{"id":2641,"date":"2013-02-03T13:48:31","date_gmt":"2013-02-03T12:48:31","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=2641"},"modified":"2013-03-03T22:58:27","modified_gmt":"2013-03-03T21:58:27","slug":"chant-runique-du-vide-pierre-cendors","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=2641","title":{"rendered":"Chant runique du vide &#8212; Pierre Cendors"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<h3>Chant runique du vide<\/h3>\n<h4>Pierre Cendors,<br \/><a href=\"http:\/\/www.eclatsdencre.com\/\">\u00c9ditions \u00c9clats d&rsquo;encre<\/a>, 2010<br \/><a href=\"http:\/\/www.eclatsdencre.com\/maison-edition-eclats-encre,livre,162.php\">Commander le livre<\/a><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2846\" alt=\"Chant runique du vide, Pierre Cendors, Ed. Eclats d'encre\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/chantrunique-227x350.jpg\" width=\"227\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/chantrunique-227x350.jpg 227w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/chantrunique-150x231.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/chantrunique-200x308.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/chantrunique-400x616.jpg 400w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/chantrunique.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 227px) 100vw, 227px\" \/><\/div>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ceux qu&rsquo;elle aura choisis, c&rsquo;est peu de visiter la Bretagne. Il faut la quitter en souhaitant d&rsquo;y vivre, l&rsquo;oreille coll\u00e9e contre ce profond coquillage en rumeur. Et son appel est celui d&rsquo;un clo\u00eetre au mur d\u00e9fonc\u00e9 vers le large : <strong>la mer, le vent, la terre nue et rien. C&rsquo;est ici une province de l&rsquo;\u00e2me.<\/strong> ((Cet extrait de la citation de Gracq est l&rsquo;incipit du recueil de po\u00e8mes de Pierre Cendors<em>.<\/em>)) \u00abLes Celtes, \u00e9crit Flaubert dans Salammb\u00f4, regrettaient trois pierres brutes, sous un ciel toujours pluvieux, au fond d\u2019un golfe rempli d\u2019\u00eelots ((Voici la citation de Flaubert dans son contexte initial, \u00e0 savoir les diff\u00e9rents rites fun\u00e9raires des contr\u00e9es et civilisations lointaines :<br \/>\u00ab<em> Les Grecs, avec la pointe de leurs glaives, creus\u00e8rent des fosses. Les Spartiates, retirant leurs manteaux rouges, en envelopp\u00e8rent les morts\u00a0; les Ath\u00e9niens les \u00e9tendaient la face vers le soleil levant\u00a0; les Cantabres les enfouissaient sous un monceau de cailloux\u00a0; les Nasamons les pliaient en deux avec des courroies de b\u0153ufs, et les Garamantes all\u00e8rent les ensevelir sur la plage, afin qu\u2019ils fussent perp\u00e9tuellement arros\u00e9s par les flots. Mais les Latins se d\u00e9solaient de ne pas recueillir leurs cendres dans les urnes\u00a0; les Nomades regrettaient la chaleur des sables o\u00f9 les corps se momifient, et les Celtes, trois pierres brutes, sous un ciel pluvieux, au fond d\u2019un golfe plein d\u2019\u00eelots. <\/em>\u00bb<em><br \/>Salammb\u00f4<\/em>, G. Flaubert, Ch. XII<br \/>A noter que cette citation est reprise \u00e9galement par Pierre Loti, dans <em>Mon fr\u00e8re Yves<\/em>, avec lequel Pierre Cendors partage une affection pour les grands espaces vides, avec pour preuve, et ce sera le dernier intertexte\u00a0 ench\u00e2ss\u00e9, ces extraits de <em>P\u00eacheur d&rsquo;Islande\u00a0<\/em>:<br \/>\u00ab <em>Mais c\u2019\u00e9tait une lumi\u00e8re p\u00e2le, p\u00e2le, qui ne ressemblait \u00e0 rien ; elle tra\u00eenait sur les choses comme des reflets de soleil mort. Autour d\u2019eux, tout de suite commen\u00e7ait un vide immense qui n\u2019\u00e9tait d\u2019aucune couleur, et en dehors des planches de leur navire, tout semblait diaphane, impalpable, chim\u00e9rique. <\/em><br \/><em>L\u2019\u0153il saisissait \u00e0 peine ce qui devait \u00eatre la mer : d\u2019abord cela prenait l\u2019aspect d\u2019une sorte de miroir tremblant qui n\u2019aurait aucune image \u00e0 refl\u00e9ter ; en se prolongeant, cela paraissait devenir une plaine de vapeur, \u2013 et puis, plus rien ; cela n\u2019avait ni horizon ni contours.