{"id":2760,"date":"2013-03-17T01:25:38","date_gmt":"2013-03-17T00:25:38","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=2760"},"modified":"2014-09-24T00:08:05","modified_gmt":"2014-09-23T23:08:05","slug":"le-souvenir-de-personne-cecile-fargue-schouler","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=2760","title":{"rendered":"Le souvenir de personne &#8211; C\u00e9cile Fargue Schouler"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<h3>Le souvenir de personne<\/h3>\n<h4>C\u00e9cile Fargue Schouler<br \/>\n<a href=\"http:\/\/billets.domec.net\/pages\/Le-Souvenir-de-personne\">Editions Les penchants du roseau<\/a><br \/>\n\u00c9galement publi\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.editions-man.com\/\">aux \u00e9ditions m@n<\/a><br \/>\n(2e livre \u00e9lu par la communaut\u00e9 de M@n)<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/lsp_couverture_1_400.jpg\" rel=\"lightbox[2760]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3845\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/lsp_couverture_1_400-240x350.jpg\" alt=\"Le souvenir de personne, C\u00e9cile Fargue\" width=\"240\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/lsp_couverture_1_400-240x350.jpg 240w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/lsp_couverture_1_400-150x218.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/lsp_couverture_1_400-200x291.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/lsp_couverture_1_400.jpg 271w\" sizes=\"auto, (max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">La litt\u00e9rature ne sert \u00e0 rien&#8230;<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Il est des moments, dans la vie de lecteur et d&rsquo;\u00e9crivain (je subodore pour celui-l\u00e0, ne me sentant pas \u00e9crivain) o\u00f9 le doute s&rsquo;insinue plus ou moins fortement : et si tout ceci, la litt\u00e9rature, la musique, les arts, toutes ces choses immat\u00e9rielles que l&rsquo;on c\u00f4toie, collectionne, ch\u00e9rit, si tout ceci\u00a0 ne servait \u00e0 rien ? La litt\u00e9rature, en d\u00e9finitive, ne r\u00e9pond pas \u00e0 un des besoins essentiels \u00e0 la vie (ce qui peut s&rsquo;av\u00e9rer aussi compl\u00e8tement faux quand on songe \u00e0 la place de la litt\u00e9rature dans les destins d&rsquo;\u00e9corch\u00e9s vifs de Woolf, de Tsveta\u00efeva, d&rsquo;Artaud, etc.). Quand son pays est d\u00e9chir\u00e9 par la guerre, quand on cr\u00e8ve la faim et qu&rsquo;on se demande comment finir la fin du mois, quand le seul objectif de la journ\u00e9e est de trouver de quoi nourrir ses enfants, de ne pas mourir de froid, de trouver une place pour dormir&#8230; ce n&rsquo;est pas d&rsquo;abord \u00e0 la litt\u00e9rature que l&rsquo;on songe. La litt\u00e9rature donc : ne sert \u00e0 rien. Vanit\u00e9 des vanit\u00e9s. Et puis on lit un livre qui soudain nous rappelle que la litt\u00e9rature ne sert \u00e0 rien et que c&rsquo;est cette absolue vacuit\u00e9 qui la rend indispensable. Vitale. Parce que, te racontant, elle me raconte, elle nous dit, \u00e0 nous, ce \u00e0 quoi on appartient, parce qu&rsquo;elle est essentiellement li\u00e9e \u00e0 notre moi ontologique dans la reconnaissance de l&rsquo;autre et \u00e0 la formation d&rsquo;une communaut\u00e9 &#8212; f\u00fbt-elle inavouable, comme le soulignait Blanchot.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00e9criture et la litt\u00e9rature selon Blanchot, sont ins\u00e9parables de l&rsquo;\u00eatre en commun et de la communication. L&rsquo;\u00e9criture n&rsquo;est pas pour Blanchot, un objet formel et ferm\u00e9, ce n&rsquo;est pas un objet esth\u00e9tique ni autistique, mais l&rsquo;\u00e9criture c&rsquo;est le rapport d&rsquo;adresse par lequel non seulement un moi s&rsquo;adresse \u00e0 un toi, mais par lequel il y a seulement un moi et un toi, un un et un autre et par lequel seulement il peut y avoir une solitude et un dehors de la solitude, une expression, ou pour reprendre le mot de Bataille une extase.