{"id":293,"date":"2008-11-01T13:04:01","date_gmt":"2008-11-01T11:04:01","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=293"},"modified":"2013-02-24T01:25:10","modified_gmt":"2013-02-24T00:25:10","slug":"de-lart-de-se-perdre-dans-un-labyrinthe-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=293","title":{"rendered":"De l&rsquo;art de se perdre dans un labyrinthe\u2026 (2)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Je reviens encore dans le labyrinthe, inexorablement. Je distingue <em>subjectivement <\/em>(je souligne ce mot pour les googleurs qui seraient ici pour faire un expos\u00e9 car ici tout est subjectif et rien ne se rattache \u00e0 une quelconque r\u00e9alit\u00e9 universelle) trois types de labyrinthes, ce qui engendrent trois fa\u00e7ons diff\u00e9rentes d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent dans le labyrinthe.<\/p>\n<h3>1. Le pont labyrinthique : celui que l&rsquo;on traverse.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/etretatlibrary.jpg\" rel=\"lightbox[293]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-290\" title=\"Image trouv\u00e9e sur le site R\u00e9sonance de Maurice Blanchot\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/etretatlibrary-300x182.jpg\" width=\"300\" height=\"182\" \/><\/a>Ce labyrinthe a classiquement une entr\u00e9e, des couloirs lin\u00e9aires ou mani\u00e9r\u00e9s et une sortie qu&rsquo;il faut trouver. On peut y \u00eatre enferm\u00e9 contre son gr\u00e9 (punition, \u00e9preuve, hasard, etc.) ou y \u00eatre entr\u00e9 volontairement (curiosit\u00e9, orgueil, ambition h\u00e9ro\u00efque, etc.). C&rsquo;est le sch\u00e9ma classique, celui de Th\u00e9s\u00e9e, de D\u00e9dale et Icare ou de ces jardins labyrinthiques qui offrent aux badauds quelques heures d&rsquo;errance. Les moyens pour se sortir de l\u00e0 ne manquent pas : fil d&rsquo;Ariane, ailes d&rsquo;Icare, d\u00e9ductions (topo-)logiques, intuitions, plans, gps, etc. Il s&rsquo;agit ici de relier, rallier deux points s\u00e9par\u00e9s d&rsquo;obstacles comme on franchirait un pont tortueux surplombant des eaux infranchissables autrement. On peut s&rsquo;en trouver enrichi par l&rsquo;\u00e9preuve (connaissance, exp\u00e9rience) ou au contraire amoindri par la perte d&rsquo;un morceau de soi (fatigue, \u00e9motion, etc.). Il y a bien l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un apprentissage, d\u2019une initiation, mais celle-ci <em>peut \u00eatre<\/em> fugace et vaine car \u00e9vacu\u00e9e d\u00e9s la sortie car elle n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;objectif principal de la travers\u00e9e mais une juste cons\u00e9quence fortuite. On peut apprendre beaucoup des voyages mais tout oublier une fois son fauteuil retrouv\u00e9. Je ne m\u2019\u00e9tendrais pas sur ce type de labyrinthe largement r\u00e9pandu.<\/p>\n<h3>2. Le labyrinthe concentrique : celui dont on cherche le centre.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/labyrinth_lucca.jpg\" rel=\"lightbox[293]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-291\" title=\"Labyrinthe digital situ\u00e9 \u00e0 l'entr\u00e9e de la cath\u00e9drale de Lucca en Italie\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/labyrinth_lucca-300x288.jpg\" width=\"300\" height=\"288\" \/><\/a>Celui-l\u00e0 n&rsquo;a qu&rsquo;une entr\u00e9e et un centre ostentatoire ou \u00e9sot\u00e9rique. Il n\u2019est pas forc\u00e9ment circulaire et son centre peut bien s\u00fbr \u00eatre g\u00e9om\u00e9triquement d\u00e9centr\u00e9. On n&rsquo;y entre que volontairement, pouss\u00e9 par un sentiment d&rsquo;une imp\u00e9rieuse mission. C&rsquo;est le lieu d&rsquo;une qu\u00eate, celle de d\u00e9couvrir un centre qui contient un tr\u00e9sor mat\u00e9riel mais plus souvent spirituel. Un exemple de ce labyrinthe est la r\u00e9appropriation chr\u00e9tienne de cet \u00e9difice pa\u00efen qui \u00e0 l&rsquo;origine n&rsquo;est m\u00eame pas cit\u00e9 dans la Bible (ou si peu) : les labyrinthes des cath\u00e9drales proposent ainsi symboliquement un chemin spirituel pour atteindre la foi, Dieu, le Paradis, enfin un nirvana qui vaut le coup de se donner la peine de cheminer. Le plus souvent le chemin propos\u00e9, comme un jeu de l&rsquo;oie, est jonch\u00e9 d&rsquo;obstacles ou d&rsquo;\u00e9tapes cens\u00e9es nous donner la force d&rsquo;avancer ou la faiblesse de chuter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/ulysse.jpg\" rel=\"lightbox[293]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-294\" title=\"Le retour d'Ulysse \u00e0 Ithaque\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/ulysse.jpg\" width=\"300\" height=\"231\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/ulysse.jpg 300w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/ulysse-150x115.