{"id":14,"date":"2008-10-03T12:31:00","date_gmt":"2008-10-03T11:31:00","guid":{"rendered":"http:\/\/labyrinthiques.wordpress.com\/2008\/10\/03\/feue-la-salamandre\/"},"modified":"2013-02-24T18:29:54","modified_gmt":"2013-02-24T17:29:54","slug":"feue-la-salamandre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=14","title":{"rendered":"Feue la salamandre"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;explorer ces labyrinthes enlac\u00e9s et de faire sortir, par la lucarne, les choses qui, enfouies dedans, doivent franchir l&rsquo;opacit\u00e9 des ces murs sinueux, je vous livrerai, de temps \u00e0 autre, quelques uns de mes \u00e9crits. C&rsquo;est un exercice affreux sur la pudeur qui accompagne cette publication : je ne suis pas po\u00e8te, loin de l\u00e0, \u00e0 peine un \u00e9crivaillon, et si mes acrobaties verbales parfois me donnent l&rsquo;illusion d&rsquo;\u00eatre un funambule sur la ligne qui rompt la blancheur de la page, il ne s&rsquo;en d\u00e9gage pas moins le m\u00eame vertige, la m\u00eame trouille du vide, que lorsque je me penche \u00e0 une fen\u00eatre perch\u00e9e au quatorzi\u00e8me \u00e9tage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: italic;\">Feue la salamandre<\/span> est un recueil de textes po\u00e9tiques \u00e9crits il y a d\u00e9j\u00e0 pas mal d&rsquo;ann\u00e9es (1998-2000 si ma m\u00e9moire est bonne). Ces textes devaient s&rsquo;ins\u00e9rer dans un cadre beaucoup plus vaste, une sorte de roman inachev\u00e9 dont je reprendrai peut-\u00eatre plus tard l&rsquo;\u00e9criture. Ces po\u00e8mes au d\u00e9part dispers\u00e9s et fragmentaires dans le roman, j&rsquo;ai eu envie de les rassembler et de les soumettre ici, \u00e0 la crois\u00e9e de deux couloirs de cet immense d\u00e9dale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;en publierai un par jour dans les jours \u00e0 venir pour m\u00e9nager le suspens (mais aussi parce que j&rsquo;ai beaucoup de travail et de lectures).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour commencer, un extrait du roman qui servira aussi de contexte. Je vous le r\u00e9sume bri\u00e8vement : Victor fuit pr\u00e9cipitamment l&rsquo;Europe et le bruit des bottes nazies pour les \u00c9tats-Unis, tandis qu&rsquo;Irena, sa future fianc\u00e9, reste en France o\u00f9, semble-t-il, elle dispara\u00eet dans un incendie. Cet extrait est une lettre d&rsquo;amour que Victor, devenu \u00e9crivain et po\u00e8te, adresse \u00e0 son amour morte. Les po\u00e8mes du recueil qui suivront \u00e9videmment sont de lui.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<div style=\"padding: 12px;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Irena.<br \/> Ma reine sans couronne, cette charmante de la nuit que je m\u2019inventais durant les nuits de pleine lune, quand la clart\u00e9 d\u00e9vore les rideaux ou quand le sang, affluant dans les tempes, tambourine sur l\u2019oreiller. Cette silhouette noctambule que je r\u00eavais d\u2019apprivoiser comme on apprivoise un parfum sauvage, de thym ou de lauriers rose. Cette Irena.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Irena.<br \/> Pouvait-elle, cette proue alti\u00e8re d\u2019un naVire fendu en deux, savoir que, sous l\u2019oc\u00e9an br\u00fblant, les vagues \u00e0 l\u2019envers sont plus cruelles encore que celles du dessus. Salamandre aux yeux humides, au jaune piquant, le sel aurait-il eu raison de toi plus que le feu ? Demande \u00e0 l\u2019oc\u00e9an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Irena.