{"id":3892,"date":"2013-03-11T01:38:10","date_gmt":"2013-03-11T00:38:10","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=3892"},"modified":"2015-06-30T09:59:45","modified_gmt":"2015-06-30T07:59:45","slug":"veniels-bernard-manciet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=3892","title":{"rendered":"V\u00e9niels &#8212; Bernard Manciet"},"content":{"rendered":"<div class=\"bloc_flottant\" style=\"width:400px; float:right; \" >\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Extrait <\/span><br \/><span style=\"font-size: x-large;\">de<em> L&rsquo;Enterrament a Sabres<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[&#8230;] \u00ab\u00a0trop charg\u00e9e je fais eau je penche<br \/>je suis la lande qui a perdu un sabot<br \/>pour entrer dans une \u00e9trange rade de matin<br \/>les oiseaux blancs \u00e0 grands coups d&rsquo;ailes me f\u00eatent<br \/>j&rsquo;avance vers la ligne d&rsquo;argent d&rsquo;une vague<br \/>et d&rsquo;autres rades naissent en passant<br \/>elles tirent des traits d&rsquo;argent<br \/>de grands chantiers vivants m&rsquo;accompagnent<br \/>j&rsquo;avance dans le nickel\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><cite style=\"text-align: justify;\">Po\u00e9sie\/Gallimard, p. 401<\/cite>\n<\/p><\/blockquote>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">De Bernard Manciet, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 lu <em>L&rsquo;Enterrament a Sabres<\/em> \u2013 offert par mon ami Fran\u00e7ois Robert \u2013 qui est un Requiem chant\u00e9 avec le souffle \u00e9pique de la L\u00e9gende des si\u00e8cles, mais en gascon noir. En patois donc, fi\u00e8rement, organiquement\u00a0: on parle et on \u00e9crit la langue de sa m\u00e8re dit-il ; non pour se justifier mais pour affirmer sa filiation, sa g\u00e9n\u00e9alogie vernaculaire. <em>L\u2019enterrement \u00e0 Sabres<\/em> est une \u0153uvre exigeante dans sa lecture \u2013 de surcro\u00eet quand on ne lit pas le gascon comme moi mais qu&rsquo;on ne peut s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00e9couter la phrase originale sur la page oppos\u00e9e \u2013 absolument \u00e9pique par la profusion d&rsquo;une langue mature et moderne qui,\u00a0 loin du folklore et des clich\u00e9s, explore son pays tel qu&rsquo;il est, tel qu&rsquo;il m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre lu (<em>legenda<\/em>). Comme le souligne Jacques Roubaud en pr\u00e9face\u00a0: ce livre \u00ab\u00a0<em>n&rsquo;est pas seulement un t\u00e9moignage. C&rsquo;est une preuve de la langue gasconne<\/em>\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<div class=\"livre\">\n<h3>V\u00e9niels<\/h3>\n<h4><em>avec des dessins de l&rsquo;auteur<\/em><br \/>Bernard Manciet<br \/>\u00c9ditions de l&rsquo;Escampette, 1996<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/veniels-manciet.jpg\" rel=\"lightbox[3892]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3896\" alt=\"V\u00e9niels -- Bernard Manciet\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/veniels-manciet-252x350.jpg\" width=\"252\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/veniels-manciet-252x350.jpg 252w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/veniels-manciet-150x207.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/veniels-manciet.jpg 343w\" sizes=\"auto, (max-width: 252px) 100vw, 252px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est de <em>V\u00e9niels<\/em> dont je veux parler ici. Et je n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 ce livre par hasard. C&rsquo;est son titre qui m&rsquo;a d&rsquo;abord attir\u00e9. Explications.