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/ulysse-200x154.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>J&rsquo;ouvre une parenth\u00e8se mythologique afin de ne pas \u00ab m&rsquo;enfermer \u00bb dans le labyrinthe chr\u00e9tien : si on devait imaginer Ulysse prisonnier dans sa labyrinthique Odyss\u00e9e, ce serait celui-ci le mod\u00e8le. Le d\u00e9dale \u00ab dessin\u00e9 \u00bb par Pos\u00e9idon afin qu&rsquo;Ulysse ne rentre jamais au foyer est un labyrinthe concentrique. Ithaque et P\u00e9n\u00e9lope ne symbolise pas la \u00ab sortie \u00bb, l&rsquo;\u00ab issue \u00bb du labyrinthe \u2013 les issues possibles seraient plut\u00f4t le <em>lotos<\/em>, les sir\u00e8nes, Circ\u00e9, etc., les obstacles qui offrent \u00e0 Ulysse la possibilit\u00e9 de renoncer \u00e0 poursuivre son chemin et par l\u00e0 \u00e0 sortir de sa propre histoire d\u2019homme moderne. Non! Ithaque et P\u00e9n\u00e9lope sont bien le centre, le foyer, la matrice et le c\u0153ur qu&rsquo;Ulysse doit retrouver pour recouvrer son int\u00e9grit\u00e9 (d\u2019homme d\u00e9sir\u00e9, de gouverneur d\u2019Ithaque, de h\u00e9ros rentrant de Troie, etc.). Et r\u00e9ciproquement, car il y a une compl\u00e9mentarit\u00e9 complexe qui unit le chercheur et le cherch\u00e9 : en effet il faut toujours que ce centre recherch\u00e9 se r\u00e9affirme en tant que centre d\u00e9sir\u00e9. Il faut que P\u00e9n\u00e9lope d\u00e9fende sa position de centre d\u00e9sir\u00e9 (et menac\u00e9) pour maintenir en \u00e9quilibre l\u2019architecture du labyrinthe. Qu\u2019elle c\u00e8de \u00e0 ses pr\u00e9tendants, qu\u2019Ulysse l\u2019apprenne et le labyrinthe n\u2019est plus, ou plus le m\u00eame, l\u2019histoire \u00e9galement. En cela, le d\u00e9sir est un carburant essentiel de la m\u00e9canique labyrinthique, d\u00e9sir de trouver et d\u00e9sir d\u2019\u00eatre trouv\u00e9 : ce jeu de cache-cache entretient sans cesse, par l\u2019alternance du voil\u00e9\/d\u00e9voil\u00e9, une dynamique amoureuse et \u00e9rotique qui meut ces deux centres. Cette dynamique, il me semble, nous la ressentons fortement lorsque nous lisons ou \u00e9crivons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce centre est intangible et insubstituable pour le chercheur. Lorsque ce centre est atteint, s&rsquo;il est accessible, soit le labyrinthe dispara\u00eet comme par magie, comme s\u2019il n\u2019avait jamais exist\u00e9 (fusion en son centre) soit au contraire le labyrinthe devient le d\u00e9cor naturel de ce centre retrouv\u00e9, dans lequel le sujet chercheur ne d\u00e9ambule plus (harmonie).<\/p>\n<h3>3. Le labyrinthe infini<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/bibliotheque.jpg\" rel=\"lightbox[293]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-292\" title=\"Biblioth\u00e8que de Trinity College \u00e0 Dublin\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/bibliotheque-300x240.jpg\" width=\"300\" height=\"240\" \/><\/a>La derni\u00e8re fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre dans un labyrinthe est moins accessible car elle ne fait aucunement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te ou physique. Ce labyrinthe, on sait qu&rsquo;il n&rsquo;y a ni centre (ou tellement qu\u2019on ne peut plus parler de centre), ni sortie, ni rien. On erre dans ces couloirs de la m\u00eame fa\u00e7on que Sisyphe remonte sa pierre en haut de la colline, ind\u00e9finiment. L&rsquo;errance prend alors un tout autre sens : il n&rsquo;y pas de but au voyage, seulement notre cheminement absurde et incessant et nos gesticulations pour faire croire que l&rsquo;on cherche toujours la sortie. Elle peut avoir toutes sortes de cons\u00e9quences : la folie, pour peu que l&rsquo;on esp\u00e8re toujours \u00e0 une issue possible, que l&rsquo;on cherche \u00e0 se d\u00e9battre comme une mouche obstin\u00e9e contre la vitre ; l&rsquo;usure par la r\u00e9p\u00e9tition <em>ad nauseam<\/em> qui provoque le lent dess\u00e8chement de notre