{"id":1218,"date":"2010-08-23T02:19:38","date_gmt":"2010-08-23T00:19:38","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=1218"},"modified":"2015-09-17T11:39:02","modified_gmt":"2015-09-17T09:39:02","slug":"le-bonheur-cest-tout-petit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=1218","title":{"rendered":"Le bonheur, c&rsquo;est tout petit &#8212; trois vues sur le bonheur"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong><em><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/hiroshige.jpg\" rel=\"lightbox[1218]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" title=\"Estampe XIXe si\u00e8cle, Utagawa Hiroshige\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/hiroshige.jpg\" alt=\"\" width=\"301\" height=\"199\" \/><\/a><\/em>Le bonheur, <\/strong><br \/>\n<strong>c&rsquo;est tout petit<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: left;\">Le bonheur, c\u2019est tout petit,<br \/>\nSi petit que parfois on ne le voit pas,<br \/>\nAlors on cherche, on cherche partout.<br \/>\nIl est l\u00e0, dans l\u2019arbre qui chante dans le vent,<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019oiseau le crie dans le ciel,<br \/>\nLa rivi\u00e8re le murmure,<br \/>\nLe ruisseau le chuchote,<br \/>\nLe soleil, la goutte de pluie le disent.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tu peux le voir l\u00e0, dans le regard de l\u2019enfant,<br \/>\nLe pain que l\u2019on rompt et que l\u2019on partage,<br \/>\nLa main que l\u2019on tend.<br \/>\nLe bonheur, c\u2019est tout petit,<br \/>\nSi petit que parfois on ne le voit pas,<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et on le cherche dans le b\u00e9ton, l\u2019acier,<br \/>\nLa fortune,<br \/>\nMais le bonheur n\u2019y est pas,<br \/>\nNi dans l\u2019aisance ni dans le confort.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">On veut se le construire mais il est l\u00e0,<br \/>\n\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de nous, et on passe sans le voir,<br \/>\nCar le bonheur est tout petit.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il ne se cache pas,<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 son secret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est l\u00e0, pr\u00e8s de nous<br \/>\nEt parfois en nous. ((Le texte qui suit, avec ce qu&rsquo;il comporte de na\u00efvet\u00e9 (en ce sens qu&rsquo;il dit une chose simple et tellement \u00e9vidente qu&rsquo;on l&rsquo;oublie, la prenant pour acquise) et finalement de sagesse a \u00e9t\u00e9 lu par mon meilleur ami Mathias \u00e0 l&rsquo;occasion du mariage de son fr\u00e8re.))<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><cite>Auteur anonyme<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<h4><\/h4>\n<blockquote>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>Titillatio-laetitia-gaudium : <\/strong><br \/>\n<strong>Plaisir-joie-bonheur\/\u00e9panouissement\/satisfaction<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">On trouve dans le texte latin de l&rsquo;\u00c9thique (part. III, prop. 11, sc. 1, et prop. 18, sc. 2) la gradation descendante suivante\u00a0: gaudium, laetitia et titillatio. Ce dernier vocable, que Spinoza assimile \u00e0 l&rsquo;hilaritas (avec le sens d&rsquo;all\u00e9gresse), correspond chez Descartes au \u00ab\u00a0chatouillement des sens\u00a0\u00bb, dont il dit qu&rsquo;il \u00ab\u00a0est suivi de si pr\u00e8s par la joie [&#8230;] que la plupart des hommes ne les distinguent point\u00a0\u00bb (Passions de l&rsquo;\u00e2me, \u00a7\u00a094). Or, les Allemands, pour lesquels, selon le W\u00f6rterbuch de Ritter, die Lust d\u00e9signe non le simple sentiment de plaisir, mais plut\u00f4t celui de joie, traduisent aussi par ce mot de Lust la laetitia spinoziste, tandis qu&rsquo;ils rendent le mot, plus fort, de gaudium par Freude.