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">T\u00e9l\u00e9scoperie(s)<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">V\u00e9niel, Philippe de son pr\u00e9nom, est un ami de mes parents de longue date. <a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/veniel\/\">Artiste, peintre, collagiste<\/a>, musicien, explorateur des litt\u00e9ratures orales et des musiques traditionnelles, r\u00e9alisateur, \u00e9couteur et raconteur d&rsquo;histoires\u00a0 \u00e0 ses heures ((Je ne peux que vous conseiller d&rsquo;\u00e9couter ces entretiens fabuleux intitul\u00e9s \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.parc-marais-poitevin.fr\/index.php\/Les-actions-du-Parc\/Culture-et-education\/Sur-un-coin-de-table\" target=\"_blank\">Sur un coin de table<\/a>\u00a0\u00bb r\u00e9alis\u00e9s dans le cadre du Parc interr\u00e9gional du Marais poitevin : on y rencontre les vraies gens dans leur territoire comme on lirait des livres dans des maisons.)). Rapport d&rsquo;homonymie donc, mais ce n&rsquo;est pas tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ardent d\u00e9fenseur du patois, Philippe publia sur sa page Facebook il y a quelques jours une synth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9volution lexicologique et id\u00e9ologique du mot PATOIS dans les divers dictionnaires de la langue fran\u00e7aise. Je me permets de la reproduire ici, tant ces entr\u00e9es dans les dictionnaires parlent d&rsquo;elles-m\u00eames.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Richelet, 1680,<em> Dictionnaire fran\u00e7ais des mots et des choses<\/em> : \u00ab sorte de langage grossier d&rsquo;un lieu particulier et qui est diff\u00e9rent de celui dont parlent les honn\u00eates gens \u00bb et \u00ab les provinciaux qui aiment la langue viennent \u00e0 Paris pour se d\u00e9faire de leur patois \u00bb ; \u00ab langage corrompu et grossier, tel que celui du menu peuple, des paysans, et des enfants qui ne savent pas encore bien prononcer\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0&#8211; Fureti\u00e8re, 1690,<em> Dictionnaire universel<\/em>\u00a0: \u00ab on donne aussi quelquefois, par extension, le nom de patois \u00e0 certaines fa\u00e7ons de parler qui \u00e9chappent aux gens de province souvent m\u00eame quelque soin qu&rsquo;ils prennent pour s&rsquo;en d\u00e9faire \u00bb ; 1762, 1798, 1835, 1879).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0&#8211; <em>L&rsquo;Encyclop\u00e9die de d&rsquo;Alembert et Diderot<\/em> (1751-64) : \u00ab (grammaire) langage corrompu tel qu&rsquo;il se parle presque dans toutes les provinces : chacune a son patois ; ainsi nous avons le patois bourguignon, le patois normand, le patois champenois, le patois gascon, le patois proven\u00e7al, etc. On ne parle la langue que dans la capitale. Je ne doute point qu&rsquo;il n&rsquo;en soit ainsi de toutes les langues vivantes et qu&rsquo;il n&rsquo;en f\u00fbt ainsi de toutes les langues mortes. Qu&rsquo;est-ce que les diff\u00e9rents dialectes de la langue grecque, sinon les patois des diff\u00e9rentes contr\u00e9es de la Gr\u00e8ce ? \u00bb ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0&#8211; <em>Dictionnaire critique de la langue fran\u00e7aise<\/em>, F\u00e9raud, 1788) : \u00ab le premier degr\u00e9 de corruption dans les langues, vient du d\u00e9faut d&rsquo;\u00e9ducation ou d&rsquo;un manque d&rsquo;attention au bon usage. Le second, du m\u00e9lange de l&rsquo;ancienne avec la nouvelle fa\u00e7on de parler, qui a form\u00e9 divers langages particuliers, qu&rsquo;on nomme patois dont la connaissance peut servir \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;origine des langues et des peuples. Tels sont le bas-breton, l&rsquo;auvergnant, le proven\u00e7al, etc. \u00bb (l&rsquo;Abb\u00e9 Girard).