<\/em>\u00bb p. 15<br \/> \u00ab <em>Et cette \u00e9claircie \u00e9tait triste \u00e0 regarder ; ces lointains entrevus, ces \u00e9chapp\u00e9es serraient le c\u0153ur davantage en donnant trop bien \u00e0 comprendre que c\u2019\u00e9tait le m\u00eame chaos partout, la m\u00eame fureur \u2013 jusque derri\u00e8re ces grands horizons vides et infiniment au del\u00e0 : l\u2019\u00e9pouvante n\u2019avait pas de limites, et on \u00e9tait seul au milieu !<\/em> \u00bb p. 80)).\u00a0 \u00bb<\/p>\n<p><cite>Julien Gracq, <em>Lettrines,<\/em> Ed. Corti, 1967<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le recueil place le pr\u00e9lude de son chant dans un contexte &#8211; et un intertexte &#8211; qui se tient \u00e0 l&rsquo;aplomb du large, au-dessus du grand vide, de ce d\u00e9nuement qui emprunte l&rsquo;\u00e9paisseur aux seuls \u00e9l\u00e9ments ; l&rsquo;horizon et le livre ouverts. Trois parties (\u00ab\u00a0Chant runique du vide\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0L&rsquo;errance du vide\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0L&rsquo;intime du large\u00a0\u00bb, les textes ont parus ant\u00e9rieurement dans plusieurs revues) jalonnent ce qu&rsquo;il faut d\u00e9j\u00e0 entrevoir comme un voyage initiatique, une qu\u00eate d&rsquo;un lieu ou d&rsquo;un \u00e9tat originel qui demande de se d\u00e9sabriter (pour reprendre un th\u00e8me qui m&rsquo;est cher), de se d\u00e9poss\u00e9der des strates, des habits que nous arborons pour singulariser notre personnalit\u00e9, que sont le langage, \u00ab\u00a0<em>ce fouissement verbeux\u00a0\u00bb<\/em>, les le\u00e7ons apprises (\u00ab\u00a0Un <em>peu d&rsquo;ignorance pour que la connaissance devienne adulte<\/em>\u00ab\u00a0), le \u00ab\u00a0<em>d\u00e9racinement visuel\u00a0\u00bb <\/em>des villes&#8230;<!--more--><\/p>\n<h2>Chant runique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut d&rsquo;abord faire une halte. Ne pas pr\u00e9cipiter la lecture migratoire et faire r\u00e9sonner le titre. Chant runique : cette expression, dans un premier \u00e9lan de r\u00e9flexion, me paraissait \u00eatre la rencontre paradoxale et conflictuelle entre ce qui est de l&rsquo;ordre du phonatoire, le chant, cette vibration en pr\u00e9sence et ce qui ne sont que des unit\u00e9s d&rsquo;\u00e9criture, ces minuscules cosses vides de signifi\u00e9 et impronon\u00e7ables que les lettres alphab\u00e9tiques, les runes. La rencontre de ces deux oppositions\u00a0 me semblait \u00e9noncer l&rsquo;aporie essentielle de la po\u00e9sie : l&rsquo;impossibilit\u00e9 de faire chanter la lettre \u00e9crite car po\u00e9sie est chant, est vocable (pour reprendre un terme cher \u00e0 Jab\u00e8s), est vibration de la glotte autant que de l&rsquo;air. Mais aussi : est silence entre le chant et le champ de vision, est rythme, rythmicit\u00e9 (terme que j&#8217;emprunte \u00e0 Deleuze et qui dit cette fa\u00e7on de nier et d&rsquo;\u00e9pouser le rythme tout \u00e0 la fois). Mais encore : l&rsquo;expression oppose l&rsquo;unique au multiple, le rassembl\u00e9 au diss\u00e9min\u00e9, l&rsquo;arrangement syntagmatique aux \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une combinatoire possible mais non advenue. Mais \u00e7a, c&rsquo;\u00e9tait avant que je ne rentre dans l&rsquo;univers, \u00f4 combien vaste, des runes et de la mythologie nordique qui l&rsquo;accompagne.<\/p>\n<div class=\"bloc_flottant\" style=\"width:250px; float:right; \" >\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">Je sais que je pendis ((La traduction est de Boyer. Comme tout texte fondateur, il y a beaucoup de batailles dans les traductions.))<br \/> A l&rsquo;arbre battu des vents<br \/> Neuf nuits pleines,<br \/> Navr\u00e9 d&rsquo;une lance<br \/> Et donn\u00e9 \u00e0 \u00d3dinn,<br \/> Moi-m\u00eame \u00e0 moi-m\u00eame donn\u00e9,<br \/> A cet arbre<br \/> Dont nul ne sait<br \/> D&rsquo;o\u00f9 proviennent les racines.