{"id":1284,"date":"2010-09-02T00:18:11","date_gmt":"2010-09-01T22:18:11","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=1284"},"modified":"2013-03-03T23:44:01","modified_gmt":"2013-03-03T22:44:01","slug":"lettre-a-plusieurs-inconnues-s-zweig-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=1284","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 plusieurs inconnues &#8211; 2"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"\/2010\/08\/26\/lettre-a-plusieurs-inconnues-s-zweig-1\/\">Lire la premi\u00e8re partie<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/The-Three-Ages-of-Woman-Detail-Gustav-Klimt-4084.jpg\" rel=\"lightbox[1284]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" title=\"Les Trois \u00c2ges de la Femme (d\u00e9tail), G. Klimt, Huile sur toile, 1905\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/The-Three-Ages-of-Woman-Detail-Gustav-Klimt-4084-300x300.jpg\" width=\"300\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Incon\u00adnue #2<br \/>r\u00e9alit\u00e9(je) &lt;&gt; r\u00e9alit\u00e9(tu)<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9alit\u00e9, le mot est \u00e9voqu\u00e9. Sans para\u00eetre, la r\u00e9alit\u00e9 est le mur inexpugnable qui s\u00e9pare r\u00e9ellement les deux protagonistes de <a title=\"Lettre \u00e0 plusieurs inconnues\u2009\u2014\u20091\" href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2010\/08\/26\/lettre-a-plusieurs-inconnues-s-zweig-1\/\"><em>Lettre d&rsquo;une inconnue<\/em><\/a>. Chacun semble dans son monde, dans un univers distinct et imperm\u00e9able : ces diff\u00e9rences se manifestent dans leurs perceptions du temps, de l&rsquo;espace mais aussi de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h3>Le temps n&rsquo;est jamais le m\u00eame<\/h3>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Puis tu me dis que \u00e9tais oblig\u00e9 de partir en voyage &#8212; oh ! ces voyages, comme je les d\u00e9testais, depuis mon enfance ! &#8212; et tu me promis, aussit\u00f4t revenu, de m&rsquo;en aviser. [&#8230;]<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Chaque jour, pendant deux mois, j&rsquo;allai voir poste restante&#8230; mais non, pourquoi \u00e9crire ces tourments infernaux de l&rsquo;attente, du d\u00e9sespoir ? Je ne t&rsquo;accuse pas ; je t&rsquo;aime comme tu es : ardent et oublieux, d\u00e9vou\u00e9 et infid\u00e8le :\u00a0 je t&rsquo;aime ainsi, rien qu&rsquo;ainsi, comme tu as toujours \u00e9t\u00e9 et comme tu es encore. Tu \u00e9tais revenu depuis longtemps ; tes fen\u00eatres \u00e9clair\u00e9es me l&rsquo;apprirent, et tu ne m&rsquo;as pas \u00e9crit. Je n&rsquo;ai pas une ligne de toi, maintenant \u00e0 ma derni\u00e8re heure, pas une ligne de toi, toi \u00e0 qui j&rsquo;ai donn\u00e9 ma vie. J&rsquo;ai attendu, attendu, comme une d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Mais tu ne m&rsquo;as pas appel\u00e9e, tu ne m&rsquo;as pas \u00e9crit une ligne&#8230; pas une seule ligne&#8230;<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;amant et l&rsquo;aim\u00e9 ne sont jamais sur le m\u00eame plan temporel, sur le m\u00eame rythme, sur la m\u00eame longueur d&rsquo;onde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0, dans le temps du r\u00e9cit, c&rsquo;est une \u00e9vidence : il lit cette lettre au retour d&rsquo;une randonn\u00e9e de trois jours. Il prend le temps d&rsquo;\u00e9puiser tout son courrier avant de d\u00e9cacheter cette lettre qui l&rsquo;intrigue cependant, cette lettre dont il se demande si le destinataire est lui-m\u00eame ou un \u00eatre imaginaire (le d\u00e9faut de l&rsquo;\u00e9crivain : voir de la fiction partout). L\u00e0, la sc\u00e8ne est simple : une morte, une femme qui n&rsquo;est plus de ce temps raconte au vivant, \u00e0 celui qui reste,\u00a0 au t\u00e9moin qui n&rsquo;a rien vu, le temps o\u00f9 elle \u00e9tait encore de ce monde. Le foss\u00e9 est immense avec cette impossibilit\u00e9 de repasser de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Il y a le pr\u00e9sent et il y a le temps pass\u00e9, l&rsquo;insouciance et le remords, la lecture et la confession.