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/300px-Fragonard_The_Swing.jpg\" rel=\"lightbox[1218]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3190\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/300px-Fragonard_The_Swing-272x350.jpg\" alt=\"L'Escarpolette - Fragonard\" width=\"272\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/300px-Fragonard_The_Swing-272x350.jpg 272w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/300px-Fragonard_The_Swing-150x192.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/300px-Fragonard_The_Swing-200x256.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/300px-Fragonard_The_Swing.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 272px) 100vw, 272px\" \/><\/a><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">De leur c\u00f4t\u00e9, les Fran\u00e7ais traduisent g\u00e9n\u00e9ralement laetitia par le mot cart\u00e9sien de \u00ab\u00a0 joie \u00bb et titillatio par \u00ab\u00a0plaisir \u00bb et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00ab\u00a0plaisir local\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0chatouillement \u00bb. Mais il leur est alors plus difficile de rendre gaudium : C.\u00a0Appuhn opte pour \u00ab \u00e9panouissement \u00bb et R.\u00a0Misrahi pour \u00ab\u00a0contentement \u00bb, de m\u00eame que R.\u00a0Caillois et B.\u00a0Pautrat, tandis que P.\u00a0Macherey, qui y voit une \u00ab\u00a0passion joyeuse\u00a0\u00bb, pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0satisfaction \u00bb. <strong>Le probl\u00e8me pour les traducteurs allemands, qui ont pu rendre de fa\u00e7on satisfaisante laetitia\/gaudium par Lust\/Freude est donc de traduire le terme inf\u00e9rieur de la gradation, titillatio, tandis qu&rsquo;en fran\u00e7ais, si l&rsquo;on estime avoir traduit correctement titillatio par \u00ab\u00a0plaisir\u00a0\u00bb et laetitia par \u00ab\u00a0joie\u00a0\u00bb, on semble manquer de ressources pour gaudium<\/strong> ((C&rsquo;est moi qui souligne)).<\/p>\n<p><cite>Charles Baladier, Robert 2003, infra 5<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<blockquote>\n<h3><strong>Laetitia<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>CIRCONSCRIRE Pour r\u00e9duire son malheur, le sujet met son espoir dans une m\u00e9thode de contr\u00f4le qui lui permettrait de circonscrire les plaisirs que lui donne la relation amoureuse : d\u2019une part, garder ces plaisirs, en profiter pleinement, et, d\u2019autre part, mettre dans une parenth\u00e8se d\u2019impens\u00e9 les larges zones d\u00e9pressives qui s\u00e9parent ces plaisirs : \u00ab\u00a0oublier\u00a0\u00bb l\u2019\u00eatre aim\u00e9 en dehors des plaisirs qu\u2019il donne.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. Cic\u00e9ron, puis Leibniz, opposent <em>gaudium<\/em> et <em>laetitia<\/em>. <em>Gaudium<\/em>, c\u2019est le \u00ab\u00a0plaisir que l\u2019\u00e2me ressent lorsqu\u2019elle consid\u00e8re la possession d\u2019un bien pr\u00e9sent ou futur comme assur\u00e9e; et nous sommes en possession d\u2019un tel bien lorsqu\u2019il est de telle sorte en notre pouvoir que nous en pouvons jouir quand nous voulons\u00a0\u00bb. <em>Laetitia <\/em>est un plaisir all\u00e8gre, \u00ab\u00a0un \u00e9tat o\u00f9 le plaisir pr\u00e9domine en nous\u00a0\u00bb (au milieu d\u2019autres sensations, parfois contradictoires).