{"id":2508,"date":"2012-10-04T00:50:34","date_gmt":"2012-10-03T23:50:34","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=2508"},"modified":"2014-07-11T11:25:30","modified_gmt":"2014-07-11T10:25:30","slug":"lhomme-cache-pierre-cendors","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=2508","title":{"rendered":"L&rsquo;homme cach\u00e9 &#8212; Pierre Cendors"},"content":{"rendered":"<div class=\"livre\">\n<h3>L&rsquo;homme cach\u00e9, romans,<\/h3>\n<h4>Pierre Cendors<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.finitude.fr\">Editions Finitude<\/a>, 2006<\/h4>\n<p><strong><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2452 alignnone\" title=\"L'homme cach\u00e9, Pierre Cendors, Editions Finitude\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/lhommecache.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/lhommecache.jpg 210w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/lhommecache-150x214.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/lhommecache-200x285.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/><\/em><\/strong><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous ai racont\u00e9 <a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2012\/06\/15\/a-la-rencontre-dun-livre\/\">comment j&rsquo;ai d\u00e9couvert<\/a>, par le plus grand des hasards, Pierre Cendors et son premier roman : <em>L&rsquo;homme cach\u00e9<\/em>. Maintenant que j&rsquo;ai app\u00e2t\u00e9 l&rsquo;auditoire, je ne peux plus me soustraire \u00e0 en dire davantage, \u00e0 argumenter ce que je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;esquisser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;homme cach\u00e9<\/em> sous-titr\u00e9 <em>romans<\/em> (un clin d\u2019\u0153il assum\u00e9 \u00e0\u00a0<em>La vie mode d&#8217;emploi<\/em> de P\u00e9rec) est un ensemble <em>artificiel<\/em> de quatre histoires\/nouvelles\/romans ayant un lien commun les unes avec les autres : \u00e9tablir la biographie du romancier et po\u00e8te Endsen disparu dans \u00ab\u00a0de troubles circonstances\u00a0\u00bb \u00e0 Pragues. L&rsquo;intrigue en soi n&rsquo;a rien de bien originale et myst\u00e9rieuse &#8211; si ce n&rsquo;est que le nom d&rsquo;Endsen, aux sonorit\u00e9s qui pourraient sembler\u00a0pourtant famili\u00e8res, ne titille en rien notre cortex litt\u00e9raire et l&rsquo;on devine ais\u00e9ment qu&rsquo;il s&rsquo;agit, pour nous,\u00a0 lecteurs, de partir \u00e0 la recherche d&rsquo;un auteur fictif, peut-\u00eatre m\u00eame de celui-l\u00e0 qui a \u00e9crit ce livre que nous tenons (<em>L&rsquo;homme cach\u00e9<\/em> \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme le seul et\u00a0 unique roman du po\u00e8te Edsen ((Le seul roman d&rsquo;un po\u00e8te nous conduit n\u00e9cessairement \u00e0 penser aux <a style=\"text-align: justify;\" href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2008\/10\/08\/une-page-dans-un-courant-dair-les-cahiers-de-malte-laurids-brigge\/\">Cahiers de Malte Laurids Brigge<\/a> qui fut le seul roman de R.M. Rilke. L&rsquo;extrait pr\u00e9sent\u00e9 dans ce labyrinthe offre une r\u00e9sonance \u00e9trange \u00e0 ce petit roman : \u00ab <em>Mal\u00adgr\u00e9 ma peur je suis pour\u00adtant pareil \u00e0 quelqu\u2019un qui se tient devant de grandes choses, et je me sou\u00adviens que, autre\u00adfois, je sen\u00adtais en moi des lueurs sem\u00adblables lorsque j\u2019allais \u00e9crire. Mais cette fois je serai \u00e9crit. Je suis l\u2019impression qui va se trans\u00adpo\u00adser.<\/em> \u00bb)).) Au-del\u00e0 de cette apparente simplicit\u00e9 vont se nouer dans ce livre, mais au-del\u00e0 dans les <em>Fragments Solander<\/em> qui en est la suite, des liens architecturaux d&rsquo;une complexit\u00e9 que je comparerais ais\u00e9ment aux \u00e9chafaudages qui permirent de construire la tour de Babel &#8211; origine mythologique de la division de la langue &#8211; ou au labyrinthe mythologique de Minos qui servit d&rsquo;\u00e9cran-\u00e9crin au Minotaure, le monstre engendr\u00e9 par la parole perdue. Le livre, comme le sugg\u00e8re la couverture, est essentiellement labyrinthique mais le d\u00e9dale dans lequel nous entra\u00eenent les diff\u00e9rents narrateurs de <em>L&rsquo;homme cach\u00e9<\/em> est d&rsquo;une nature autre que celle que nous lui connaissons usuellement.