{"id":1179,"date":"2010-08-26T18:35:59","date_gmt":"2010-08-26T16:35:59","guid":{"rendered":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=1179"},"modified":"2013-03-03T23:59:22","modified_gmt":"2013-03-03T22:59:22","slug":"lettre-a-plusieurs-inconnues-s-zweig-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/labyrinthiques.fr\/?p=1179","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 plusieurs inconnues &#8211; 1"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tu ne me reconnus pas, ni alors, ni jamais :\u00a0 jamais tu ne m&rsquo;as reconnue. Comment, \u00f4 mon bien-aim\u00e9, te d\u00e9crire la d\u00e9sillusion que j&rsquo;\u00e9prouvai en cette seconde ? Je subissais alors pour la premi\u00e8re fois cette fatale douleur de ne pas \u00eatre reconnue par toi, cette fatale douleur qui m&rsquo;a suivie toute ma vie et avec laquelle je meurs : rester inconnue, rester toujours inconnue de toi. <\/em>[&#8230;] <em>dans mes heures les plus noires, dans la conscience la plus profonde de mon insignifiance, je n&rsquo;avais pas m\u00eame os\u00e9 envisager cette \u00e9ventualit\u00e9, la plus \u00e9pouvantable de toutes ; que tu n&rsquo;avais m\u00eame pas port\u00e9 la moindre attention \u00e0 mon existence. <\/em><\/p>\n<p><cite>Lettre d&rsquo;une inconnue, S. Zweig<\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>FADING. Epreuve douloureuse selon laquelle l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 semble se retirer de tout contact, sans m\u00eame que cette indiff\u00e9rence \u00e9nigmatique soit dirig\u00e9e contre le sujet amoureux ou prononc\u00e9e contre qui que ce soit d&rsquo;autre, monde ou rival.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Roland Barthes, <em>Fragments d&rsquo;un discours amoureux,<\/em> Seuil, 1977, p. 129 ((Pour ne pas nuire \u00e0 la lecture du billet, je mettrai en infra les renvois aux figures analys\u00e9es par R. Barthes))<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<div class=\"livre\">\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Lettre d&rsquo;une inconnue<\/h3>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Stephan Zweig, 1922<br \/> Ed. Stock, Coll. La cosmopolite, 2009, Paris<\/h4>\n<h5 style=\"text-align: justify;\">Traduit de l&rsquo;allemand <br \/>par Alzir Hella et Olivier Bournac,<br \/> r\u00e9vis\u00e9 par Fran\u00e7oise Toraille<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3169\" alt=\"Lettre d'une inconnue, S. Zweig\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/lettreduneinconnue-243x350.gif\" width=\"243\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/lettreduneinconnue-243x350.gif 243w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/lettreduneinconnue-150x215.gif 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/lettreduneinconnue-200x287.gif 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce petit livre, \u00e0 mi chemin entre roman court et grande nouvelle, est un v\u00e9ritable bijou d&rsquo;\u00e9criture et de psychologie, un trait\u00e9 de la maladie d&rsquo;amour, une ing\u00e9nieuse exploration du proc\u00e9d\u00e9 narratif.\u00a0 Lettre testamentaire de l&rsquo;amour fou, de celui qui rend fou, roman tragique de la pr\u00e9sence et de l&rsquo;absence, de ce qui, \u00e9tant pr\u00e9sent, ne se rencontre jamais totalement,\u00a0 labyrinthe temporel o\u00f9 l&rsquo;issue potentielle ne se trouve que dans le pass\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 <em>hic et nunc<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le motif, tr\u00e8s romantique dans le fond &#8211; l&rsquo;ombre de Goethe et du jeune Werther plane sur cette \u0153uvre &#8211; est simple : une jeune fille de 13 ans tombe amoureuse d&rsquo;un \u00e9crivain voisin. Elle voue alors sa vie enti\u00e8re \u00e0 alimenter une flamme passionn\u00e9e et d\u00e9vastatrice \u00e0 son \u00e9gard. Elle provoque plusieurs fois sa rencontre, \u00e0 chaque fois il la red\u00e9couvre comme une totale