<br \/>\n<em>Gaudium <\/em>est ce dont je r\u00eave: jouir d\u2019une possession viag\u00e8re. Mais ne pouvant acc\u00e9der \u00e0 <em>Gaudium<\/em>, dont je suis s\u00e9par\u00e9 par mille traverses, je songe \u00e0 me rabattre sur <em>Laetitia<\/em> : si je pouvais obtenir de moi-m\u00eame de m\u2019en tenir aux plaisirs all\u00e8gres que l\u2019autre me donne, sans les contaminer, les mortifier par l\u2019angoisse qui leur sert de joint ? Si je pouvais avoir, de la relation amoureuse, une vue anthologique ? Si je comprenais, dans un premier temps, qu\u2019un grand souci n\u2019exclut pas des moments de pur plaisir (tel l\u2019Aum\u00f4nier de <em>M\u00e8re Courage<\/em> expliquant que \u00ab\u00a0la guerre n\u2019exclut pas la paix\u00a0\u00bb) et si je parvenais, dans un second temps, \u00e0 oublier syst\u00e9matiquement les zones d\u2019alarme qui s\u00e9parent ces moments de plaisir ? Si je pouvais \u00eatre \u00e9tourdi, incons\u00e9quent ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2<em>. <\/em>Ce projet est fou, car l\u2019Imaginaire est <em>pr\u00e9cis\u00e9ment <\/em>d\u00e9fini par sa coalescence (<em>sa colle<\/em>), ou encore : son pouvoir de d\u00e9teinte : rien, de l\u2019image, ne peut \u00eatre oubli\u00e9; une m\u00e9moire ext\u00e9nuante emp\u00eache de sortir <em>\u00e0 volont\u00e9<\/em> de l\u2019amour, bref d\u2019y habiter sagement, raisonnablement. Je peux bien imaginer des proc\u00e9d\u00e9s pour obtenir la circonscription de mes plaisirs (convertir la raret\u00e9 de fr\u00e9quentation en luxe de la relation, \u00e0 la mani\u00e8re \u00e9picurienne; ou encore, consid\u00e9rer l\u2019autre comme perdu, et d\u00e8s lors go\u00fbter, \u00e0 chaque fois qu\u2019il revient, le soulagement d\u2019une r\u00e9surrection), c\u2019est peine perdue : la <em>poisse <\/em>amoureuse est indissoluble (l\u2019amour n\u2019est ni dialectique ni r\u00e9formiste).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Version triste de la circonscription des plaisirs : ma vie est une ruine : des choses restent en place, d\u2019autres sont dissoutes, effondr\u00e9es : c\u2019est le d\u00e9labrement.)<\/p>\n<p><cite>Roland Barthes, \u00ab\u00a0<em>Fragments d&rsquo;un discours amoureux<\/em>\u00ab\u00a0, p.61, \u00c9ditions du Seuil<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<strong>Voici quelques r\u00e9flexions inspir\u00e9es de la lecture de ces trois textes tournant autour des trois concepts \u00e9nonc\u00e9s : titillatio, laetitia et gaudum.<\/strong><\/p>\n<h2><strong>Titillatio<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">T<em>itillatio <\/em>: c&rsquo;est le babil du plaisir en quelque sorte, c&rsquo;est s&rsquo;offrir du plaisir pour se sentir bien, se faire \u00ab\u00a0chatouiller les sens\u00a0\u00bb : ici on peut classer un grand nombre d&rsquo;activit\u00e9s humaines, depuis le plaisir de la table, aux activit\u00e9s sportives ou de d\u00e9tente en passant par les plaisirs d&rsquo;exultation du corps&#8230; Le <em>titillatio <\/em>peut \u00e9videmment, \u00e0 mon avis, se prolonger en <em>laetitia<\/em>, quand le plaisir des sens sublime quelque chose en nous et nous r\u00e9v\u00e8le quelque chose de nous ou de l&rsquo;univers. Par exemple j&rsquo;\u00e9coute un morceau de musique, celui-ci me procure du plaisir auditif car la m\u00e9lodie est s\u00e9duisante, le tempo entre en r\u00e9sonance avec mon corps, cela influe sur plusieurs parties de mon cerveau et d\u00e9veloppe un bien \u00eatre corporel et \u00e9motionnel (<em>titillatio<\/em>). Mais en fait le ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre plus complexe, car en fait ce morceau je l&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 \u00e0 telle occasion heureuse (ph\u00e9nom\u00e8ne analogique) et mon corps \u00e9coutant ce morceau se rem\u00e9more une joie pass\u00e9e (<em>laetitia<\/em>) ou encore les paroles de la chanson correspondent et\/ou r\u00e9pondent \u00e0 une probl\u00e9matique qui m&rsquo;est actuelle, j&rsquo;y per\u00e7ois un sens profond qui nourrit mes interrogations (ph\u00e9nom\u00e8ne s\u00e9mantique). Etc.