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Le centre absent du roman<\/h2>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si nous cherchons quelque-chose, le labyrinthe est l&rsquo;endroit le plus favorable \u00e0 la recherche.<\/em><cite>O. Wells<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;incipit du roman &#8211; qui pourrait \u00eatre celui de ce blog &#8211; donne deux clefs essentielles \u00e0 sa lecture. La premi\u00e8re, c&rsquo;est que pour que quelque chose soit cherch\u00e9e il faut d&rsquo;abord que cette chose soit perdue, absente, cach\u00e9e. Pas simplement \u00e9gar\u00e9e, mais perdue et scell\u00e9e dans le plus inextricable de l&rsquo;histoire, dans les m\u00e9andres les plus complexes de la m\u00e9moire. Car on ne cherche ni ne trouve rien dans les coulisses de l&rsquo;\u00e9vidence, dans les abords du soup\u00e7onnable, qui ne soit d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 auparavant. Le Graal est n\u00e9cessairement plus difficile \u00e0 trouver quand il ressemble \u00e0 n&rsquo;importe quelle coupe, \u00e0 n&rsquo;importe quel pot en terre. Le clinquant est toujours d\u00e9j\u00e0 un aveu et une tricherie, comme lorsque nous \u00e9tions enfants, et qu&rsquo;au cours de parties de cache-cache interminables, nous faisions du bruit afin d&rsquo;\u00eatre trouv\u00e9s plus rapidement parce que, enfin ! c&rsquo;est beaucoup plus amusant de chercher que d&rsquo;\u00eatre trouv\u00e9. Un auteur, fut-il mythique, fut-il aur\u00e9ol\u00e9 de mysticisme, l&rsquo;est davantage quand, homme parmi les ombres, il ne prend pas l&rsquo;apparence, la posture d&rsquo;un \u00e9crivain, quand sa propre vie ne se r\u00e9sume qu&rsquo;\u00e0 son \u0153uvre, homme parmi les hommes, \u0153uvre parmi les livres d&rsquo;une biblioth\u00e8que.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde clef, c&rsquo;est que la qu\u00eate est n\u00e9cessairement quelque chose qui se m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9difice en construction. L&rsquo;\u00e9crivain n&rsquo;est pas simplement cet architecte qui, en bon ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre, v\u00e9rifie la validit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9difice en regard d&rsquo;un plan pr\u00e9alablement con\u00e7u, coordonne l&rsquo;avanc\u00e9e des travaux, ordonnance telle ou telle intervention&#8230; On ne cr\u00e9e pas un lieu, un roman si on ne l&rsquo;habite pas, si on ne s&rsquo;y sent pas traqu\u00e9 ou abrit\u00e9, si on s&rsquo;y sent pas vivant parmi les morts. On n&rsquo;y trouve rien si on ne s&rsquo;y sent pas noy\u00e9, perdu, cach\u00e9, toujours d\u00e9j\u00e0 sur le point de trouver au moment d&rsquo;en \u00eatre exclu. Il faut, tour \u00e0 tour, balader et se faire balader par l&rsquo;objet de la qu\u00eate, du d\u00e9sir. C&rsquo;est un autre jeu de cache-cache que l&rsquo;auteur, et par la suite le lecteur, doit accepter. Sans tricher. Dit autrement, le labyrinthe est le lieu qui r\u00e9fute l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de centre, chaque carrefour \u00e9tant une clef centrale qui donne acc\u00e8s \u00e0 d&rsquo;autres carrefours, d&rsquo;autres centres&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce roman\/labyrinthe priv\u00e9 de centre propre, dont le centre est par nature excentr\u00e9 de toute part, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Maurice Blanchot, \u00e0 <em>L\u2019Espace litt\u00e9raire<\/em>, \u00e0 son <em>Livre \u00e0 venir<\/em> dans lesquels l&rsquo;auteur, figure de l&rsquo;absence, est totalement exclu &#8211; d\u00e9sappropri\u00e9 &#8211; de l\u2019\u0153uvre autant qu&rsquo;il en est le centre d\u00e9centr\u00e9. Le centre dans ce roman, quand on pense en saisir un, est un \u00e9ternel trompe-l\u2019\u0153il : est-ce Endsen lui-m\u00eame, ou son \u0153uvre ? Est-ce Solander, le nom de cette personne qui, fuyant son propre nom, le montre sur tous les tableaux qu&rsquo;il peint comme \u00e9tant la destination ultime de tous les voyages entrepris, est-ce la lettre K, la onzi\u00e8me, qui r\u00e9sonne comme une oraison fun\u00e8bre et qui\u00a0 nous plonge dans l&rsquo;univers kafka\u00efen