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00e9crivain et le lecteur se font l&rsquo;un l&rsquo;autre, et se faisant l&rsquo;un l&rsquo;autre, ils se d\u00e9placent l&rsquo;un l&rsquo;autre\u00a0 et ils se d\u00e9placent l&rsquo;un par rapport \u00e0 l&rsquo;autre. Ils n&rsquo;ont pas quelque chose \u00e0 se communiquer, ils n&rsquo;ont pas un message \u00e0 se transmettre, ce qu&rsquo;ils partagent, l&rsquo;\u00e9crivain et le lecteur, c&rsquo;est \u00e0 dire aussi l&rsquo;un et l&rsquo;autre en g\u00e9n\u00e9ral dans la communaut\u00e9,\u00a0 ce qu&rsquo;ils partagent c&rsquo;est la puissance et la passion de se communiquer et \u00e0 ceux qui attendent de l&rsquo;\u00e9criture en ce sens une signification d\u00e9terminable et communicable.<\/em><\/p>\n<p><cite> Jean-Luc Nancy, La question de la communaut\u00e9<br \/>\n(dans \u00ab\u00a0Un si\u00e8cle d&rsquo;\u00e9crivains\u00a0\u00bb (FR3): Maurice Blanchot)<br \/>\nSource : <a href=\"http:\/\/remue.net\/RK\/11_JLN3.html\">Remue.net<\/a><br \/>\n<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0La litt\u00e9rature <em>comme puissance et passion de se communiquer<\/em>. D\u00e9s l&rsquo;avant-propos du <em>Souvenir de personne<\/em> le sentiment de cette puissance, de cette urgence (non dans le sens de la relation au temps &#8212; il lui a fallu quinze ans pour atteindre ce livre &#8212; mais dans celui d&rsquo;une pression exerc\u00e9e qui demande \u00e0 se lib\u00e9rer) est tout \u00e0 fait palpable : \u00ab\u00a0<em>j&rsquo;ai promis qu&rsquo;un jour, le jour o\u00f9 je serai grande, je raconterai. <\/em>[&#8230;]\u00a0<em>Je suis venue vous parler.<\/em>\u00a0\u00bb Intransitif. \u00c9crire, tel que M.D..<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00e9cile Fargues \u00e9crit pour redonner \u00ab\u00a0<em>un poids, une place<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 celui qui, dans la m\u00e9moire collective, s&rsquo;est dissout, s&rsquo;est perdu dans la liste interminable de ces anonymes qui sont nos rencontres quotidiennes. Je trouve l\u00e0, quelque part, est-ce la concomitance des titres ? la m\u00eame d\u00e9marche que dans <a title=\"W ou le souvenir d\u2019enfance, Georges Perec\" href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2008\/10\/18\/w-ou-le-souvenir-denfance-georges-perec\/\">W, ou le souvenir d&rsquo;enfance<\/a> de Perec de reconstituer, par des chemins diff\u00e9rents, l&rsquo;essentiel de ce qui nous a, toujours d\u00e9j\u00e0, \u00e9chapp\u00e9. Plus encore : de ce que l&rsquo;on a n\u00e9glig\u00e9, ignor\u00e9. Refoul\u00e9. La d\u00e9marche consiste alors \u00e0 retrouver, \u00e0 remettre \u00e0 sa juste \u00ab\u00a0place\u00a0\u00bb la pi\u00e8ce absente et n\u00e9anmoins essentielle du puzzle que forme la communaut\u00e9 dans laquelle nous nous reconnaissons. Cette pi\u00e8ce, ce <em>tu<\/em>, c&rsquo;est S\u00e9bastien, un adolescent retrouv\u00e9 \u00ab\u00a0<em>mort vraisemblablement par overdose<\/em>\u00a0\u00bb un matin, dans les rue d&rsquo;Angoul\u00eame. Un mort sous X (sous W aurait dit Perec). Une pi\u00e8ce n\u00e9glig\u00e9e, un num\u00e9ro dans un registre, une <em>affaire class\u00e9e<\/em> dans la rubrique des faits divers. Mais qui nous raconte. Nous, l&rsquo;humain. Par la voix de la narratrice.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je n&rsquo;aime pas le mot de t\u00e9moignage\u00a0parce qu&rsquo;il y a cette id\u00e9e d&rsquo;\u00e0 charge et \u00e0 d\u00e9charge, cette id\u00e9e de transformer un \u00eatre en \u00e9tendard.