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lui semble oisif, enti\u00e8rement tourn\u00e9 vers une philosophie h\u00e9doniste de la vie : voyages, rencontres f\u00e9minines, lecture, \u00e9criture&#8230; Le temps ne semble aucunement \u00eatre une occupation, un souci quotidien : le temps est infini, il en ma\u00eetrise le fil pour son plaisir personnel. Il est l&rsquo;image de la bourgeoisie cultur\u00e9e, celle pour qui le temps est toujours une capitalisation rentable, f\u00fbt-elle culturelle ! Le seul moment, dans le r\u00e9cit, o\u00f9 le temps le surprend contre toute attente, c&rsquo;est quand, au premier soir,\u00a0 il invite l&rsquo;inconnue chez lui et qu&rsquo;elle accepte s\u00e9ance tenante, sans aucune h\u00e9sitation ni scrupule moral. C&rsquo;est que le temps, la patience, le d\u00e9sir retard\u00e9, dans l&rsquo;esprit du libertinage, ou m\u00eame du simple flirt, est une donn\u00e9e importante pour qu&rsquo;enfin le d\u00e9sir puisse \u00eatre pouss\u00e9 dans ses derniers retranchements&#8230; Qu&rsquo;une inconnue c\u00e8de d\u00e9s la premi\u00e8re requ\u00eate (qui ne cache pas une finalit\u00e9 conqu\u00e9rante), voil\u00e0 qui est une rupture \u00ab\u00a0rythmique\u00a0\u00bb face aux conventions dont il est coutumier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle est \u00e9videmment dans un sch\u00e9ma tout \u00e0 fait inverse. Le temps est pour elle un poids qui l&rsquo;\u00e9crase sans cesse. Elle attend, elle attend. Qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement crucial survienne et elle le rate (\u00ab <em>C&rsquo;est ainsi que je suis rest\u00e9e trois ou quatre heures endormie dans ma chaise, et, pendant ce temps, la mort a pris mon enfant<\/em> \u00bb, p.17). Le temps semble si lourd, si collant \u00e0 son \u00eatre, qu&rsquo;il para\u00eet tourner en boucle, comme un ressassement qui n&rsquo;en finit pas, comme en t\u00e9moigne la r\u00e9p\u00e9tition, quasi anaphorique mais surtout tragique de \u00ab\u00a0<em>Mon enfant est mort hier<\/em>\u00ab\u00a0. Hier, maintenant, demain, ces mots n&rsquo;arrivent \u00e0 faire sens dans son esprit, tout est imbriqu\u00e9, \u00e0 l&rsquo;image de son\u00a0 anonymat : \u00ab <em>Tu ne me reconnus pas, ni alors, ni jamais : jamais tu ne m&rsquo;as reconnue.<\/em> \u00bb Le temps se fige dans ce jamais : elle attire son regard, elle le s\u00e9duit, elle l&rsquo;attire \u00e0 lui, mais rien ne change, jamais.\u00a0 Il y a une telle attente, une telle tension du temps \u00e0 destination de l&rsquo;aim\u00e9 qu&rsquo;elle annihile toute autre notion du temps. Sa passion \u00e9ternelle la plonge dans un temps qui ne d\u00e9file pas, et qui, quand il se manifeste,\u00a0 devient un obstacle \u00e0 son d\u00e9sir le plus cher (elle est oblig\u00e9e de travailler pour revenir pr\u00e8s de lui quand lui, rentier, fait ce qui lui chante). M\u00eame quand par le plus grand des efforts elle tente d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer son cours, sa perception n&rsquo;en reste pas moins ralentie :\u00ab <em>Est-il besoin de te dire o\u00f9 me conduisait d&rsquo;abord mes pas, lorsque par un soir brumeux d&rsquo;automne &#8212; enfin\u00a0 ! enfin ! &#8212; j&rsquo;arrivais \u00e0 Vienne ?\u00a0 Je laissai ma malle \u00e0 la gare, je me pr\u00e9cipitai dans un tramway &#8212; avec quelle lenteur il me semblait rouler ! chaque arr\u00eat m&rsquo;exasp\u00e9rait &#8212; et je courus devant ta maison. <\/em>p.52 \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce temps de l&rsquo;attente est le temps donn\u00e9, offert \u00e0 l&rsquo;autre, une mani\u00e8re de tendre \u00e0 l&rsquo;autre ce que l&rsquo;on a de plus pr\u00e9cieux, une abn\u00e9gation de soi-m\u00eame pour l&rsquo;autre, en attente d&rsquo;un retour qui ne viendra jamais.