du Ch\u00e2teau, dans les complots tch\u00e8ques de Milan Kundera ? Endsen est-il mort <em>et<\/em> vivant ? Est-il r\u00e9el <em>et<\/em> fictif ? avec dans ce \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb la r\u00e9sonance d&rsquo;un \u00ab\u00a0ou\u00a0\u00bb quantique (ch\u00e8re au chat de Schr\u00f6dinger), la vibration d&rsquo;un \u00e9tat alternatif, inanticipable et ind\u00e9cidable. Endsen dont on apprend par la suite, dans Les Fragments Solander, une des significations (on peut largement supposer, avec Cendors, que d&rsquo;autres pourraient jaillir) : la fin du r\u00eave&#8230; Ainsi Endsen serait ce r\u00eave que nous venons de croiser dans notre sommeil finissant : ni tout \u00e0 fait r\u00e9veiller, ni tout \u00e0 fait somnolant, notre esprit h\u00e9site \u00e0 remettre en question ce qui paraissait si \u00e9pais, si opaque, si pr\u00e9sent dans nos songes.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/IMG_08041.jpg\" rel=\"lightbox[2508]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" title=\"David et Goliath d'apr\u00e8s Caravage, Ernest Pignon Ernest, Napples, 1988\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/IMG_08041-262x350.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"350\" \/><\/a>Le roman, ce trompe-l&rsquo;oeil<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;intertextualit\u00e9 dans ce roman est un autre labyrinthe de la langue qui surplombe celui de l&rsquo;intrigue : c&rsquo;est une biblioth\u00e8que sous-jacente qui irrigue le roman, tant et si bien que nous pouvons \u00ab\u00a0raccrocher\u00a0\u00bb Endsen \u00e0 l&rsquo;auteur que le lecteur appr\u00e9cie le plus : ce peut \u00eatre Rimbaud, Rilke, Kafka, Celan, Artaud, Jab\u00e8s, Borges, Calvino, Blanchot, Daumal, Auster&#8230; J&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 Transtr\u00f6mer \u00e9galement mais peut-\u00eatre est-ce parce que je le lisais en parall\u00e8le sur le moment et que certains mots (ils sont si nombreux, ces mots !) semblaient faire \u00e9cho \u00e0 ce roman (ou bien \u00e9tait-ce l&rsquo;inverse ?). Car la vraie magie de ce roman vient de de cette capacit\u00e9 \u00e0 rendre \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb la multitude de trompe-l\u2019\u0153il que Cendors s&rsquo;amuse \u00e0 nous mettre sous le nez, quitte \u00e0 les d\u00e9mystifier par la suite. Je lisais, dans le r\u00e9cent Magazine litt\u00e9raire d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Borg\u00e8s, un article sur son usage du trompe-l\u2019\u0153il en litt\u00e9rature et notamment sa facult\u00e9 de brouiller les pistes fictives par des strates infinies de pistes \u00ab\u00a0savantes\u00a0\u00bb ((\u00ab <em>A cela<\/em> (l&rsquo;utilisation de l&rsquo;essai pour accroitre l&rsquo;impression de r\u00e9alit\u00e9) <em>s&rsquo;ajoute l&rsquo;imbrication du factuel et du fictionnel : sertis, par le jeu d&rsquo;une \u00e9rudition trompeuse, dans un contexte reconnaissable, les textes de ces auteurs suppos\u00e9s acqui\u00e8rent une r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;emprunt.<\/em> \u00bb\u00a0 Magazine Litt\u00e9raire, juin 2012, article de Richard Saint-Gelais, p. 60)) : puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de construire ou de retrouver la biographie d&rsquo;un personnage, suppos\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre, le lecteur ne remet rien en doute devant le caract\u00e8re rigoureusement scientifique de l&rsquo;entreprise. L&rsquo;intervention de Dominique Bordes, \u00e9diteur (r\u00e9el) des Editions Toussaint Louverture, vient m\u00eame enfoncer le clou en faisant d&rsquo;Endsen un personnage r\u00e9el\u00a0 et de Cendors une mystification dont on ne saurait trop se m\u00e9fier. ((Ce pri\u00e8re d&rsquo;ins\u00e9rer de l&rsquo;\u00e9diteur est un proc\u00e9d\u00e9 qui ne date pas d&rsquo;hier (<em>cf<\/em>. <em>Les liaisons dangereuses<\/em> par exemple) mais il prend ici la tournure savoureuse d&rsquo;un chausse-trappe fac\u00e9tieux et inattendu.))