<\/em><em> Ce livre en est un. Mais il n&rsquo;y a pas de h\u00e9ros, il y a beaucoup plus, il y a quelqu&rsquo;un que vous n&rsquo;avez jamais vu et \u00e0 qui vous avez manqu\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question du t\u00e9moignage en ouverture du r\u00e9cit est essentielle. Et c&rsquo;est ici que s&rsquo;op\u00e8re une divergence avec Perec : le rapport \u00e0 la fiction. Perec, on l&rsquo;a vu, noie le poisson, emm\u00eale compl\u00e8tement son r\u00e9cit primordial dans une fiction alambiqu\u00e9e, elliptique, dans un labyrinthe de portes dont certaines n&rsquo;ont pas de clef. C\u00e9cile Fargues de son c\u00f4t\u00e9 aborde son sujet dans la mati\u00e8re brute de l&rsquo;autobiographie : l&rsquo;<em>Avant-propos<\/em> (adresse au lecteur) et la <em>L&rsquo;\u00eatre ouverte<\/em> (destin\u00e9e \u00e0 S\u00e9bastien) qui pr\u00e9c\u00e8dent la partie narrative intitul\u00e9e <em>Fragments<\/em> placent le r\u00e9cit dans une r\u00e9alit\u00e9 factuelle et historique (avec une petite \u00ab\u00a0hache\u00a0\u00bb). Plus encore, le paratexte entier (il y a \u00e9galement un\u00a0<em>\u00c9pilogue<\/em>) est le r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;une certaine forme de vocation litt\u00e9raire, un chemin possible &#8212; mais non recherch\u00e9 &#8212; sur la voie de l&rsquo;\u00e9criture et de l&rsquo;amour.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ce matin, en me r\u00e9veillant, j&rsquo;ai trouv\u00e9 sur la table juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon lit une liasse de papiers r\u00e9unis, agraf\u00e9s, petit pav\u00e9 blanc immacul\u00e9s. Je l&rsquo;ai pris. Il m&rsquo;a fallu le tourner et le retourner plusieurs fois dans ma main, l&rsquo;ouvrir, lire des mots au hasard, le refermer, le poser, le reprendre&#8230; pour le reconna\u00eetre enfin. Derri\u00e8re son air d\u00e9finitif, il y avait Toi, moi, les mots que depuis des semaines je t&rsquo;\u00e9cris ici, l&rsquo;amour qui ne s&rsquo;en va jamais. Ils \u00e9taient soudain l\u00e0, tous, dans ma main. C&rsquo;\u00e9tait bien un livre, un vrai. Un que tu aurais pu toucher.. [&#8230;] Et c&rsquo;est comme si soudain t&rsquo;\u00e9tait rendu tout ce qui t&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 pris. Un poids, une place. Enfin.<\/em><\/p>\n<p><cite style=\"text-align: justify;\">p.117<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En y repensant, le ton du r\u00e9cit est assez \u00e9trange : on pourrait penser que le r\u00e9cit se d\u00e9roule avec une sorte de d\u00e9tachement, de distance, de pudeur. Il y a en effet un d\u00e9calage entre la violence des sc\u00e8nes qui sont insupportables et la sensation d&rsquo;une neutralit\u00e9 de ton dans lequel l&rsquo;effroi, la col\u00e8re auraient refus\u00e9 de s&rsquo;installer, d\u00e9finitivement. Cette distanciation n&rsquo;a pas vocation d&rsquo;objectiver le r\u00e9cit, d&rsquo;en faire une approche clinique ou sociologique &#8212; comme il est de mode de restituer la sordidit\u00e9 ces derniers temps &#8212;\u00a0 mais plut\u00f4t d&rsquo;aborder son objet de la fa\u00e7on la plus digne, la plus respectueuse, la plus humaine (\u00ab\u00a0<em>ce sentiment soudain du vivant<\/em>\u00ab\u00a0) de l&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;elle aime. Certaines sc\u00e8nes sont d&rsquo;une violence inou\u00efe qui nous assommerait, nous ferait quitter le livre, fermer les yeux, la conscience&#8230; mais qui, sous la plume de C\u00e9cile, restent lisibles. C&rsquo;est-\u00e0-dire visibles. Ne pas d\u00e9tourner le regard du r\u00e9el est proprement un fil conducteur du roman. Ne pas d\u00e9tourner le regard tout court : de l&rsquo;amour, de la crasse, de la beaut\u00e9 fragile&#8230;\u00a0Ne pas d\u00e9tourner le regard \u00ab\u00a0<em>\u00e0 s&rsquo;en fendre la r\u00e9tine<\/em>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est qu&rsquo;il en faut du&#8230; (je ne sais trouver le mot exact : courage, cran&#8230; paraissant trop faibles ; tout comme la narratrice ne sait trouver le son juste : \u00ab\u00a0<em>Ta bouche entrouverte, pas un cri ne sort de la mienne, tous les sons sont trop petits<\/em>\u00a0\u00bb p. 44) pour affronter du regard l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9, un autre enfant, se faire prendre salement par des b\u00eates sauvages : \u00ab\u00a0<em>Et il est l\u00e0, \u00e0 pr\u00e9sent, une moiti\u00e9 de sexe \u00e0 la main qui force tes reins. Tu essaies de te relever, poings ferm\u00e9s, mais sur ta nuque sa main p\u00e8se. Les \u00e9toiles, elles, s&rsquo;indiff\u00e8rent, pour cinquante balles, il te baise.