mati\u00e8re vivante et puis, \u00e9videmment, la mort. Celle que le temps finit par prendre sous le regard d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du chercheur ou celle que l&rsquo;on se donne parce qu&rsquo;on a plus le courage de battre le pav\u00e9 de ces couloirs interminables. Il y a fort heureusement une autre mani\u00e8re d\u2019aborder ce type de labyrinthe. J&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 r\u00e9cemment le Mythe de Sisyphe d\u2019Albert Camus non sans arri\u00e8re-pens\u00e9e. Je trouve que cette \u0153uvre, qui s\u2019inscrit pourtant dans la mouvance de l\u2019existentialisme, n\u2019a finalement pas pris de rides au regard de ce courant philosophique d\u2019apr\u00e8s-guerre. Elle traite de l\u2019absurdit\u00e9 du sujet face \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 du monde et des \u00ab postures \u00bb qu\u2019il peut prendre face \u00e0 elle. Il \u00e9carte rapidement le suicide philosophique qu\u2019il juge comme une solution infructueuse. Puis il essaye d\u2019imaginer Sisyphe heureux car finalement \u00ab <em>ma\u00eetre de ses jours<\/em> \u00bb, de son destin. Il n&rsquo;y a pas de sortie au labyrinthe, certes, mais le cheminement et l&rsquo;errance infinie qui nous poussent \u00e0 toujours avancer est source de bonheur, car c\u2019est une r\u00e9volte et une lutte permanente pour se d\u00e9finir comme chercheur libre dans un labyrinthe absurde et infini. Une fois inscrit dans ce processus labyrinthique, le chercheur peut \u00e9prouver le besoin de rester \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celui. De peur qu\u2019il ne trouve une sortie (sait-on jamais !) il va alors construire lui-m\u00eame les murs et les couloirs sinueux afin de devenir l\u2019architecte de son errance, de sa r\u00e9volte et de son bonheur infini. Il me semble que ce labyrinthe est celui que recherchent les cr\u00e9ateurs de toutes sortes car c\u2019est celui qui, \u00e0 mon avis, est le plus fertile, le plus apte \u00e0 pousser le cr\u00e9ateur \u00e0 comprendre, \u00e0 imaginer, \u00e0 concevoir, \u00e0 b\u00e2tir du vide dans le vide du labyrinthe et \u00e0 l\u2019en rendre heureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces trois postures dans le labyrinthe ne sont pas fig\u00e9es, loin de l\u00e0, et on peut imaginer sans peine qu\u2019un sujet commence par rentrer dans un labyrinthe qu\u2019il se doit de traverser. En chemin, il s\u2019aper\u00e7oit que quelque chose l\u2019attire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame sur labyrinthe, il se d\u00e9tourne de la sortie et en cherche alors ce centre, cet objet du d\u00e9sir. Oui mais voil\u00e0, ce centre n\u2019est pas fixe, il bouge sans arr\u00eat \u2013 comme cette farce de clown o\u00f9 le chapeau tomb\u00e9 par terre s\u2019\u00e9loigne d\u00e9s qu\u2019il veut l\u2019attraper \u2013 et le chercheur poursuit sa qu\u00eate, inlassablement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi, me direz vous, cette r\u00e9flexion sur le labyrinthe ? Je trouve qu\u2019il est int\u00e9ressant de regarder les choses (le monde, l\u2019homme, l\u2019art, etc.) sous un angle toujours nouveau, qu\u2019\u00e0 toujours consid\u00e9rer les choses pour ce qu\u2019elles sont on les use, on les appauvrit de leur substance, ou plut\u00f4t non ! On use et on appauvrit notre regard quotidien sur elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s\u2019agit pas \u00e9videmment de didactisme, de philosophie ou d\u2019encyclop\u00e9die, simplement de r\u00eaveries (au sens o\u00f9 Bachelard entend ce mot) afin de m\u2019ouvrir une pluralit\u00e9 des sens de notre monde absurde.<br \/> J\u2019ai opt\u00e9 ici pour le labyrinthe mais j\u2019aurais pu faire pareil avec tout autre chose : le sommeil, la route, la maison\u2026<\/p>\n<p>A suivre probablement&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je reviens encore dans le labyrinthe, inexorablement. Je distingue subjectivement (je souligne ce mot pour les googleurs qui seraient ici pour faire un expos\u00e9 car ici tout est subjectif et rien ne se rattache \u00e0 une quelconque r\u00e9alit\u00e9 universelle) trois types de labyrinthes, ce qui engendrent trois fa\u00e7ons diff\u00e9rentes d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent dans le labyrinthe. 1. 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