<br \/>\u00ab &#8230;un reste de l&rsquo;ancien patois (la langue gauloise) s&rsquo;est encore conserv\u00e9 chez quelques rustres dans cette province de Galles, dans la Basse-Bretagne, dans quelques villages de France \u00bb. (Voltaire)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Dans la huiti\u00e8me \u00e9dition du <em>Dictionnaire de l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise<\/em> (1932-35) ; dans les \u00e9ditions des XVIIe, XVIIIe, XIXe si\u00e8cles : \u00ab vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un dialecte, idiome propre \u00e0 une localit\u00e9 rurale ou \u00e0 un groupe de localit\u00e9s rurales \u00bb et \u00ab par analogie, dans un sens p\u00e9joratif, langue pauvre et grossi\u00e8re, empreinte de rusticit\u00e9 ou de vulgarit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; <em>Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1971-94) : \u00ab parfois p\u00e9joratif, parler essentiellement oral, pratiqu\u00e9 dans une localit\u00e9 ou un groupe de localit\u00e9s, principalement rurales \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9videmment, venant des dictionnaires \u00e9rig\u00e9s en d\u00e9fenseur de la langue fran\u00e7aise normative (contre toutes les \u00ab\u00a0d\u00e9viations\u00a0\u00bb d&rsquo;o\u00f9 elle puise ses origines), on ne pouvait gu\u00e8re esp\u00e9rer de louanges. Mais force est de reconna\u00eetre que les termes sont m\u00e9prisants, hautains voire aristocratiques, ignorants, bassement moraux. Il faut voir dans cette vergogne du patois le signe d&rsquo;un refoulement sociologique et id\u00e9ologique de la pluralit\u00e9 et de la prot\u00e9iformit\u00e9 de tous les substrats d&rsquo;o\u00f9 \u00e9merge ce fran\u00e7ais si norm\u00e9 et centralis\u00e9 en la capitale ((On peut finalement s&rsquo;\u00e9tonner que l&rsquo;acad\u00e9misme ait eu la m\u00eame action que le christianisme vis \u00e0 vis de son pass\u00e9 linguistique et pa\u00efen : r\u00e9\u00e9criture, int\u00e9gration, nivellement et manich\u00e9isme&#8230; Il y a la bonne langue parl\u00e9e et toutes les autres comme il y a le bon croyant et les m\u00e9cr\u00e9ants&#8230; )) : faire table rase du pass\u00e9 pour accr\u00e9diter sa propri\u00e9t\u00e9 et son esth\u00e9tique <em>sui generis.<\/em> C&rsquo;est comme scier des branches enti\u00e8res de son arbre g\u00e9n\u00e9alogique pour faire dispara\u00eetre des cousins trop g\u00eanants&#8230;<em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cet article, je veux te rassurer Philippe : le patois offre des bijoux de litt\u00e9rature, de po\u00e9sie, de contes que le lecteur un peu curieux peut cueillir, au d\u00e9tour d&rsquo;une librairie ou d&rsquo;une biblioth\u00e8que, peut d\u00e9couvrir et \u00e9couter\u00a0\u2013 car n&rsquo;oublions pas que les patois sont avant tout des langues vivantes \u2013 lors des (trop peu) nombreux spectacles vivants produits (et tu en sais quelque-chose) pourvu qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9mancipe de tous les aprioris appris, les d\u00e9f\u00e9rences historiques et nationalistes, de cet orgueil acad\u00e9mique qui, tout au long de l&rsquo;histoire, a agit dans la restriction, la licence, la censure plut\u00f4t que dans la diversit\u00e9, l\u2019interaction et le respect du peuple \u00e0 conserver sa langue locale (et qui n&rsquo;est pas incompatible avec une langue dite nationale, de communication commune).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela pour dire que, trouvant par hasard ce livre intitul\u00e9 <em>V\u00e9niels <\/em>et<em> <\/em>\u00e9crit en gascon, j&rsquo;y ai lu comme le t\u00e9lescopage de signes convergents. Et il n&rsquo;en faut gu\u00e8re plus pour choisir un livre et faire de nouvelles rencontres.