<br \/> Nous \u00e9tions des enfants. Et la nuit, pour nous, morcelait ses \u00e9toiles qui nous piquaient les yeux comme ces acidul\u00e9s que nous gardions le plus longtemps possible sous la langue. Nos cris d\u2019enfants rieurs r\u00e9pondaient bruyamment aux m\u00e9t\u00e9orites press\u00e9es de nous surprendre. Et moi, d\u00e9j\u00e0, je n\u2019avais de cesse d\u2019observer ces deux \u00e9toiles fixes, bleu m\u00e9tallique, tourn\u00e9es vers le ciel envo\u00fbt\u00e9&#8230; Je fermai alors les yeux, pressai fortement mon bonbon contre mon palais pour mieux en avaler le miel, et je les rouvrais, ces yeux, sur l\u2019espace \u00e9tincelant, la nuit morcelaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On finit toujours par croquer un peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Irena.<br \/> Le nom n\u2019est rien pour qui n\u2019est plus qu\u2019un nom, et pourtant il m\u2019arrive, ce nom : Irena, de le tourner dans tout les sens, d\u2019en d\u00e9faire m\u00e9ticuleusement les plis comme on d\u00e9froisse une chemise rest\u00e9e trop longtemps dans la valise. Je te d\u00e9cachette, Irena, tendrement : \u00e0 la vapeur d\u2019eau pour ne pas laisser de trace, pour me permettre d\u2019entrer en douceur dans ton secret effort de ne rien laisser transpara\u00eetre, pour lire et relire ce que tes doigts avaient pos\u00e9, l\u00e0, \u00e0 droite de la ligne rouge et p\u00e2le, d\u2019une \u00e9criture appliqu\u00e9e, effac\u00e9e par des embruns, l\u00e9g\u00e8rement bu par le papier un peu grossier \u2013 tu arrachais toujours ces petites pages de cahier d\u2019\u00e9colier, sans doute pour me signifier la violente d\u00e9chirure que tu ressentais \u00e0 me voir si loin, au-del\u00e0 de l\u2019eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plage d\u00e9serte de sable blanc fut pour moi la seule marge possible de mes annotations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, quand de ce secret, j\u2019avais pris connaissance je refermais ton nom avec la m\u00eame douceur, toujours aussi ignorant de ce que j\u2019avais trouv\u00e9. Ainsi j\u2019ouvrais et refermais sans cesse les cinq lettres qu\u2019il me restait de toi, et jouais avec ces multiples sans jamais me lasser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">I.R.E.N.A.<br \/> Sont les cinq lettres qu\u2019il me reste de toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Irena.<br \/> Ce nom m\u2019inspire la col\u00e8re, plaqu\u00e9e sur les joues et nou\u00e9e dans mon ventre. Quelle rage me d\u00e9vore !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas plus que toi-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut \u00eatre d\u00e9vorer plus que tu ne l\u2019es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Irena.<br \/> Sur l\u2019ar\u00e8ne de ce sable blanc et sal\u00e9, n\u2019y a-t-il pas cette r\u00e9serve, ce silence r\u00e9p\u00e9t\u00e9, \u2013 la mer absente, toujours d\u00e9j\u00e0 dans le flux du d\u00e9sir d\u2019un reflux ; et le soleil, sur le sable, ne grave-t-il pas quelque chose comme d\u2019interminables cercles \u2013\u00ad le pouvoir du magnifique au service du minuscule : confrontation de l\u2019improbable. L\u2019\u00e9criture de la s\u00e9cheresse : le tarir et le raturer ensemble r\u00e9unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voir l\u2019\u00e9clat du soleil sur le mica et partir\u2026<br \/> Voir l\u2019\u00e9clat du soleil sur le mica et (re-)partir\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie de la vague. Folle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Irena. Souvent tu te demandais s\u2019il \u00e9tait possible de manger avec un loup sans \u00eatre dans sa propre assiette, et disant cela, tu me regardais, le soup\u00e7on dans l\u2019\u0153il : je n\u2019\u00e9tais pas loup, Irena. Tu le sais maintenant\u2026<\/p>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<p>A suivre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;explorer ces labyrinthes enlac\u00e9s et de faire sortir, par la lucarne, les choses qui, enfouies dedans, doivent franchir l&rsquo;opacit\u00e9 des ces murs sinueux, je vous livrerai, de temps \u00e0 autre, quelques uns de mes \u00e9crits. 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