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Nos espaces, jamais ne s&rsquo;interp\u00e9n\u00e8trent<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre distorsion de la r\u00e9alit\u00e9 provient du rapport \u00e0 l&rsquo;espace. Lui est un \u00e9ternel voyageur, sa connaissance du monde est sans limite, comme en t\u00e9moigne les objets exotiques qui ornent son appartement. Il part sans cesse en voyage, son aire sociale est d\u00e9mesur\u00e9e. Il est un personnage errant. Et s&rsquo;il conserve le m\u00eame appartement, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;il est casanier mais parce qu&rsquo;il lui sert de lieu \u00e0 rebondir vers un ailleurs&#8230; S&rsquo;il l&rsquo;am\u00e9nage douillettement, ce n&rsquo;est pas tant pour y passer des heures de solitude\u00a0 confortable mais parce qu&rsquo;il lui sert \u00e9galement de gar\u00e7onni\u00e8re, lieu de commodit\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on invite les filles \u00e0 \u00ab\u00a0prendre un th\u00e9\u00a0\u00bb apr\u00e8s le d\u00eener. Et l&rsquo;on peut cependant se demander si cette attraction\u00a0 bourgeoise pour les voyages n&rsquo;est pas finalement pour lui le moyen de s&rsquo;effacer de la m\u00e9moire de ses conqu\u00eates, une fa\u00e7on de tourner la page avec \u00e9l\u00e9gance (<em>cf.<\/em> extrait en ent\u00eate). Plut\u00f4t que la rupture douloureuse, plut\u00f4t que les cris, les pleurs, il opte pour l&rsquo;effacement par la distance, pour l&rsquo;oubli. Oubli de l&rsquo;autre \u00e0 soi, effacement de soi dans l&rsquo;esprit , le d\u00e9sir de l&rsquo;\u00eatre s\u00e9duit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle, \u00e9videmment, est dans le lieu qui ne convient jamais. Elle voudrait \u00eatre dans celui de son aim\u00e9 mais quand cela arrive (par deux fois) la voil\u00e0 qui fuit comme une \u00e9coli\u00e8re (\u00ab\u00a0<em>Involontairement, malgr\u00e9 mon plus intime d\u00e9sir de voir tes yeux, je baissai la t\u00eate et je passai devant toi en courant, comme une b\u00eate traqu\u00e9e<\/em>\u00ab\u00a0, p. 54). Elle semble toujours \u00e9loign\u00e9e et s\u00e9par\u00e9e de lui par de multiples obstacles qu&rsquo;elle s&rsquo;impose le plus souvent \u00e0 elle-m\u00eame. On y voit comme un refus, une angoisse d&rsquo;\u00eatre en pr\u00e9sence avec l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9. Peur du rejet bien s\u00fbr, de la d\u00e9sillusion affirm\u00e9e, crainte du sacr\u00e9, paralysie envers ce qu&rsquo;elle imagine \u00eatre inaccessible. Il y a cependant quelque chose qu&rsquo;elle r\u00e9ussit \u00e0 imposer au lieu de son aim\u00e9 : \u00e0 chacun de ses anniversaires elle lui envoie (anonymement) un bouquet de roses blanches. C&rsquo;est le leitmotiv annuel de son existence mais aussi la preuve de sa disparition quand les roses blanches absentes du vase bleu marquent un changement, une absense dans l&rsquo;univers de l&rsquo;aim\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;autre n&rsquo;est pas je<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, cette diff\u00e9rence spatio-temporelle des deux protagonistes font qu&rsquo;ils ne peuvent se rencontrer vraiment, se faire reconna\u00eetre comme appartenant \u00e0 une sph\u00e8re commune, tout du moins partageable. La relation \u00e0 l&rsquo;autre est d\u00e9cal\u00e9e : elle, parce qu&rsquo;elle le glorifie trop, lui parce qu&rsquo;il n&rsquo;y voit qu&rsquo;une occasion de prendre du \u00ab\u00a0bon temps\u00a0\u00bb.\u00a0 Lui reste un personnage tr\u00e8s sociable qui rencontre des amis, s\u00e9duit des femmes&#8230; Tout en alimentant son \u00e9gocentrisme d&rsquo;\u00e9crivain, curieux de la nature humaine, il\u00a0 d\u00e9veloppe une v\u00e9ritable \u00e9conomie de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 : qui est l&rsquo;autre? quelles diff\u00e9rences et quels points communs partage-t-on? Quel rapport de force nous oppose ? Une \u00e9conomie qu&rsquo;il ne capitalise pas, mais qu&rsquo;il d\u00e9veloppe, de femme en femme, d&rsquo;ami en ami : les autres sont un territoire qu&rsquo;il explore comme il\u00a0 parcourt