inconnue : ils seront amants, elle en aura un fils. Mais elle et son fils resteront sur le banc des anonymes, des ombres flottantes dans le ballet libertin de cet \u00e9crivain insouciant. L&rsquo;enfant vient \u00e0 mourir de la grippe. C&rsquo;est \u00e0 partir de cet \u00e9v\u00e9nement terrible &#8211; qui pr\u00e9c\u00e8de sa propre mort implicite (cf. <a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2010\/08\/25\/quand-quelque-chose-disparait\/\">l&rsquo;autre extrait<\/a>) &#8211; que le roman prend naissance par la lecture (silencieuse) que fait l&rsquo;\u00e9crivain d&rsquo;une longue lettre testamentaire. Testamentaire dans le sens du t\u00e9moignage plus que du legs, car il ne s&rsquo;agit ni de donner une quelconque le\u00e7on, ni d&rsquo;octroyer quoique ce soit, si ce n&rsquo;est que de devoir lire cette lettre jusqu&rsquo;au bout et d&rsquo;avoir une pens\u00e9e annuelle, le jour de son anniversaire, pour cette inconnue qui traversa sa vie. Lettre d&rsquo;agonisante, de la vie qui s&rsquo;\u00e9teint, lettre du pass\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9crit, qui se d\u00e9voile au pr\u00e9sent et qui est irrattrapable. Le pass\u00e9 s&rsquo;\u00e9crit comme tel : ainsi fut ton pass\u00e9, une sombre partie de ton histoire imbriqu\u00e9e dans la mienne et dont tu n&rsquo;en as jamais rien su, que tu as ni\u00e9 par inattention ou par l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 mais qui appara\u00eet l\u00e0 soudainement sans qu&rsquo;il f\u00fbt possible de revenir dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/27-johannes-vermeer.jpg\" rel=\"lightbox[1179]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1359 alignleft\" alt=\"La femme en bleu lisant une lettre de Johannes Vermeer\" src=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/27-johannes-vermeer-253x350.jpg\" width=\"253\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/27-johannes-vermeer-253x350.jpg 253w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/27-johannes-vermeer-150x207.jpg 150w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/27-johannes-vermeer-200x276.jpg 200w, https:\/\/labyrinthiques.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/27-johannes-vermeer.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 253px) 100vw, 253px\" \/><\/a>Zweig renoue ici en quelque sorte avec la trag\u00e9die classique : le destin n&rsquo;est pas quelque chose dont on \u00e9chappe et toute strat\u00e9gie mise en place pour en faire diverger le cours ne peut qu&rsquo;\u00e9chouer in\u00e9luctablement : Oedipe tue son p\u00e8re, \u00e9pouse sa m\u00e8re, contre toute volont\u00e9 et \u00e0 son insu, point.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le ph\u00e9nom\u00e8ne est bien plus complexe dans ce roman, et l&rsquo;on voit bien, dans la psychologie des personnages, que Zweig, grand ami de Freud, avait saisi quelques arcanes de la psych\u00e8 humaine. Car il ne s&rsquo;agit pas non plus d&rsquo;un roman \u00ab\u00a0anti-libertin\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;instar des <em>Liaisons Dangereuses,<\/em> qui d\u00e9crirait le caract\u00e8re amorale d&rsquo;un homme volage ignorant tout de ses nombreuses conqu\u00eates. A la rigueur nous pourrions trouver quelques similitudes sociales avec une Emma Bovary. Mais Zweig est fin psychologue et rien n&rsquo;est aussi simple comme dans les livres, la psychologie des personnages n&rsquo;a rien de caricaturale : l&rsquo;inconnue n&rsquo;est pas que na\u00efve, mal pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 la vie sentimentale, elle est aussi une n\u00e9vros\u00e9e qui s&rsquo;enferme dans son propre univers \u00e0 la d\u00e9rive&#8230; Comme dans <em>Le Joueur d&rsquo;\u00e9chec, <\/em>la probl\u00e9matique de l&rsquo;histoire contient \u00e0 elle seule plusieurs inconnues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Inconnue #1 : <br \/>je = 0 &amp; tu ?(+?)