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Point de pain ne me remirent<br \/> Ni de corne ;<br \/> Je scrutai en dessous,<br \/> je ramassai les runes,<br \/> Hurlant les ramassai,<br \/> De l\u00e0, retombai.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Neuf chants supr\u00eames<br \/> J&rsquo;appris du fils renomm\u00e9<br \/> De B\u00f6lthorn, p\u00e8re de Bestla,<br \/> Et je pus boire<br \/> Du pr\u00e9cieux hydromel<br \/> Puis\u00e9 dans \u00d3drerir.<\/p>\n<p><cite>H\u00e1vam\u00e1l (Les Dits du Tr\u00e8s Haut)<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car les runes ne sont pas que des graph\u00e8mes, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;alphabet latin, les noms des lettres ont un sens singulier interne. En un sens, les runes gardent le souvenir de leur origine pictogrammique quand l&rsquo;\u00e9criture latine en a coup\u00e9 les ponts. Les runes sont les gardiens de secrets ancestraux (<em>r\u016bn<\/em> en vieux nordique et en islandais signifie secret, mot que l&rsquo;on retrouve dans le verbe allemand <em>raunen<\/em> : chuchoter, murmurer) et leurs origines mythologiques leur octroient non pas des pouvoirs occultes (les odinistes r\u00e9cusent ce mot, il est vrai galvaud\u00e9 dans la litt\u00e9rature occultiste) mais des propri\u00e9t\u00e9s \u00e9sot\u00e9riques, doucement magiques qu&rsquo;il convient de r\u00e9veiller, de convoquer, par le chant. Pour comprendre ces origines il faut aller fouiller parmi un des textes fondateurs de la mythologie nordique : le po\u00e8me<em> H\u00e1vam\u00e1l (<em>Les Dits du Tr\u00e8s Haut<\/em>)<\/em>, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment la deuxi\u00e8me partie de ce po\u00e8me : le <em>R\u00fanatal <\/em>dans lequel Odin raconte la fa\u00e7on dont il d\u00e9couvrit le secret des runes (lire \u00e0 droite).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Bien s\u00fbr comme tout texte fondateur d&rsquo;une cosmogonie, les interpr\u00e9tations sont autant l\u00e9gions qu&rsquo;il y a de mots dans le texte, mais ce qu&rsquo;il faut noter : c&rsquo;est la part sacrificielle de celui qui part en qu\u00eate (l\u00e0 encore), le n\u00e9cessaire abandon de soi-m\u00eame \u00e0 soi-m\u00eame donn\u00e9, et l&rsquo;attachement quasi-obstin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arbre dont les racines sont perdues. D\u00e9racinement de soi-m\u00eame \u00e0 soi-m\u00eame, abandon de soi dans la faim et la soif. Hurlement et chute. C&rsquo;est un des chemins qu&#8217;emprunte le chaman pour acc\u00e9der aux secrets que nos yeux ne peuvent pas voir&#8230; En po\u00e9sie, d&rsquo;Odin \u00e0 Rimbaud (ou \u00e0 Cendors), il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross.jpg\" rel=\"lightbox[2641]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-2720 aligncenter\" title=\"Looking towards Maam Cross - Source : http:\/\/www.littlebitofblue.com\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross-1024x646.jpg\" width=\"650\" height=\"409\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross-1024x646.jpg 1024w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross-350x220.jpg 350w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross-150x94.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross-200x126.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross-400x252.jpg 400w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross-800x505.jpg 800w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross-1200x757.jpg 1200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamcross.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst.png\" rel=\"lightbox[2641]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2705\" alt=\"maamionaunst\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst-226x350.png\" width=\"226\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst-226x350.png 226w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst-662x1024.png 662w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst-150x231.png 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst-200x309.png 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst-400x618.png 400w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst-800x1236.png 800w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst-1200x1854.png 1200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/maamionaunst.png 1348w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Maam Unst Iona<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces trois mots apparaissent et reparaissent dans le recueil comme la scansion psalmodi\u00e9e d&rsquo;un chant runique. Trois mots aux consonances et aux correspondances \u00e9tranges, \u00ab\u00a0<em>comme des rocs scell\u00e9s dans leur chute<\/em>\u00ab\u00a0. Trois mots myst\u00e9rieux comme trois gouttes de sang dans la neige. Pourtant derri\u00e8re ces phon\u00e8mes se cache une r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9ographique : ces noms d\u00e9signent trois lieux parsemant le Royaume Uni, d&rsquo;Irlande en Ecosse : Maam Cross\u00a0 est un carrefour, la rencontre de plusieurs routes traversant le Connemara, desservi par une gare. Unst est la derni\u00e8re \u00eele peupl\u00e9e, mais n\u00e9anmoins sauvage, et la plus septentrionale de l&rsquo;archipel des Shetland. Iona est une petite \u00eele d&rsquo;Ecosse de 120 \u00e2mes qui est v\u00e9ritablement le berceau du Christianisme en Ecosse. Qu&rsquo;ont en commun ces trois lieux, hormis leur isolement, leur \u00e9loignement certain de la civilisation ? Aussi curieux que cela puisse para\u00eetre, lorsque l&rsquo;on relie ces trois lieux (voir la carte) on obtient une ligne parfaitement droite. Le choix de ces runes n&rsquo;est pas uniquement sonore, il r\u00e9v\u00e8le un myst\u00e8re de la g\u00e9ographie, il trace un chemin, une correspondance entre le lieu de tous les chemins (le carrefour Maam), le lieu de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 (la <em>finisterre<\/em> Unst) et le lieu d\u00e9tach\u00e9 de tout (l&rsquo;\u00eele Iona). Le chant runique du vide est un chant d&rsquo;itin\u00e9raire autant que d&rsquo;initiation qui apprend m\u00e9thodiquement \u00e0 se d\u00e9pouiller de soi pour atteindre \u00ab\u00a0<em>ce grand vide qui n&rsquo;est pas le n\u00e9ant<\/em> &#8211; Lao Tseu\u00a0\u00bb. Il y a autant de bizarreries dans le langage que dans les lieux que nous cr\u00e9ons : l&rsquo;homme \u00e9crit \u00e0 la surface du globe comme un scribe g\u00e9ographe (et on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici du rapport \u00e9troit qu&rsquo;entretient Pierre Cendors \u00e0 la g\u00e9ographie, sujet qui pourrait \u00e0 lui-seul nourrir une th\u00e8se), il trace des lignes, lisse des courbes, inscrit des runes spatiaux sans m\u00eame le savoir, tout comme Monsieur Jourdain. Ce sont des hasards sans importance, dont le sens, s&rsquo;il y en a un, nous \u00e9chappe totalement. Mais on peut suivre ces hasards, emprunter ces itin\u00e9raires qui disent une part du secret dans l&rsquo;intime, ces hasards qui nous font oublier peu \u00e0 peu d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on vient et qui floute l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de destination. L&rsquo;\u00eatre au monde n&rsquo;est pas au carrefour, ni \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 des terres, ni encercl\u00e9 par la mer. Ce n&rsquo;est pas non plus la ligne qui les relierait tous. L&rsquo;\u00eatre au monde c&rsquo;est :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<div class=\"bloc_flottant\" style=\"width:250px; margin-left: auto; margin-right: auto;\" >\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\">En ce lieu sans chemins<br \/> Seul d&rsquo;aventure<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L&rsquo;exil\u00e9 <span class=\"espaceinsecable\" style=\"display:inline; margin-right:100px\" >\u00a0<\/span>l&rsquo;affam\u00e9<br \/> en qu\u00eate d&rsquo;un pas<br \/><span class=\"espaceinsecable\" style=\"display:inline; margin-right:160px\" >\u00a0<\/span>premier<br \/> qui en l&rsquo;homme d\u00e9passe<br \/><span class=\"espaceinsecable\" style=\"display:inline; margin-right:160px\" >\u00a0<\/span>l&rsquo;homme<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Peu viennent ici<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut aussi insister sur le parcours emprunt\u00e9 par la langue dans ce cheminement car la langue dans ce recueil est un obstacle qu&rsquo;il faut franchir, des entraves dont il faut se d\u00e9lier\u00a0 : \u00ab\u00a0<em>Encore trop de mots<\/em> | <em>pour dire<\/em> | <em>ce vide lucide.