<\/p>\n<h2><strong>Laetitia<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">L<em>aetitia <\/em>: ici on aborde le domaine de la joie, c&rsquo;est le plaisir all\u00e8gre, \u00ab un \u00e9tat o\u00f9 le plaisir pr\u00e9domine en nous \u00bb. Cet \u00e9tat peut \u00eatre provoqu\u00e9 par le <em>titillatio<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire par une somme de plaisirs des sens qui en quelque sorte se transcendent eux-m\u00eames. La joie c&rsquo;est quand le plaisir prend sens, s&rsquo;articule autour d&rsquo;un r\u00e9seau de significations, quand il d\u00e9passe le stade du babil justement et que ce n&rsquo;est plus le plaisir pour le plaisir. J&rsquo;apprends une bonne nouvelle qui vient contredire une inqui\u00e9tude que j&rsquo;avais (et qui provoquait un stress, une contrari\u00e9t\u00e9 de mes sens), la joie me submerge et me lib\u00e8re. Si <em>laetitia <\/em>proc\u00e8de souvent comme ext\u00e9rieur \u00e0 nous cela peut \u00eatre aussi une qu\u00eate volontaire : il s&rsquo;agit alors d&rsquo;aller \u00e0 la rencontre justement ce que peut nous signifier le monde, de ce qui touche nos sens et non d&rsquo;attendre que cela arrive, par miracle ou par hasard. En occident, notre \u00e9ducation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne nous incline \u00e0 percevoir la joie (et au-del\u00e0 le bonheur, le <em>gaudum<\/em>) comme quelque chose provenant de quelque-chose de sup\u00e9rieur : <em>laetitia <\/em>d\u00e9signe alors l&rsquo;all\u00e9gresse (<em>Auditui meo dabis gaudium et laetitiam<\/em>, donne moi \u00e0 entendre des chants de joie et de pl\u00e9nitude, lit-on dans <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=tFAmQ8Dccm4&amp;feature=related\" target=\"_blank\">le Misere d&rsquo;Allegri,<\/a> Ps. 51), la liesse, la foi et la joie religieuse transcend\u00e9e par la communion avec Dieu (la pri\u00e8re). En orient, la joie est plus immanente, elle provient davantage de l&rsquo;harmonie que le sujet adopte au monde. La joie se fait plus int\u00e9rieure, elle se recherche par d&rsquo;autres biais, par la m\u00e9ditation, par la recherche d&rsquo;une \u00e9nergie int\u00e9rieure (le Qi). Cette joie pour ma part je la per\u00e7ois dans les Ha\u00efkus ou les estampes dans lesquels l&rsquo;homme est rarement le centre vitale mais un \u00e9l\u00e9ment parmi d&rsquo;autres et qui forment un tout. Cette qu\u00eate compte parmi un des cheminements cr\u00e9atifs de l&rsquo;artiste.<\/p>\n<h2><strong>Gaudium<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">G<em>audium<\/em>, dont Baladier nous r\u00e9v\u00e8le que les traducteurs fran\u00e7ais ont toujours pein\u00e9 \u00e0 traduire, je le traduis pour ma part par bonheur mais il faut alors entendre ce mot dans son sens le plus absolu, comme un \u00e9panouissement ultime, une pl\u00e9nitude, une paix int\u00e9rieure supr\u00eame, le nirv?na bouddhiste pour reprendre un \u00e9l\u00e9ment de la culture orientale. \u00c9videmment ce <em>gaudium <\/em>reste un id\u00e9al \u00e0 atteindre, un \u00e9tat permanent inatteignable, c&rsquo;est ce \u00e0 quoi je r\u00eave sans m\u00eame savoir le contenu de mon r\u00eave, une \u00ab\u00a0possession viag\u00e8re\u00a0\u00bb nous dit autrement Barthes. Souvent quand on r\u00e9pond \u00e0 la question : qu&rsquo;est-ce qui vous rendrait heureux, on r\u00e9pond sur le plan <em>tittilatio <\/em>\/ <em>laetitia <\/em>mais rarement sur celui du <em>gaudium<\/em>. Parce que, dans le fond, on ne sait pas trop ce qui nous rendrait vraiment heureux. Une partie de l&rsquo;\u00e9ducation donne des objectifs de \u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb :\u00a0 trouver compagne ou compagnon, fonder une famille (perp\u00e9tuation de l&rsquo;esp\u00e8ce), avoir un emploi (avoir une fonction, une utilit\u00e9), accumuler des biens (mat\u00e9rialisme), aider et aimer les autres (fonction philanthropique), etc. Mais cela ne r\u00e9pond