les contr\u00e9es lointaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle \u00e0 l&rsquo;inverse, s&rsquo;isole compl\u00e8tement, s&rsquo;enferme sur elle-m\u00eame. Non content de ne pouvoir faire rentrer l&rsquo;Autre r\u00eav\u00e9 dans sa sph\u00e8re affective, elle rejette tous les autres : ni amis, ni pr\u00e9tendant, m\u00eame sa famille, sa m\u00e8re, est un poids qui l&rsquo;entra\u00eene loin de l&rsquo;Autre et qu&rsquo;elle abandonne d\u00e8s qu&rsquo;elle est en \u00e2ge de le faire. M\u00eame son enfant, elle semble le ch\u00e9rir que parce qu&rsquo;il est le fruit de leur union, la preuve de leur rencontre&#8230; Ne jamais atteindre l&rsquo;autre, n&rsquo;est-ce pas aussi la cons\u00e9quence d&rsquo;une n\u00e9gation de soi-m\u00eame ? Elle ne semble jamais comprendre pourquoi elle n&rsquo;arrive pas \u00e0 attirer le regard de son aim\u00e9 : enfant, et parce qu&rsquo;elle est une enfant qu&rsquo;il ne peut qu&rsquo;ignorer conventionnellement, elle\u00a0 se construit une image de femme dans la perspective de le s\u00e9duire, lui. Elle n&rsquo;apprend rien d&rsquo;elle-m\u00eame mais toujours par rapport \u00e0 l&rsquo;Autre. Une fois femme, elle voudrait que tout arrive par hasard, qui serait la preuve qu&rsquo;il l&rsquo;aime pour ce qu&rsquo;elle est. Elle se met sans cesse sur son chemin, devenant une ombre, une silhouette remarquable (la seule fois o\u00f9 il la reconna\u00eet, c&rsquo;est uniquement parce qu&rsquo;il a vu cette fra\u00eeche demoiselle sur sa route, la veille). Quand elle se fait enfin remarquer, elle n&rsquo;engage rien d&rsquo;elle pour le s\u00e9duire, pensant que la seule mise en pr\u00e9sence l&rsquo;un de l&rsquo;autre suffit \u00e0 sceller leur amour.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/papillon1.gif\" rel=\"lightbox[1284]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1450\" title=\"Effet papillon\" alt=\"\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/papillon1.gif\" width=\"250\" height=\"250\" \/><\/a>Malgr\u00e9 les apparences, celles qui marquent ma r\u00e9volte face \u00e0 l&rsquo;impuissance de l&rsquo;inconnue, \u00e0 l&rsquo;aveuglement de l&rsquo;\u00e9crivain, il n&rsquo;y a pas de volont\u00e9 de ma part de trouver \u00ab\u00a0une faute\u00a0\u00bb imputable \u00e0 l&rsquo;un ou \u00e0 l&rsquo;autre personnage et, si Zweig appuie sur le caract\u00e8re n\u00e9vrotique de l&rsquo;inconnue, il n&rsquo;en reste pas moins empathique face \u00e0 son destin tragique. Ce roman n&rsquo;est pas moraliste : tout juste un roman d&rsquo;observations fines sur l&rsquo;improbable qui arrive, celui d&rsquo;un amour unilat\u00e9ral qui, par un concours de circonstances, n&rsquo;arrive pas \u00e0 se dire, \u00e0 se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 l&rsquo;autre. C&rsquo;est un roman de solitudes, de gens qui se c\u00f4toient sans qu&rsquo;une r\u00e9elle rencontre ait vraiment lieu.\u00a0 C&rsquo;est aussi un roman qui dit l&rsquo;angoisse du destin, la peur de la collision\u00a0 imma\u00eetrisable des \u00e9v\u00e9nements, des sentiments qui \u00e9chappent \u00e0 toute volont\u00e9, \u00e0 toute intention. Quand l&rsquo;\u00e9crivain finit sa lettre, quand nous terminons le roman, nous ne pouvons nous emp\u00eacher de ressentir un profond malaise : et si cela \u00e9tait possible (lui s&rsquo;en aper\u00e7oit en regardant le vase bleu sinistrement vide) ? Ai-je pu croiser quelqu&rsquo;un dont le destin a pu \u00eatre boulevers\u00e9 par le simple fait d&rsquo;un regard \u00e9chang\u00e9 ? Par une parole, un geste&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pense \u00e0 la th\u00e9orie du chaos, on est tous un papillon battant des ailes au milieu du Pacifique&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9alit\u00e9, le mot est \u00e9voqu\u00e9. Sans para\u00eetre, la r\u00e9alit\u00e9 est le mur inexpugnable qui s\u00e9pare r\u00e9ellement les deux protagonistes de Lettre d&rsquo;une inconnue. 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