<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout comme \u0152dipe est l&rsquo;instrument inconscient par lequel le destin arrive en voulant y \u00e9chapper, l&rsquo;inconnue prend aussi une part active et inconsciente de son anonymat. Il y a sans cesse dans le roman un rapport in\u00e9gale entre le <em>je <\/em>et <em>l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 <\/em>: dissonance sociale, culturelle, psychologique, morphologique. Tout dans son esprit est un rapport disproportionn\u00e9 entre l&rsquo;image sublim\u00e9e, l&rsquo;aura tentaculaire de son \u00eatre aim\u00e9 et l&rsquo;\u00e9troitesse, l&rsquo;insignifiance de sa propre personne. Barthes analyse tr\u00e8s bien cela dans <em>Ses Fragments du discours amoureux<\/em> : l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 est <em>Atopos<\/em>, un caract\u00e8re unique et exceptionnel qui, de ce fait, \u00e9blouit les yeux de l&rsquo;amant, rend aveugle, gomme tout d\u00e9faut dans la cuirasse luisante du chevalier aim\u00e9. Face \u00e0 cet <em>Atopos<\/em> de l&rsquo;aim\u00e9, rajouterais-je, s&rsquo;oppose le caract\u00e8re trivial, <em>topos<\/em>, typique<em> <\/em>de l&rsquo;amant. Le parfait et le d\u00e9faut s&rsquo;oppose : celui \u00e0 qui il ne manque rien \/vs celle qui\u00a0 n&rsquo;a pas assez de confiance en elle pour mettre quoique ce soit d&rsquo;elle en valeur. Certes elle prend soin de son apparence, cachant les mis\u00e8re de son existence (comme cette pi\u00e8ce de tissu ajout\u00e9e \u00e0 sa blouse), elle travaille le piano, pensant qu&rsquo;il aime la musique, elle lit beaucoup (mais ne lui parle jamais de ces lectures)&#8230; Mais toutes ces petites attentions sont calqu\u00e9s sur son regard \u00e0 lui, sur ce qu&rsquo;\u00e0 priori il aimerait voir d&rsquo;une jeune fille. Toutes ces petites attentions n&rsquo;ont aucun sens pour elle, autre celui qu&rsquo;elle imagine qu&rsquo;il en a pour lui. C&rsquo;est ce parall\u00e8le permanent de sa propre a-personnalit\u00e9 en relation avec\u00a0 l&rsquo;image sublim\u00e9e qu&rsquo;elle a de lui qui la fait tendre proche du z\u00e9ro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son amour pour cet absolu contraire entra\u00eene une soumission sans retour (\u00ab\u00a0<em>Je te raconte tout cela, mon bien-aim\u00e9, pour toutes ces petites choses, ridicules presque, pour que tu comprennes comment, d\u00e8s le d\u00e9but, tu as pu acqu\u00e9rir une telle autorit\u00e9 sur l&rsquo;enfant craintive et timide que j&rsquo;\u00e9tais<\/em>\u00a0\u00bb p.25 et aussi \u00ab\u00a0<em>Cet amour est si humble, si soumis, si attentif et si passionn\u00e9 que jamais il ne pourra \u00eatre \u00e9gal\u00e9 par l&rsquo;amour, fait de d\u00e9sir, et malgr\u00e9 tout, exigeant<\/em>\u00ab\u00a0, p. 34) , un \u00e9blouissement complet tendant \u00e0 l&rsquo;aveuglement (\u00ab\u00a0<em>Avant m\u00eame que tu fusses entr\u00e9 dans ma vie, il avait autour de toi comme un nimbe, une aur\u00e9ole de richesse, d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 et de myst\u00e8re<\/em>\u00ab\u00a0, p.25), une passivit\u00e9 qui peut \u00eatre comprise comme une absence totale \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 commune (\u00ab\u00a0<em>Je parlai tr\u00e8s peu, parce c&rsquo;\u00e9tait pour moi un infini bonheur que de t&rsquo;avoir pr\u00e8s de moi et de t&rsquo;entendre me parler<\/em>&lsquo;, p. 60).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici se pose v\u00e9ritablement le statut de l&rsquo;inconnu. Pour \u00eatre connu, et reconnu, il faut sortir de l&rsquo;inconnu, accepter le risque de s&rsquo;exposer \u00e0 la lumi\u00e8re, il faut s&rsquo;extirper de l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 (quand l&rsquo;\u00e9trange est ce que nous ne reconnaissons pas comme familier, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;anonyme) pour plonger dans la sph\u00e8re du familier, du connu, du r\u00e9seau social dirait-on maintenant, pour <em>envisager l&rsquo;autre<\/em>, mettre