qu&rsquo;\u00e0 des desseins sociaux (d&rsquo;une utilit\u00e9 sociale), voire moraux. Mais une fois adulte, on se rend bien compte que tous ces objectifs \u00e9taient somme toute assez chim\u00e9riques et que le bonheur n&rsquo;est pas atteint avec ceux-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;individu se pose-t-il vraiment la question de ce qui le mettrait dans cet \u00e9tat de <em>gaudium <\/em>? Barthes nous dit que, ne pouvant acc\u00e9der \u00e0 <em>gaudium <\/em>(dans son discours sur l&rsquo;amour, il faut entendre alors la pl\u00e9nitude amoureuse, le bonheur amoureux), l&rsquo;individu se retranche dans les \u00ab\u00a0plaisirs all\u00e8gres que l&rsquo;autre me donne\u00a0\u00bb. Parce qu&rsquo;en dehors sans doute d&rsquo;un travail \u00e9norme sur soi, ne sachant pas la mani\u00e8re et le sens de ce qui me rendrait heureux, je cumule les joies et les plaisirs pour t\u00e2cher de me donner le simulacre de ce bonheur que je recherche tant sans savoir ce que c&rsquo;est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Poser la question de la vanit\u00e9 de la qu\u00eate du bonheur c&rsquo;est sans doute accepter de collectionner les <em>titillatio <\/em>et les <em>laetitia <\/em>sans espoir d&rsquo;un \u00e9tat permanent, c&rsquo;est renoncer au <em>gaudium<\/em>. Et si&#8230; et si.. <em>gaudium <\/em>c&rsquo;\u00e9tait tout petit, peut-\u00eatre alors que nous raterions l&rsquo;essentiel pour ne pas avoir ouvert les yeux assez grands, peut-\u00eatre que par crainte de devoir escalader une montagne, nous n&rsquo;aurions jamais fait le premier pas vers la vall\u00e9e paisible du bonheur ?<\/p>\n<h2><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/sitdriver.jpg\" rel=\"lightbox[1218]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"L'androgyne d'Aristophane\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/sitdriver.jpg\" alt=\"\" width=\"328\" height=\"266\" \/><\/a><strong>Le cas de l&rsquo;amour<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">La jouissance du corps (<em>titillatio<\/em>) varie \u00e9norm\u00e9ment en fonction de la tension \u00e9motionnelle, sentimentale, cognitive qui unit l&rsquo;amant \u00e0 l&rsquo;aim\u00e9 : du simple plaisir co\u00eftal (biologique en somme, quelque chose r\u00e9pond \u00e0 un stimulus) \u00e0 l&rsquo;exultation fusionnelle (amoureux, quelque-chose ici \u00e0 trouver quelque-chose l\u00e0, c&rsquo;est une rencontre, une r\u00e9union de quelque-chose qui semblait s\u00e9par\u00e9 : voir le discours d&rsquo;Aristophane dans le Banquet de Platon magnifiquement racont\u00e9 dans la vid\u00e9o ci-dessous). Don Juan collectionne les conqu\u00eates, il en retire un certain nombre de plaisirs des sens (et sans doute une satisfaction toute m\u00e2le \u00e0 montrer aux pr\u00e9tendants l&rsquo;efficacit\u00e9 de ses hormones), mais n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;absence de laetitia, de joie qui le conduit \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter la m\u00eame chose sans parvenir \u00e0 trouver ce quelque-chose qui l&rsquo;apaise, qui le satisfasse vraiment au point de perdre tout besoin de collection ? Le <em>Gaudium <\/em>en amour, si l&rsquo;on suit l&rsquo;histoire d&rsquo;Aristophane voudrait que l&rsquo;on fusionne, comme dans un \u00e9tat ant\u00e9rieur, avec l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9&#8230;<\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"media-wrap\">\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/hwW7MNV5GD0\" width=\"960\" height=\"720\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bonheur, c&rsquo;est tout petit Le bonheur, c\u2019est tout petit, Si petit que parfois on ne le voit pas, Alors on cherche, on cherche partout. 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