<\/em>\u00a0\u00bb p.45).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a de l&rsquo;\u00e9l\u00e9gie (\u00e9tymologiquement <em>chant de mort<\/em>) dans ce Paul et Virginie au pays de la came, de la crasse et de la prostitution. De l&rsquo;\u00e9l\u00e9gie inverse pour reprendre un concept d&rsquo;Emmanuel Hocquard.:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>4 ter. L\u2019\u00e9l\u00e9gie est un po\u00e8me autobiographique.<br \/>\n5. L\u2019\u00e9l\u00e9gie parle du pass\u00e9.<br \/>\n6. Celui qui \u00e9crit des \u00e9l\u00e9gies est un po\u00e8te \u00e9l\u00e9giaque.<br \/>\n7. Il existe deux sortes de po\u00e8tes \u00e9l\u00e9giaques : les classiques et les inverses.<br \/>\n8. L\u2019\u00e9l\u00e9giaque inverse n\u2019est pas le contraire de l\u2019\u00e9l\u00e9giaque classique.<br \/>\n9. L\u2019\u00e9l\u00e9giaque classique rumine son pass\u00e9. L\u2019\u00e9l\u00e9giaque inverse le refait.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p><cite style=\"text-align: justify;\">Emmanuel Hocquard, mai 1998<br \/>\nCette histoire est la mienne \/ Petite dictionnaire autobiographique de l&rsquo;\u00e9l\u00e9gie<br \/>\nSource : <a href=\"http:\/\/www.cipmarseille.com\/publication_fiche.php?id=8aade07f5b91f2987a34ba227a0a652f\">Centre international de po\u00e9sie Marseille<\/a><\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car l\u00e0 est une des forces de ce texte (qui a, d&rsquo;un point de vue strictement litt\u00e9raire et selon le propre aveu de l&rsquo;auteur, des faiblesses) : cette histoire, pourtant brutale et crue ne tombe jamais dans le pi\u00e8ge du path\u00e9tique, ne rumine pas moralement ou socialement cette histoire, ne pousse jamais \u00e0 exprimer de la piti\u00e9 par ce regard biais\u00e9 &#8212; et r\u00e9trospectif &#8212; qui voudrait attirer toutes les compassions du monde, en faire une sorte de mythologie esth\u00e9tique postmoderne et urbaine de la d\u00e9ch\u00e9ance ((C\u00e9cile Fargue, dans un entretien accord\u00e9 \u00e0 Christian Domec, nous apprend qu&rsquo;un \u00e9diteur, ayant pignon sur rue, \u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 par le manuscrit sous r\u00e9serve d&rsquo;en d\u00e9tailler le c\u00f4t\u00e9 cru, sombre, sordide&#8230; Faire de cette histoire une banale proposition au voyeurisme market\u00e9 \u00e9tait le pi\u00e8ge attendu qui aurait fait de ce livre un livre comme on en trouve tant dans les rayons. Et C\u00e9cile Fargue, soucieuse de restituer son histoire au-del\u00e0 de toutes consid\u00e9rations commerciales a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se tourner vers un \u00e9diteur qui avait <em>vraiment lu <\/em>son histoire&#8230;)). La narratrice n&rsquo;invoque pas une quelconque r\u00e9demption car il n&rsquo;y a pas de faute, ne sert pas une quelconque morale car ce n&rsquo;est pas une fable&#8230; Il y a seulement des destins qui se croisent, se d\u00e9croisent. Il y a seulement quelqu&rsquo;un a recr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces, quelqu&rsquo;un \u00e0 aimer, \u00e0 tous les temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Je suis notre descendance<\/em> \u00bb dit-elle \u00e0 S\u00e9bastien. D\u00e9positaire d&rsquo;une l&rsquo;histoire qui a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire collective, elle est le fruit qui, au