{"id":286,"date":"2008-11-02T16:54:40","date_gmt":"2008-11-02T15:54:40","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=286"},"modified":"2013-03-04T00:42:00","modified_gmt":"2013-03-03T23:42:00","slug":"des-fleurs-pour-algernon-daniel-keyes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=286","title":{"rendered":"Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"livre\">\n<h3>Des fleurs pour Algernon<\/h3>\n<h4>Daniel Keyes<br \/> J&rsquo;ai Lu, 2008<br \/> Traduit de l&rsquo;am\u00e9ricain par Georges H. Gallet<br \/> <em>Flowers for Algernon<\/em>, <br \/>1956 pour le novelette, 1966 pour le roman<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-300 alignnone\" title=\"Des fleurs pour Algernon\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/fleursalgernon_01-266x350.jpg\" width=\"266\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/fleursalgernon_01-266x350.jpg 266w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/fleursalgernon_01-150x197.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/fleursalgernon_01-200x262.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/fleursalgernon_01.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 266px) 100vw, 266px\" \/><\/div>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si l&rsquo;on avait quelque bon sens, on se rappellerait que la vue peut \u00eatre troubl\u00e9e de deux mani\u00e8res et pour deux causes : quand on passe de la lumi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, ou bien le contraire, de l&rsquo;obscurit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re. Si l&rsquo;on r\u00e9fl\u00e9chissait que cela se produit de m\u00eame pour l&rsquo;\u00e2me, toutes les fois que l&rsquo;on verrait l&rsquo;une d&rsquo;elles dans le trouble, incapable de distinguer quelque objet, on ne se mettrait pas sottement \u00e0 rire ; on se demanderait plut\u00f4t si, faute d&rsquo;accoutumance, elle ne se trouve pas aveugl\u00e9e en arrivant d&rsquo;un s\u00e9jour plus lumineux, ou au contraire, si sortant d&rsquo;une ignorance opaque vers la lumi\u00e8re de la connaissance, elle ne se trouve pas \u00e9blouie par des rayons trop \u00e9clatants pour elle. Dans le premier cas, on lui ferait des compliments pour sa fa\u00e7on de vivre et de sentir ; dans le second, on la plaindrait, et si l&rsquo;on s&rsquo;avisait de rire, ce serait avec plus d&rsquo;indulgence qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;\u00e2me qui descendrait du s\u00e9jour de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p><cite>PLATON, la R\u00e9publique<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;histoire d&rsquo;une souris blanche, Algernon, un vulgaire cobaye de laboratoire qui subit une op\u00e9ration et un traitement visant \u00e0 d\u00e9cupler ses facult\u00e9s intellectuelles. C&rsquo;est surtout l&rsquo;histoire de Charlie Gordon, un idiot, un attard\u00e9 mental, un simple d&rsquo;esprit, comme on dit gentiment. Charlie partage son temps entre son \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb \u00e0 la boulangerie, o\u00f9 son oncle l&rsquo;a plac\u00e9 avant de mourir, et les cours pour adultes attard\u00e9s de Mrs Kinnian. Sa vie semble \u00eatre \u00e0 l&rsquo;image de son sourire, b\u00e9ate : des amis, des rires, des bonheurs simples&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin de le rendre \u00ab\u00a0un telijen\u00a0\u00bb, avec l&rsquo;accord de sa famille, le Pr. Nemur et le Dr. Strauss vont lui appliquer ce m\u00eame traitement pourtant encore au stade exp\u00e9rimental. C&rsquo;est ainsi que les destins de ce gar\u00e7on et de cette souris deviennent intimement li\u00e9s. Algernon doit tous les jours r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de plus en plus compliqu\u00e9s dans son labyrinthe pour obtenir son repas. Charlie, lui, doit lire, \u00e9couter une dr\u00f4le de t\u00e9l\u00e9 en s&rsquo;endormant, et surtout \u00e9crire des compte-rendus d\u00e9taill\u00e9s sur ce qu&rsquo;il pense, ressent, r\u00eave&#8230; Ce roman rassemble l&rsquo;ensemble de ses compte-rendus et retrace, de fa\u00e7on subjective, l&rsquo;\u00e9veil tr\u00e8s progressif d&rsquo;une conscience endormie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce parti pris narratif du journal intime est la clef de vo\u00fbte de ce roman : il permet au lecteur de suivre au plus pr\u00e8s l&rsquo;\u00e9volution cognitive, psychologique, affective et \u00e9motionnelle de ce grand gar\u00e7on de Charlie, et il devient difficile de ne pas ressentir pour lui une profonde sympathie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charlie \u00e9volue tr\u00e8s vite, son orthographe t\u00e9moigne en temps r\u00e9el des progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s. Sa m\u00e9moire reconstitue \u00e9galement peu \u00e0 peu le puzzle de sa vie dont les pi\u00e8ces m\u00e9lang\u00e9es et fragmentaires ne lui donnaient jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent qu&rsquo;une vision partielle et d\u00e9form\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La connaissance entra\u00eene-t-elle le bonheur ? Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;intelligence ? L&rsquo;intelligence seule suffit-elle \u00e0 d\u00e9finir ontologiquement l&rsquo;\u00eatre humain ? Peut-on aimer l\u2019autre si celui-ci est tr\u00e8s diff\u00e9rent ? Ce roman pose des questions philosophiques, anthropologiques et m\u00eame scientifiques sans imposer de r\u00e9ponses purement didactiques mais en faisant r\u00e9fl\u00e9chir le lecteur\/observateur de Charlie. Tout est en finesse dans ce roman, la psychologie des personnages, les non-dits, les souvenirs familiaux refoul\u00e9s, etc.. On pourrait croire que Keyes ait la tentation de s&rsquo;enfoncer dans un <em>pathos <\/em>grandement facilit\u00e9 par des situations assez tragiques, et pourtant non ! il esquive brillamment cet \u00e9cueil, n\u2019en fait jamais trop, ce qui justement \u00e9meut au plus juste le lecteur, et j&rsquo;avoue que plus d&rsquo;une fois j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 au bord des larmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu \u00e0 peu le disciple d\u00e9passe le ma\u00eetre, Charlie \u00e9prouve de plus en plus de difficult\u00e9s \u00e0 comprendre et \u00e0 supporter les autres, ces scientifiques qu\u2019il rencontre \u00e0 un congr\u00e8s dont il est \u00e9videmment le clou du spectacle, ces scientifiques qu&rsquo;il juge comme des imposteurs tant leurs connaissances sont cloisonn\u00e9es, imparfaites. Cette \u00ab\u00a0associabilit\u00e9\u00a0\u00bb, n\u00e9e du d\u00e9calage entre sa fulgurante progression cognitive et son inexp\u00e9rience \u00e9motionnelle et affective, rend ses rapports \u00e0 autrui de plus en plus difficiles. Ce que n&rsquo;arrange pas non plus son statut de cobaye. Il se retrouve de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir mais son inadaptation reste inchang\u00e9e : avec sa sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle, il \u00e9prouve toujours les m\u00eames difficult\u00e9s \u00e0 communiquer, \u00e0 comprendre et \u00e0 \u00eatre compris que lorsqu\u2019il \u00e9tait idiot.\u00a0 C&rsquo;est l\u00e0 une vision tr\u00e8s pessimiste de Keyes qui souligne en quelque sorte ce fort cloisonnement entre les \u00eatre humains dans la soci\u00e9t\u00e9 selon leurs diff\u00e9rences culturelles et intellectuelles : on peut s\u2019aimer, certes, mais jamais \u00eatre sur le m\u00eame plan affectif et sentimental, comme si depuis deux compartiments on se regardait par une vitre. Une vision pessimiste qui se v\u00e9rifie h\u00e9las quand on consid\u00e8re la difficult\u00e9 d\u2019\u00e9tablir de simples liens sociaux, affectifs, quand on est handicap\u00e9 ou attard\u00e9 mental ou simplement diff\u00e9rent. En d\u00e9finitive, c\u2019est la question de la diff\u00e9rence qui est trait\u00e9e au c\u0153ur de ce roman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son intelligence devient telle qu\u2019il peut porter un regard scientifique et critique sur l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il a subit. Il se rend alors compte qu\u2019il y a une faille dans le raisonnement des scientifiques qui l\u2019entourent\u2026 une course contre la montre s\u2019engage alors tandis que les facult\u00e9s d\u2019Algernon commencent \u00e0 d\u00e9cro\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Des Fleurs pour Algernon <\/em>est souvent rang\u00e9 dans le rayon SF, mais j&rsquo;encourage tous ceux qui fuient ce genre \u00e0 se pr\u00e9cipiter sur ce roman qui, sur la base d&rsquo;un postulat \u00ab anticipant \u00bb un progr\u00e8s de la science (il n&rsquo;y a vraiment que ce postulat qu&rsquo;on pourrait qualifier de \u00ab\u00a0science fiction\u00a0\u00bb), aborde des questions philosophiques, \u00e9pist\u00e9mologiques mais surtout ontologiques avec une aisance et une simplicit\u00e9 d\u00e9concertante. Comme souvent il convient de relire l\u2019<em>incipit <\/em>\u00e0 la fin de la lecture, il devient tout simplement lumineux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre je l\u2019ai lu en 3<sup>e<\/sup> (c\u2019est dire si \u00e7a remonte), c\u2019est mon professeur de fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque qui me l\u2019avait pr\u00eat\u00e9 (c\u2019\u00e9tait mon biblioth\u00e9caire personnel et attitr\u00e9) et je me souviens qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque j\u2019avais ador\u00e9 ce bouquin. Vingt ans ont pass\u00e9 et je suis toujours autant touch\u00e9 par cette histoire, tant par le contenu que par la mani\u00e8re labyrinthique dont elle se d\u00e9ploie dans l&rsquo;imaginaire du lecteur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La connaissance entra\u00eene-t-elle le bonheur ? Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;intelligence ? L&rsquo;intelligence seule suffit-elle \u00e0 d\u00e9finir ontologiquement l&rsquo;\u00eatre humain ? 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