un nom sur son visage et par-del\u00e0 de son nom y inscrire une histoire, des souvenirs communs, une communaut\u00e9 temporelle et spatiale. Tout ceci proc\u00e8de d&rsquo;une volont\u00e9 active : se faire conna\u00eetre et reconnaitre, sortir de l&rsquo;anonymat est une bataille \u00e0 mener, une colline \u00e0 gravir. Cela r\u00e9clame du temps. Mais pas uniquement. L&rsquo;inconnue consacre 16 ans de sa vie \u00e0 cet homme qui l&rsquo;ignore. Sa patience, son obsession n&rsquo;y suffiront pas. Cela exige une unit\u00e9 spatiale (quoique ce soit sans doute moins vrai avec les espaces virtuels que nous offrent internet et les r\u00e9seaux de tous ordres) mais l&rsquo;inconnue hante sans cesse les lieux de son aim\u00e9, depuis l&rsquo;\u0153illeton o\u00f9, enfant, elle observe depuis chez elle le moindre de ses faits et gestes (\u00ab\u00a0<em>Cette lunette \u00e9tait pour moi l&rsquo;oeil avec lequel j&rsquo;explorais l&rsquo;univers<\/em>\u00ab\u00a0, p. 36) ; jusqu&rsquo;\u00e0 la rue o\u00f9, plus tard, elle attend dans le froid ses allers et venues. Tout semble r\u00e9uni pourtant pour percer cet anonymat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-on alors \u00eatre une inconnue involontaire ? une inconnue contre son plein gr\u00e9 ? Sans doute nous r\u00e9pond Zweig, quand la diff\u00e9rence des proportions des \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb est immense. Elle n&rsquo;a qu&rsquo;un amour, lui encha\u00eene les conqu\u00eates : elle n&rsquo;est qu&rsquo;un des multiples maillons qui se r\u00e9p\u00e8tent soir apr\u00e8s soir. Il est un \u00e9crivain, une personne publique, elle est une lectrice anonyme. Il y a d&rsquo;une part , un soleil \u00e9norme d&rsquo;une attraction gigantesque, et d&rsquo;autre\u00a0 part il y a un astre, un minuscule caillou terne et sans lumi\u00e8re, qui tente de placer son orbite autour de cette \u00e9toile qui l&rsquo;engloutit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question est : peut-on apercevoir dans son entourage quelque chose que son entourage m\u00eame ne verrait pas ? L&rsquo;inconnue tente de se convaincre par quelques poncifs h\u00e2tifs : \u00ab\u00a0<em>Le visage d&rsquo;une jeune fille, d&rsquo;une femme, est forc\u00e9ment pour un homme un objet extr\u00eamement variable ; le plus souvent, il n&rsquo;est qu&rsquo;un miroir, o\u00f9 se refl\u00e8te une passion, tant\u00f4t un enfantillage, tant\u00f4t une lassitude, et il s&rsquo;efface si vite, comme une image dans une glace, qu&rsquo;un homme peut sans difficult\u00e9 oublier le visage d&rsquo;une femme, d&rsquo;autant mieux que l&rsquo;\u00e2ge y fait alterner l&rsquo;ombre et la lumi\u00e8re et que des costumes nouveaux l&rsquo;encadrent diff\u00e9remment<\/em>\u00a0\u00bb (p. 58) mais aboutit \u00e0 un \u00e9clair de lucidit\u00e9 : \u00ab\u00a0<em>je ne sais comment, \u00e0 force de m&rsquo;occuper de toi, si d\u00e9mesur\u00e9ment et incessamment, une id\u00e9e chim\u00e9rique s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9e en moi ; il me semblait que cela allait de soi, toi aussi, tu pensais souvent \u00e0 moi et m&rsquo;attendais ; [&#8230;] Ce douloureux r\u00e9veil devant ton regard, qui me montrait que rien en toi ne me connaissait plus, que le fils d&rsquo;aucun souvenir ne joignait ta vie \u00e0 la mienne, ce fut pour moi une premi\u00e8re chute dans la r\u00e9alit\u00e9, un premier pressentiment de mon destin\u00a0\u00bb p. 59. <\/em>Le mot est avanc\u00e9 : R\u00e9alit\u00e9. [&#8230;<a href=\"https:\/\/labyrinthiques.fr\/2010\/09\/02\/lettre-a-plusieurs-inconnues-s-zweig-2\/\"> \u00e0 suivre<\/a>]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce petit livre, \u00e0 mi chemin entre roman court et grande nouvelle, est un v\u00e9ritable bijou d&rsquo;\u00e9criture et de psychologie, un trait\u00e9 de la maladie d&rsquo;amour, une ing\u00e9nieuse exploration du proc\u00e9d\u00e9 narratif.  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