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">\u00a0Les occasions v\u00e9nielles<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">V\u00e9niels <a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/bernard_manciet_04-fellonneau-couve-4.jpg\" rel=\"lightbox[3892]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" alt=\"Bernard Manciet\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/bernard_manciet_04-fellonneau-couve-4-262x350.jpg\" width=\"262\" height=\"350\" \/><\/a>(<em>Escasen\u00e7as<\/em>) : plaisirs v\u00e9niels, p\u00e9ch\u00e9s v\u00e9niels&#8230; V\u00e9niel provient du latin <em>veniales<\/em>, <em>venia<\/em> qui signifie gr\u00e2ce et faveur. L&rsquo;ancien fran\u00e7ais le transforme en p\u00e9nitence avec l&rsquo;expression <em>prendre venie\u00a0<\/em>qui sous-entend d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de pardon. On retient surtout en fran\u00e7ais moderne l&rsquo;acception th\u00e9ologique dans l&rsquo;expression p\u00e9ch\u00e9 v\u00e9niel qui d\u00e9signe une \u00ab\u00a0<em>faute digne de pardon (oppos\u00e9 \u00e0 p\u00e9ch\u00e9 mortel)<\/em>\u00a0\u00bb (le Petit Robert). D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale et par glissement s\u00e9mantique <em>v\u00e9niel<\/em> finit par d\u00e9signer les fautes l\u00e9g\u00e8res. On trouve \u00e9galement <em>venia<\/em> en ancien proven\u00e7al\u00a0 pour d\u00e9signer la g\u00e9nuflexion. Cette derni\u00e8re acception donne une orientation de lecture r\u00e9solument plus \u00e9rotique au recueil et je ne suis pas loin de penser que l&rsquo;auteur a jou\u00e9 de cette ambigu\u00eft\u00e9 en traduisant <em>Escasen\u00e7as<\/em> en <em>V\u00e9niels<\/em>. Bernard Manciet en effet n&rsquo;a pas traduit litt\u00e9ralement <em>Escasen\u00e7as<\/em> qui d\u00e9signe les hasards, les occasions. <em>Per <em>escasen\u00e7as<\/em><\/em> : \u00e0 l&rsquo;occasion<em>. <br \/><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la lumi\u00e8re des ambigu\u00eft\u00e9s de ce double titre, la lecture des sept po\u00e8mes (<em>Vanille, Laure, Truite, Dune, Lunaire, Pluvi\u00f4se et L\u00e9zard<\/em>) qui composent le recueil peut alors prendre ou entrem\u00ealer des chemins divergents : aveu sans p\u00e9nitence de p\u00e9ch\u00e9s v\u00e9niels li\u00e9s au d\u00e9sir et \u00e0 la passion amoureuses, de la femme ou de la nature ; blasons sensuels du corps f\u00e9minins comme un bestiaire \u00e9l\u00e9mentaire sur l&rsquo;autel du plaisir et de la d\u00e9raison ; et enfin, pris sur le vif, on peut y apercevoir des instantan\u00e9s du hasard, des visions fugaces d\u00e9rob\u00e9es \u00e0 l&rsquo;occasion&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai trouv\u00e9 dans le rythme, dans la recherche paradigmatique (parfums de vanille et laurier, bestiaire inattendu : truite et l\u00e9zard, \u00e9l\u00e9ments naturels, le th\u00e8me r\u00e9current du bateau, etc.), une filiation baudelairienne : jeu subtil d&rsquo;\u00e9vocation des corps, dans leurs parties les plus intimes, dans leurs jeux les plus secrets, sensualit\u00e9 de la nature omnipr\u00e9sente, oscillation permanente entre le prosa\u00efque et le sublim\u00e9, langue tressautant comme au bord d&rsquo;un orgasme mais retenue, mais ma\u00eetris\u00e9e&#8230; Et comme Baudelaire on voit poindre \u00e0 chaque strophe un nombre incalculable de correspondances o\u00f9 la nature se fait chair et la chair dune&#8230; et pourtant, le mot femme n&rsquo;y est jamais prononc\u00e9 (\u00e0 moins que les dessins \u00e0 l&rsquo;encre de l&rsquo;auteur ne disent le mot femme en calligraphie arabe :\u00a0 \u00ab\u00a0L\u00e9zard, tu \u00e9cris sur mon c\u0153ur en arabe\u00a0\u00bb, <em>L\u00e9zard<\/em>). Car les dessins \u00e9pur\u00e9s \u00e0 l&rsquo;encre de chine de l&rsquo;auteur\u00a0\u2013 corps de femmes ondul\u00e9s, offerts, repos\u00e9s, stylis\u00e9s pour ne devenir d&rsquo;un pictogramme unique\u00a0\u2013 ponctuent ces po\u00e8mes