<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;utilisation du trompe-l\u2019\u0153il est accentu\u00e9e par la saisissante pr\u00e9sence des lieux travers\u00e9s dans les romans de Cendors. Ernest Pignon Ernest, de son c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;a bien pressenti : pour qu&rsquo;un trompe-l\u2019\u0153il trompe son monde il faut que le lieu qui l&rsquo;environne soit d&rsquo;une picturalit\u00e9 telle que, plus tableau que la toile qu&rsquo;il accueille, il lui para\u00eet plus factice, comme fait de la main de l&rsquo;homme (<em>cheiropoieta)<\/em>. Un lieu comme la toile de fond sur la sc\u00e8ne d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre. Ainsi le trompe-l&rsquo;oeil transperce la r\u00e9alit\u00e9 du lieu, la d\u00e9borde compl\u00e8tement pour faire corps avec lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Travers\u00e9 le pont en verre ; le fleuve glisse sous mes pieds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;eau se balance d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre du courant. Je m&rsquo;arr\u00eate pour regarder au loin. Autour de moi, les passants s&rsquo;attardent \u00e9galement. Ils vont et viennent dans la lumi\u00e8re \u00e9blouissante du pont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leur visage s&rsquo;espace curieusement dans l&rsquo;\u00e9clat du soleil. Ils sourient comme au bord d&rsquo;un \u00e9vanouissement. Nos corps se fr\u00f4lent, nous nous voyons pourtant du fond d&rsquo;un lointain infini. Un rire soudain me rapproche. Le ravissement qui me saisit m&rsquo;\u00f4te la parole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;ici on d\u00e9couvre la ville comme \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un port.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0 <\/em>p. 25\u00a0 (les mots sont attribu\u00e9s \u00e0 Endsen)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/1920x1200_prague-panorama.jpg\" rel=\"lightbox[2508]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-2565\" title=\"Prague panorama - http:\/\/www.wallpaper23.com\/\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/1920x1200_prague-panorama-1024x640.jpg\" alt=\"\" width=\"653\" height=\"408\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La grande force de Cendors dans l&rsquo;utilisation des villes dans ses romans (Pragues, Berlin, Petrograd, la ville r\u00e9invent\u00e9e : Solander, Venise, etc.) tient d&rsquo;une (pr\u00e9suppos\u00e9e) connaissance de ces lieux et de sa capacit\u00e9, avec presque rien, \u00e0 en faire jaillir son essence \u00e9piphanique, ce \u00ab\u00a0<em>ravissement qui me saisit<\/em>\u00a0\u00bb et qui \u00ab\u00a0<em>m&rsquo;\u00f4te la parole<\/em>\u00ab\u00a0. Cendors refuse la fresque surcharg\u00e9e, les descriptions minutieuses pour conserver du lieu un caract\u00e8re symbolique r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression, comme sculpt\u00e9 en creux tel ce cin\u00e9ma <em>Luminaire<\/em> transform\u00e9 en <em>Lu..naire<\/em>par le caprice de n\u00e9ons d\u00e9faillants. En creux car dans une ville se cache une autre ville, comme dans un miroir, lisible autrement pourvu qu&rsquo;on prenne le soin de changer de point de vue, de la d\u00e9couvrir \u00ab\u00a0<em>comme \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un port<\/em>\u00ab\u00a0&#8230; A la question \u00ab\u00a0De<em> quelle id\u00e9e suis-je la biographie ?<\/em>\u00a0\u00bb une autre question r\u00e9pond : De quelle cit\u00e9 suis-je la cartographie ?<\/p>\n<h2>\u00catre l&rsquo;auteur invisible de l&rsquo;indicible dit<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre a suscit\u00e9 chez moi un nombre important de r\u00e9flexions mais l&rsquo;une d&rsquo;elles me para\u00eet essentielle pour qui veut devenir \u00e9crivain. Notre monde hyper-connect\u00e9 donne l&rsquo;illusion qu&rsquo;il faut faire partie de ce tout osmotique pour exister en tant qu&rsquo;\u00e9crivain ((Je pense notamment \u00e0 certaines pol\u00e9miques, tr\u00e8s vives en ce moment, opposant le monde num\u00e9rique avec celui d&rsquo;avant, le vieux monde, la vieille Europe&#8230; \u00c9ternelle ritournelle qui occupe la reslittera depuis que le langage existe &#8211; et la litt\u00e9rature pourtant volubile \u00e0 ce sujet, de Platon \u00e0 Derrida, n&rsquo;y change rien&#8230;)). Endsen, et par d&rsquo;autres \u00e9gards, Pierre Cendors (et d&rsquo;autres artistes), en s&rsquo;effa\u00e7ant