<\/em>\u00a0\u00bb La langue aussi doit se sacrifier, s&#8217;emmarginer, rejoindre \u00ab\u00a0<em>le silence mental<\/em> | <em>des corbeaux<\/em>\u00ab\u00a0. Se d\u00e9pouiller au point de perdre tout verbe actant : du d\u00e9part qui n\u00e9cessite l&rsquo;action, du remuement de soi dans le voyage\u00a0 jusqu&rsquo;\u00e0 la contemplation ultime de cette \u00ab\u00a0<em>Image temple<\/em>\u00a0\u00bb qui cl\u00f4t le recueil, la langue se tarit doucement en \u00ab\u00a0<em>un grave et lent m\u00fbrissement de ces jours<\/em>\u00ab\u00a0. Cette recherche du silence ne s&rsquo;inscrit pas dans un mouvement menant au mutisme, \u00e0 l&rsquo;aphasie mais, comme dans la philosophie tao\u00efste dont il est fait mention, elle figure et reproduit le mouvement qui consiste \u00e0 aller cherche ce qui s&rsquo;inscrit dans le vide, plut\u00f4t que dans le plein, \u00e0 inscrire en relief ce qui, en creux, n&rsquo;offre aucune asp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce <em>Chant runique du vide<\/em>, m&rsquo;a \u00e9mu profond\u00e9ment autant qu&rsquo;il a agi en moi (\u00ab\u00a0<em>reste ici <\/em>| <em>pour te quitter <\/em>| <em> attends d&rsquo;\u00eatre agi<\/em>\u00ab\u00a0) et fait m\u00fbrir de secr\u00e8tes envies d&rsquo;\u00e9vasions int\u00e9rieures.<\/p>\n<hr style=\"width: 55%;\" width=\"55%\" \/>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Poursuivre le voyage&#8230;<\/h2>\n<ul>\n<li>Pour lire un extrait ou commander le livre<a href=\"http:\/\/www.eclatsdencre.com\/Chant+runique+du+vide,livre,162.php?PHPSESSID=63d56d2307815889ff6918467dcdd2a7\" target=\"_blank\"> sur le site de l&rsquo;\u00e9ditrice<\/a><\/li>\n<li>Lire cette excellente notule <a href=\"http:\/\/www.delitteris.com\/notules\/chant-runique-du-vide\/\" target=\"_blank\">sur le blog de De litteris<\/a><\/li>\n<li>Comme pour dire le creux, la rigueur du voyage (et de la po\u00e9sie), il y a peu de recension de ce recueil indispensable&#8230;<br \/>A vous d&rsquo;\u00e9crire la v\u00f4tre !!!<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois parties jalonnent ce qu&rsquo;il faut d\u00e9j\u00e0 entrevoir comme un voyage initiatique, une qu\u00eate d&rsquo;un lieu ou d&rsquo;un \u00e9tat originel qui demande de se d\u00e9sabriter, de se d\u00e9poss\u00e9der des strates, des habits que nous arborons pour singulariser notre personnalit\u00e9, que sont le langage, \u00ab\u00a0ce fouissement verbeux\u00a0\u00bb, les le\u00e7ons apprises (\u00ab\u00a0Un peu d&rsquo;ignorance pour que la connaissance devienne adulte\u00a0\u00bb), le \u00ab\u00a0d\u00e9racinement visuel\u00a0\u00bb des villes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2846,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26,188,212,195,14,20,152],"tags":[222,515,221,513,512],"class_list":["post-2641","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-auteurs","category-cendors","category-eclats-dencre","category-editeurs","category-lecture","category-poesie","category-une","tag-initiation","tag-odinisme","tag-solitude","tag-taoisme","tag-voyage"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/chantrunique.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2641","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2641"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2641\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2846"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2641"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2641"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2641"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}