et jouent avec le texte comme chat et souris dans la nuit de la page blanche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour finir un extrait de <em>Dune<\/em>\/<em>Duna<\/em> pour permettre d&rsquo;appr\u00e9cier, par transposition, la langue si imag\u00e9e si musicale de ce grand po\u00e8te qui, n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 l&rsquo;acad\u00e9mie, \u00e9crit dans un patois \u00e0 faire p\u00e2lir de jalousie nombre de po\u00e8tes de langue fran\u00e7aise normalis\u00e9e ((\u00c9crivant cette phrase, je per\u00e7ois le paradoxe : nul po\u00e8te ne sortant jamais de sa langue &#8211; comme on sort en un lieu inconnu, un soir sans lune &#8211; nul po\u00e8te ne d\u00e9normalisant sa langue pour la contraindre \u00e0 sortir son col du joug historique qui la maintient encha\u00een\u00e9e ne devrait se revendiquer po\u00e8te &#8211; et ce n&rsquo;est pas les rimailleurs qui manquent \u00e0 l&rsquo;appel)).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<div class=\"bloc_flottant\" style=\"width:350px; float:right; \" >\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Duna d&rsquo;espuma e d&rsquo;alenada<br \/>qu&rsquo;abraci lo saure pitrau<br \/>deu jorn ardon en taua rada<\/em><br \/><em>e l&rsquo;ala prima deu c\u00e8u nau<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>enter-p\u00e8th-e-carn gron de lenca<\/em><br \/><em>d&rsquo;ortic de pera o pan de blat<br \/>sable e sus cost\u00e8ra eslanca<br \/>ton c\u00f2r aqueth gron de bautat<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>garba d&rsquo;ambra que te d&rsquo;\u00e0rder<\/em><br \/><em>hargu\u00e8i marme bram\u00e8i arbe<\/em><br \/><em>carbe t&rsquo;nharr\u00e8i e mostarda<\/em><br \/><em>larga que te cargui garba<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dune d&rsquo;\u00e9cume et d&rsquo;haleine<br \/>j&rsquo;enserre la poitrine dor\u00e9e <br \/>du jour arrondi en cette rade<br \/>et l&rsquo;aile fr\u00eale du ciel neuf<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00e0 fleur de peau ce grain de langue<br \/>d&rsquo;ortie de poire ou pain de seigle<br \/>sable et sur ta pente subtile<br \/>ton c\u0153ur ce grain de beaut\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">gerbe d&rsquo;ambre qu&rsquo;en br\u00fblant<br \/>je forgeai marbre et bramai arbre<br \/>te mordis chanvre et moutarde<br \/>je t&#8217;emporte belle gerbe<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<hr style=\"visibility: hidden; clear: both;\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un dernier mot pour signaler le magnifique travail d&rsquo;\u00e9dition (couverture, typographie, reproduction des dessins) des Editions de l&rsquo;Escampette (dont on peut lire <a href=\"http:\/\/www.delitteris.com\/editeurs-sauvages\/l-escampette\/\" target=\"_blank\">chez De Litteris<\/a>\u00a0 une critique enthousiaste). En outre, je souligne la robustesse de l&rsquo;ouvrage qui n&rsquo;a pas c\u00e9d\u00e9 sous la trentaine de lectures que je lui ai inflig\u00e9e.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Prolongements, ailleurs<\/h3>\n<div><strong>Lem Urien<\/strong> : <em>Parler de \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb \u00e0 propos du gascon me semble quand m\u00eame tr\u00e8s peu appropri\u00e9 : c&rsquo;est \u00e0 faire fr\u00e9mir jusqu&rsquo;au plus r\u00e9actionnaire et au plus bouch\u00e9 des linguistes contemporains. <\/em><br id=\".reactRoot[1552].[1][2][1]{comment440473646027292_3245315}.0.[1].0.[1].0.[0].[0][2].0.[1]\" \/><em>A noter que la traduction fran\u00e7aise est, dans *V\u00e9niels*, bien plus proche du texte gascon que dans *L&rsquo;Enterrement \u00e0 Sabres*, dont c&rsquo;est une petite faiblesse &#8212; si tant est qu&rsquo;il puisse y avoir des faiblesses dans ce texte magnifique.