pour laisser \u00e0 l\u2019\u0153uvre toute sa place (Blanchot encore), sembleraient prendre le contrepied du sens de l&rsquo;histoire&#8230; De gr\u00e2ce ! N&rsquo;\u00e9crivons pas l&rsquo;histoire avant qu&rsquo;elle ne soit sortie de l&rsquo;orni\u00e8re de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, avant qu&rsquo;elle n&rsquo;aie d\u00e9j\u00e0 eu lieu. Ayons l&rsquo;air plus d\u00e9gag\u00e9. La litt\u00e9rature n&rsquo;est pas l&rsquo;apanage de l&rsquo;occident et du monde post-industriel. J&rsquo;ai la conviction que des auteurs \u00e9crivent encore, en ce moment pr\u00e9cis, sur des papyrus \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un sycomore. D&rsquo;autres \u00e9crivent de magnifiques po\u00e8mes sur le sable balay\u00e9 par les vagues. Certains n&rsquo;\u00e9crivent m\u00eame plus, occup\u00e9s qu&rsquo;ils sont \u00e0 remonter leur temps int\u00e9rieur \u00e0 la recherche de peuples chamaniques&#8230; Le clinquant (encore lui), le visible qui monopolise<em> hic et nunc<\/em> l&rsquo;attention du pr\u00e9sent a toujours des allures d&rsquo;\u00e9toiles filantes dans le ciel. \u00c9crivez comme bon vous semble mais \u00e9crivez car ce qui reste ce sont ces mots que vous poserez. Ces mots qui vous abandonnerons quand ils prendront vie dans les yeux du lecteur.\u00a0 \u00catre auteur, cr\u00e9ateur c&rsquo;est avant tout \u00eatre cette main discr\u00e8te qui tient le stylo (ou le calame ou la tablette, peu importe), \u00eatre auteur c&rsquo;est \u00eatre l&rsquo;auteur invisible de l&rsquo;indicible dit. C&rsquo;est ce que fut, il me semble, Edsen et c&rsquo;est pourquoi il est essentiel de rechercher maintenant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de son \u0153uvre diss\u00e9min\u00e9e.<\/p>\n<hr style=\"width: 125px;\" width=\"125\" \/>\n<p><strong>Poursuivre le voyage&#8230;<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/terresdefemmes.blogs.com\/mon_weblog\/2012\/03\/pierre-cendors-les-fragments-solander.html\">Terres de femmes la revue de po\u00e9sie, de critique et\u00a0 de litt\u00e9rature d&rsquo;Ang\u00e8le Paoli<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.delitteris.com\/au-fil-des-pages\/lhomme-cache\/\">De Litteris<\/a> (qui lutte dor\u00e9navant, avec sauvagerie, \u00e0 la reconnaissance et \u00e0 la visibilit\u00e9 des <em>\u00e9diteurs sauvages<\/em>)<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.monsieurtoussaintlouverture.net\/Auteurs\/Pierre-Cendors\/PierreCendorsHommecache.html\">Les excellentes \u00c9ditions Monsieur Toussaint Louverture<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/www.finitude.fr\/index.php\/livre\/lhomme-cache\/\">Les non moins bonnes \u00c9ditions Finitude<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vous ai racont\u00e9 comment j&rsquo;ai d\u00e9couvert, par le plus grand des hasards, Pierre Cendors et son premier roman : L&rsquo;homme cach\u00e9. Maintenant que j&rsquo;ai app\u00e2t\u00e9 l&rsquo;auditoire, je ne peux plus me soustraire \u00e0 en dire davantage, \u00e0 argumenter ce que je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;esquisser.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2452,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26,142,63,33,188,196,13,14,125,23,180,152],"tags":[],"class_list":["post-2508","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-auteurs","category-blanchot","category-borges","category-calvino","category-cendors","category-finitude","category-labyrinthe","category-lecture","category-rimbaud","category-roman","category-transtromer","category-une"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/lhommecache.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2508","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2508"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2508\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4254,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2508\/revisions\/4254"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2452"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2508"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2508"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2508"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}