retrouver le sillon originel de l\u2019\u0153uvre d\u00e9tach\u00e9e des connaissances et des pr\u00e9jug\u00e9s acquis sur l&rsquo;auteur, voil\u00e0 un chemin trac\u00e9 pour le lecteur. Lire Beckett en oubliant l&rsquo;image aust\u00e8re v\u00e9hicul\u00e9e par les fantasmes de quelques photographes d\u00e9pressifs, par son pessimisme suppos\u00e9 et complaisamment exacerb\u00e9 par quelques critiques suicidaires, par son \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;absurde\u00a0\u00bb, cette formule qui veut lapidairement enfermer en trois pierres l\u2019\u0153uvre d&rsquo;une vie. Non ! Lire Beckett avec les mots du livre et comme seule biographie, celle du lecteur en dialogue avec le texte : \u00ab\u00a0<em>\u00c9tudier ma vie, c&rsquo;est un moyen de ne pas voir ce qui se joue dans la leur et que mes livres tentent de r\u00e9v\u00e9ler<\/em>.\u00a0\u00bb (p.22) ou encore \u00ab\u00a0<em>Ce qui compte, c&rsquo;est la biographie de ceux qui lisent mes livres, plus que la mienne<\/em>\u00a0\u00bb (p.21)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1.jpg\" rel=\"lightbox[4086]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4101\" alt=\"Samuel Beckett\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-350x347.jpg\" width=\"350\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-350x347.jpg 350w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-150x150.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-200x198.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-400x397.jpg 400w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-57x57.jpg 57w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-72x72.jpg 72w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-114x114.jpg 114w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1-144x144.jpg 144w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/Beck_1.jpg 483w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/a>\u0152uvre et lecteur comme deux miroirs en vis-\u00e0-vis, d\u00e9veloppant \u00e0 l&rsquo;infini, un ensemble fragmentaire, constitutif et dialoguant, dans l&rsquo;absence lib\u00e9ratrice de l&rsquo;Auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La libert\u00e9, dans la citation ci-dessus, est un \u00e9l\u00e9ment essentiel dans la relation auteur-\u0153uvre-lecteur : m\u00eame si Beckett est outr\u00e9 qu&rsquo;un journaliste compare sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u00e0 une prison (en respect pour ceux qui le sont r\u00e9ellement, avec la mat\u00e9rialit\u00e9 des murs qui les enserrent, incomparable aux \u00ab\u00a0<em>prisons mentales<\/em>\u00a0\u00bb que nous cr\u00e9ons artificiellement), il reconnait qu&rsquo;une partie de sa libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e d\u00e9s lors qu&rsquo;il est devenu c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab\u00a0<em>Maintenant qu&rsquo;on le consid\u00e9rait comme un grand artiste, il \u00e9tait trop tard<\/em> [pour \u00eatre un auteur excentrique]. <em>Il avait cr\u00e9\u00e9 son personnage. Personne ne prendrait au s\u00e9rieux sa fantaisie.<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0C&rsquo;est Martin Page qui le fait parler ici, mais cette phrase r\u00e9sonne \u00e9trangement avec la citation de Beckett en incipit du roman :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>D&rsquo;abord j&rsquo;\u00e9tais prisonnier des autres. Alors je les ai quitt\u00e9s. Puis j&rsquo;\u00e9tais prisonnier de moi. C&rsquo;\u00e9tait pire. Alors je me suis quitt\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><cite style=\"text-align: justify;\">Samuel Beckett, <em>Eleutheria<\/em><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0A laquelle se rajoute, celle, magnifique, de Nietzsche :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Notre c\u0153ur se trouve l\u00e0 o\u00f9 sont les ruches de notre connaissance. Nous sommes toujours en route vers elles, nous qui sommes n\u00e9s ail\u00e9s et collecteurs de miel de l&rsquo;esprit, nous n&rsquo;avons qu&rsquo;une seule et unique chose \u00e0 c\u0153ur &#8211; rapporter quelque chose<\/em> chez nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><cite style=\"text-align: justify;\">Nietzsche, <em>G\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em>.<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Phrase qui, \u00e0 elle seule, donne envie d&rsquo;habiller tous les auteurs en apiculteurs coiff\u00e9s d&rsquo;un voile de tulle &#8211; on leur doit bien cela &#8211; et les lecteurs en butineuses abeilles&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre est simple et beau comme son histoire : Martin Page joue avec son Beckett-personnage avec beaucoup de tendresse et d&rsquo;amusement&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je tacherai de m&rsquo;en souvenir en relisant pour la \u00e9ni\u00e8me fois <em>Fin de partie<\/em> ou <em>L&rsquo;innommable<\/em>&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce livre est simple et beau comme son histoire : Martin Page joue avec son Beckett-personnage avec beaucoup de tendresse et d&rsquo;amusement&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4098,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[110,405,142,88,406,14,404,23],"tags":[408,409,407,480,254,166],"class_list":["post-4086","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-barthes","category-beckett-samuel","category-blanchot","category-duras","category-editions-de-lolivier","category-lecture","category-page-martin","category-roman","tag-abeille","tag-apiculture","tag-auteur","tag-ecriture","tag-fiction","tag-litterature"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/L-apiculture-selon-Samuel-Beckett-.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4086","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4086"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4086\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4105,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4086\/revisions\/4105"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4098"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4086"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4086"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4086"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}