<\/em><\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<div><strong>S\u00e9bastien<\/strong> : L&rsquo;id\u00e9e de cet article est justement d&rsquo;abolir l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une hi\u00e9rarchisation entre langue normative, langues r\u00e9gionales et patois (cf. les r\u00e9f\u00e9rences lexicographiques qui n&rsquo;ont de cesse de cr\u00e9er des barri\u00e8res). A ce titre, Bernard Manciet faisait \u00e9galement fr\u00e9mir plus d&rsquo;un puriste gascon (en jouant justement de sa propre langue, en la triturant, en la faisant vivre tout simplement) lui qui refusait tout enfermement dans le \u00ab\u00a0r\u00e9gionalisme\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>Je me bats depuis quarante ans pour emp\u00eacher que ce travers qui consiste \u00e0 enfermer la culture occitane ne devienne un vice<\/em>\u00ab\u00a0). \u00ab\u00a0<em>Parler la langue de sa m\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb (qui dit que la langue est avant tout une filiation, une habitude, avant que d&rsquo;\u00eatre uniquement inscrite dans un territoire) me semble en effet l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus essentiel de sa position vis-\u00e0-vis de la langue : c&rsquo;est mon point de vue bien entendu et je comprends que cela vous fasse r\u00e9agir. Vous faites bien de souligner la justesse de la traduction dans ce recueil (sauf finalement le titre ??) : je n&rsquo;ai pas suffisamment de connaissance en gascon pour pouvoir l&rsquo;affirmer..<\/div>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Poursuivre la r\u00eaverie<\/h3>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/www.facebook.com\/pages\/LEscampette-%C3%A9ditions\/429101067119971\" target=\"_blank\">La page facebook des \u00c9ditions de l&rsquo;Escampette<\/a>\u00a0<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/pages\/LEscampette-%C3%A9ditions\/429101067119971\" target=\"_blank\">Sa page internet<\/a>\u00a0<\/li>\n<li>Le po\u00e8me intitul\u00e9 Vanille <a href=\"http:\/\/poezibao.typepad.com\/poezibao\/2006\/11\/anthologie_perm_9.html\" target=\"_blank\">dans l&rsquo;anthologie permanente de la po\u00e9sie sur Poezibao<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.cardabelle.fr\/occitan-auteurs-manciet.htm\" target=\"_blank\">Une page tr\u00e8s compl\u00e8te sur l&rsquo;auteur<\/a> sur le site de l&rsquo;association Cardabelle<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec son double titre V\u00e9niels \/ Escasen\u00e7as  la lecture peut prendre des chemins divergents : aveu de p\u00e9ch\u00e9s v\u00e9niels, blasons du corps f\u00e9minins, ou instantan\u00e9s du hasard&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3896,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[122,384,385,383,20],"tags":[87,388,389,387,386],"class_list":["post-3892","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-baudelaire","category-dessin","category-lescampette","category-manciet-bernard","category-poesie","tag-amour","tag-erotisme","tag-langue","tag-nature","tag-patois"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/veniels-manciet.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3892","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3892"}],"version-history":[{"count":60,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3892\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4668,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3892\/revisions\/4668"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3896"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3892"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3892"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3892"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}