pr\u00e9sent, continue de semer ses graines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous l&rsquo;aurez compris, <em>Le souvenir de personne<\/em> est un livre d&rsquo;amour, un livre bien vivant, un livre qui chante la vie, la vie telle qu&rsquo;elle est et telle qu&rsquo;elle ne doit pas nous \u00e9chapper, f\u00fbt-ce en notre souvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Tout en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9gie je me suis rappel\u00e9 ce texte absolument saisissant de Michaux, texte dont je reparlerai, et qui dit au plus profond de la douleur l&rsquo;amour et la d\u00e9chirure de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9. J&rsquo;aurais bien lu en filigrane un bout de ce texte au d\u00e9but d&rsquo;un de ses chapitres (en t\u00eate desquels figurent des citations, tr\u00e8s justes \u00e9galement, de Pr\u00e9vert, le po\u00e8te pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de S\u00e9bastien).<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\"><em>Riche d\u2019un amour imm\u00e9rit\u00e9, riche qui s\u2019ignorait avec l\u2019inconscience des poss\u00e9dants, j\u2019ai perdu d\u2019\u00eatre aim\u00e9. Ma fortune a fondu en un jour.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps d\u00e9licieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n\u2019est plus, prend, et son absence d\u00e9voratrice me mange et m\u2019envahit. <\/em><\/p>\n<p><cite style=\"text-align: justify;\">Henri Michaux,<em> Nous deux encore<br \/>\n<\/em><\/cite><\/p><\/blockquote>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Poursuivre le chemin<\/h3>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/l-etre-ouverte.blogspot.fr\/\" target=\"_blank\">Le blog de C\u00e9cile Fargue qui pr\u00e9c\u00e9da le livre<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/billets.domec.net\/post\/2010\/10\/05\/Bienvenue-aux-lectrices-et-lecteurs-du-Souvenir-de-personne\" target=\"_blank\">La page consacr\u00e9e aux lecteurs et lectures du Souvenir de personne <\/a>et il en est beaucoup de passionnants \u00e0 lire, comme autant de regards s&rsquo;\u00e9veillant au contact du livre.<\/li>\n<li>Pour commander le livre aux <a href=\"http:\/\/billets.domec.net\/post\/2010\/10\/05\/Bienvenue-aux-lectrices-et-lecteurs-du-Souvenir-de-personne\" target=\"_blank\">Penchants du roseau<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.editions-man.com\/\">Pour le commander aux \u00e9ditions m@n<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le souvenir de personne est un livre d&rsquo;amour, un livre bien vivant, un livre qui chante la vie, la vie telle qu&rsquo;elle est et telle qu&rsquo;elle ne doit pas nous \u00e9chapper, f\u00fbt-ce en notre souvenir.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3845,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[86,382,14,246,19,346,23,152],"tags":[217,498,394],"class_list":["post-2760","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-bernardin-de-saint-pierre","category-fargue-schouler-cecile","category-lecture","category-les-penchants-du-roseau","category-perec","category-recit","category-roman","category-une","tag-deuil","tag-discours-amoureux","tag-elegie"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/lsp_couverture_1_400.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2760","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2760"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2760\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4340,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2760\/revisions\/4340"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3845"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2760"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2760"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2760"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}